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Mendiants et vagabonds en Bretagne sud (Finistère sud, Morbihan, Loire-lnférieure) au XlXe siècle

mis à jour le 05/01/2007


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Tous les témoignages du dix-neuvième siècle s'accordent à dire qu'en Bretagne abondent mendiants et vagabonds. Les diverses enquêtes conservées en Bretagne sud, sans la contredire, nuancent fortement cette idée, d'autant que les limites de l'indigence, de la mendicité ou du vagabondage sont très floues, reflets de situations et de définitions incertaines. Il semble que la situation aille en empirant d'Est en Ouest et que la côte soit moins touchée que l'intérieur du pays.

Pour en savoir plus :
Guy Haudebourg, Mendiants et vagabonds en Bretagne au XIXe siècle, Rennes, PUR, 1998.
Jean-Luc Bruzulier, Guy Haudebourg, Cachez ce pauvre que je ne saurais voir, Rennes, ENSP, 2001.
Page mise en ligne le 5 novembre 2001- rediffusion le 31 dec. 2006

mots clés : Société - Bretagne sud - XlXe siècle


L'opposition entre Basse-Bretagne (Finistère sud et Morbihan) et HauteBretagne (LoireInférieure) se retrouve à la fois dans l'assistance aux indigents et dans la répression de la mendicité et du vagabondage. Alors que la mise en place de structures d'assistance aux indigents (établissements hospitaliers, bureaux de bienfaisance) est très lente à l'Ouest, la LoireInférieure semble suivre le rythme plus rapide du reste de la France. Les préfets ne sont pourtant pas moins actifs en BasseBretagne, bien au contraire, puisque, prenant en compte la résistance des communes, soutenus par la hiérarchie catholique, ils tentent de centraliser la charité privée en créant des « comités de charité » dans le Morbihan ou en mettant en place « l'œuvre de l'extinction de la mendicité » dans le Finistère. Il est néanmoins important de signaler que, dans les années 1880, cette belle collaboration est remise en cause dans le Morbihan où, parallèlement - et antérieurement - à la guerre scolaire, débute la lutte entre structures publiques et organisations privées d'assistance dénommées « comités libres de charité ». Le pauvre est devenu un enjeu électoral.

La répression, dépendant étroitement de l'existence de ces structures d'assistance, voit, en conséquence, le même contraste. Mendiants et vagabonds représentent une part plus grande de l'activité de la police de LoireInférieure - de l'arrondissement de Nantes, en particulier - que de celle de BasseBretagne. D'autre part, toutes les tentatives de création d'un dépôt de mendicité dans les deux départements basbretons échouent alors que dès 1829, à Nantes est fondée la Maison de travail et de secours que l'on peut considérer comme un substitut au dépôt. C'est d'ailleurs l'existence de cet établissement qui explique que près de la moitié des mendiants arrêtés entre 1831 et 1865 en Bretagne sud le seraient dans l'arrondissement de Nantes.

Même si les conditions économiques - beaucoup de communes sont pauvres - expliquent en partie ces comportements différents, la LoireInférieure étant plus riche et plus industrialisée que le reste de la Bretagne, le « retard » du Finistère et du Morbihan semble dû à la place du mendiant dans la société basbretonne où, loin d'être rejeté et condamné, il joue un rôle spécifique. Intercesseur privilégié entre la population et Dieu, il est présent sur tous les lieux de culte tels les églises, les chapelles, les pardons où il peut remplacer les pèlerins n'ayant pu se déplacer; il est facilement hébergé par les habitants - du moins dans son propre canton -, est un des informateurs principaux des habitants du bocage, sert d'entremetteur et diffuse souvent la culture orale populaire (chants et contes). Ici, la mendicité n'est pas condamnée, bien au contraire. Symbole du comportement charitable des Bas Breton, elle est souvent valorisée par les courants les plus traditionalistes. À l'inverse, c'est cette relation que les préfets condamnent le plus fermement, y voyant l'obstacle le plus conséquent à la mise en place des structures publiques d'assistance ainsi qu'à la répression.

En Loire Inférieure, et plus particulièrement dans l'arrondissement de Nantes, tout autre est la conception dominante. Si les mendiants invalides sont considérés comme des victimes et doivent être assistés, les autres sont illégitimes et doivent être pourchassés. Non seulement, à l'instar des vagabonds avec lesquels ils sont souvent confondus, ils sont des criminels en puissance, mais leur mode de vie est fondamentalement en opposition aux valeurs bourgeoises, au premier rang desquelles, le travail. Pour bien des représentants des classes dominantes, ces mendiants valides sont suspectés de mendier par oisiveté et de s'enrichir en ne faisant rien !

Les diverses enquêtes montrent pourtant que les mendiants sont avant tout des victimes. Les invalides, les enfants de familles pauvres, les veuves mais aussi les familles des travailleurs les plus mal payés tels les ouvriers agricoles ou les manœuvres, forment l'essentiel des indigents et mendiants structurels. À ceuxlà, lors de ralentissements ou de crises économiques, s'ajoutent les travailleurs les moins qualifiés (manœuvres, portefaix) ou issus de secteurs fragiles (agriculture, textile). Ce sont les mêmes catégories que l'on retrouve chez les prévenus de mendicité ou vagabondage. Ces travailleurs se déplacent en effet en direction des lieux où ils espèrent trouver un emploi et sont arrêtés faute de papiers (passeport à l'intérieur ou livret ouvrier). Si l'on en croit les registres d'écrous des prisons de Bretagne sud, les déplacements se font d'Ouest en Est, de l'intérieur des terres vers la côte, des régions rurales vers les villes.

La Basse Loire, seule région industrielle de la côte sud à la moitié du siècle et qui possède la plus grande agglomération bretonne, attire, de ce fait, un très grand nombre de travailleurs à la situation précaire. Parmi ces derniers, les BasBretons, que tout distingue (langue, vêtements) de la population locale, sont les victimes toutes désignées des appareils répressifs.

Guy Haudebourg, professeur au lycée de la Herdrie, Basse Goulaine.

 

information(s) pédagogique(s)

niveau : tous niveaux

type pédagogique :

public visé : non précisé

contexte d'usage :

référence aux programmes :

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