Accès direct au contenu

philosophie

Recherche simple Recherche avancée

espace pédagogique > 2nd degré > philosophie > philosophie dans la cité > comptes rendus

Foi en Dieu et Raison, Denis Moreau

mis à jour le 18/07/2007


Denis Moreau

L'auteur s'inquiétant de l'état de guerre perpétuelle qui semble miner le débat entre foi et raison, il propose d'en traiter avec une certaine sérénité, en commençant par distinguer le savoir rationnel (qui relève d'une évidence universalisable)et la croyance (qui relève d'une expérience personnelle dont le contenu est plus difficile à faire partager), dont la croyance religieuse, ou la foi, n'est qu'une espèce.

mots clés : philosophie, dieu, raison, foi, rationalité, croire, croyance, savoir


Compte rendu


Merci Denis Moreau pour ce propos à la fois clair et stimulant

Vous inquiétant de l'état de guerre perpétuelle qui semble miner le débat entre foi et raison, vous vous proposez d'en traiter avec une certaine sérénité, en commençant par distinguer le savoir rationnel (qui relève d'une évidence universalisable) et la croyance (qui relève d'une expérience personnelle dont le contenu est plus difficile à faire partager), dont la croyance religieuse, ou la foi, n'est qu'une espèce, à laquelle vous en venez dans un second temps.

En référence à un texte de Descartes (extrait de Notes à propos d'une certaine affiche, 1648), texte « carré » dites-vous en ce qu'il renvoie la foi et la raison chacune chez soi, vous nous proposez une typologie des domaines respectifs mais aussi conjoints de la foi et de la raison, pour faire porter notre attention sur la théologie naturelle où la raison s'essaie à démontrer l'existence des objets de la foi, selon les fameuses preuves de l'existence de Dieu notamment. Vous posez alors qu'un tel discours rationnel sur Dieu, s'il présente sans doute un intérêt théorique, demeure sans grande portée pratique ou encore existentielle.

Puis vous mettez en évidence trois difficultés concernant le « domaine partagé » par la foi et la raison, c'est-à-dire dans lequel elles disent la même chose des mêmes objets, ce qui engendre entre elles une concurrence qui peut mener à préférer l'une et même à la choisir contre l'autre (comme Malebranche et Pascal, en sens inverse). Vous vous démarquez d'une telle attitude pour envisager la coopération de la foi et de la raison, dans les deux sens, coopération dont vous vous méfiez des synthèses aussi douteuses que prétentieuses.

Vous avouez alors votre tendresse pour le geste cartésien qui pose bien, dites-vous, l'hétérogénéité des deux domaines, qui fait qu'il n'y pas, par exemple, de philosophie chrétienne. Mais vous posez alors le problème de la détermination des limites des champs de compétence respectifs de la raison et de la foi, pour nous renvoyer à la déception de Bouvard et Pécuchet à propos de l'espoir mis dans leur collaboration, ce qui permet au moins d'éviter l'impérialisme de l'une ou de l'autre. Finalement, les trois solutions les plus saines et donc les plus sereines se révèlent être la sagesse, la sainteté et la laïcité, qui pourrait constituer une bonne thérapie en nos temps si troublés.

Eléments du débat



Après examen des différents types de rapports envisageables entre la foi et la raison, illustrés en référence à l'histoire de la philosophie, le conférencier ayant opté pour la solution cartésienne de l'hétérogénéité de leurs domaines respectifs, la première question se pose de savoir si ce ne serait pas là trop les séparer. En effet, ne peut-il pas y avoir, au moins, un exercice de la raison qui porte sur l'expérience historique témoignant d'une manifestation de Dieu aux hommes, comme dans la révélation par excellence, et qui pourrait alors permettre à la raison de collaborer à l'avènement de la croyance religieuse : n'y aurait-il pas alors, pour un croyant, des raisons d'attester l'existence de dieu et ainsi d'y accorder sa foi ? En réponse, le conférencier attire l'attention sur le fait que ce genre de « preuve de Dieu » (empirique car historique) relève plus de la dimension pratique (morale), et même existentielle ou encore affective, que du domaine proprement théorique, rationnel, de l'existence humaine, en ce que ce qui est attendu de ce genre de « preuve » c'est l'effet qu'elle est susceptible de produire sur le sujet (l'homme) et sa vie propre, bien plutôt qu'un savoir relatif à l'objet (Dieu) : si une telle efficace peut valoir pour ce qui est des croyances de la vie quotidienne, en ce que la certitude subjective qu'elles confèrent procure de la sécurité et se révèle donc utile voire plaisante, elle n'est d'aucun apport dans la croyance religieuse puisqu'elle ne témoigne, en et par elle-même, d'aucun savoir à propos de l'objet sur lequel elle porte, la foi en Dieu ne pouvant relever que d'un don que celui-ci fait à l'homme, c'est-à-dire de la grâce. S'il y a bien des croyances plus ou moins raisonnables (qui émanent de l'existence pratique des hommes et la renforcent en retour), il n'y en a pas de rationnelles (qui reposeraient sur l'exercice théorique de la raison et l'augmenteraient d'un nouveau savoir), ce qui suffit à justifier l'attention que leur accorde la philosophie (anglo-saxonne notamment).

