Cet essai historiographique analyse l'abondante littérature consacrée à la première guerre mondiale pour tenter d'en comprendre l'évolution. Il met ainsi en évidence, au travers trois temps majeurs - des années 20 aux années 50, dans les années 60 et 70, depuis les années 1980 - le passage d'une histoire purement politique, consacrée aux diplomaties et aux armées, à une histoire sociale, où l'analyse des structures tente d'expliquer la guerre aussi bien que ses prolongements révolutionnaires. Depuis les années 1980, l'histoire culturelle renouvelle les approches en s'intéressant aux représentations de la guerre, au travers sa mémoire, l'image de l'ennemi ou ses formes de violence. L'histoire des diplomates et des généraux a ainsi cédé la place à celle des poilus, grands absents du champ historique jusque vers 1960, et des ouvriers, avant que les blessés, les survivants, les femmes ou les artistes ne deviennent les nouveaux héros de cette guerre.
La contextualisation historique de chacune de ces étapes historiographiques montre combien les conditions politiques, comme l'urgence de la paix dans les années 20, ou idéologiques, comme l'essor puis le déclin du marxisme, ont pesé sur la façon d'envisager le premier conflit mondial. De l'explosion des effectifs universitaires à l'impact grandissant de la télévision sur la société, c'est donc aussi à une histoire culturelle que se livrent les auteurs.
L'ouvrage, qui présente par grands chapitres thématiques les principaux jalons historiographiques, fournit donc aussi bien des repères dans la jungle bibliographique qu'une mise au point synthétique sur la recherche internationale. Il permettra en outre aux enseignants de remettre en perspective des éléments souvent épars, faits de souvenirs scolaires et universitaires, d'approches successives des programmes et de lectures diverses. Les nouveaux programmes, largement inspirés des développements de l'histoire culturelle, s'en trouvent notamment éclairés.