Mais une telle position, qui semble bien exclure l'exercice théorique (rationnel) de la raison du champ de l'existence pratique et donc de l'établissement des normes morales, juridiques et politiques qui y président, pour les renvoyer à des croyances plus ou moins raisonnables, c'est-à-dire ici plus ou moins rationalisées a posteriori en vertu de leur efficace technique et pragmatique, se heurte à l'objection de savoir s'il n'y aurait pas, tout de même, une fondation rationnelle possible de la morale comme de toute la pratique (juridique et politique notamment), qui pourrait garantir une certaine objectivité des normes. De telles normes seraient alors susceptibles d'être partagées par tous en vertu de leur évidence universalisable, alors que les différentes croyances, par définition, ne peuvent fonder que des règles pour le moins indifférentes les unes aux autres et pour le plus concurrentes, « le polythéisme des valeurs » des collectivités humaines qu'elles soudent ne pouvant que finir par engendrer « la guerre des dieux » (Max Weber). En réponse à cela, le conférencier avoue son embarras à l'égard du concept d'une « raison pratique » qui aurait la prétention non seulement de fonder les normes de l'action morale, politique et juridique, mais aussi et surtout de constituer en et par elle-même le fondement ultime de ces normes et donc de l'existence humaine qui repose sur elles.

La question se pose alors de savoir si un tel refus de toute législation de la raison dans le domaine pratique ne laisse pas celui-ci tout entier à la juridiction d'une foi arbitraire, qui pourrait faire du croyant, pour le moins, un naïf et, pour le plus, un hypocrite voire un salaud qui ne croirait que ce qui l'arrange, bref : un habile homme sans aucun scrupule. Le conférencier accordant alors que la décision d'un homme de donner (ou non) créance à un contenu de pensée peut être prise en référence à une conception d'une vie meilleure voire bonne pour soi-même comme pour autrui, la question s'impose de savoir si ne se trouve pas ainsi réintroduite une fondation pratique, morale, de la croyance, puisqu'alors une telle référence dépasse le cadre de vie égoïste de l'homme habile pour ouvrir l'existence humaine à la considération d'un bien pouvant potentiellement faire l'objet d'un partage par la médiation de l'universalisation discursive de cette croyance et des normes qu'elle engage.

Le débat s'étant progressivement déplacé (à partir de la considération des rapports de la foi en Dieu et de la raison) et radicalisé (jusqu'à la question du fondement ultime des normes de l'existence humaine), ne pourrait-on pas envisager ici, finalement, une fondation de type réflexif et pratique qui, sans prétendre à la contrainte logique rationnelle (qu'elle soit catégorico-déductive, comme dans la métaphysique antique et classique, ou hypothético-inductive, comme dans la physique moderne), reposerait sur une obligation éthique raisonnablement partagée par l'universalisation progressive, en amont de la décision, de la discussion à propos des normes en question, mais aussi, en aval, de l'action commune qui les met en œuvre ? À défaut de sainteté, que la finitude de la condition humaine rend problématique (si l'on n'accorde pas foi à un Dieu qui nous en accorderait la grâce), la sagesse personnelle et la justice collective, avec ce que celle-ci exige de laïcité, ne relèvent-elles pas d'une telle fondation, qui permettrait d'échapper à la fois au dogmatisme du rationalisme métaphysique ou physique et au relativisme du subjectivisme existentiel (d'inspiration religieuse ou non), dont les synthèses douteuses peuvent effectivement se révéler aujourd'hui encore, et même plus que jamais, sinon vraiment étonnantes en tout cas toujours détonantes ? 

Rédacteur (de la synthèse) : Joël Gaubert

L'auteur

Droits


Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective.
Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.                                  
Le titulaire des droits autorise toutefois la reproduction et la représentation des textes, des vidéos, des audios ici proposés à titre de copie privée  ou a des fins d'enseignement et de recherche et en dehors de toute utilisation lucrative. Ceci, sous réserve que soient indiqués clairement le nom de l'auteur, de l'éditeur et la source  tels que signalés dans le présent document. IDDN
 

information(s) pédagogique(s)

niveau : Terminale, enseignement supérieur, classes préparatoires

type pédagogique : connaissances, leçon

public visé : étudiant, élève, enseignant

contexte d'usage : non précisé

référence aux programmes : Le sujet, La conscience, Autrui, Le désir, L'existence et le temps, La culture, La religion, La vérité, La morale, La liberté, Le devoir, Le bonheur

ressources associées

Denis Moreau Faut-il parier sur l'existence de Dieu ?, Denis Moreau 17/11/2007
Cette intervention présente rapidement l'argument dit du « pari de Pascal », puis propose quelques perspectives et réflexions à ce sujet.   
philosophie, dieu, croire, parier Denis Moreau
vignette quiniou philosophie Athéisme et matérialisme aujourd'hui, Yvon Quiniou 18/07/2007
L'investissement de la totalité du réel par la science entraîne aussiun athéisme méthodologique, ou encore la mort épistémique de Dieu, ausens où il faut désormais se passer de l'hypothèse de Dieu dan ...
philosophie, dieu, croire, croyance, foi, idéologie, athéisme, matérialisme
vignette marion philosophie Dieu comme événement, Jean-Luc Marion 25/09/2010
La position philosophique commune à l'athéisme et au théisme est que Dieu ne peut faire l'objet d'une expérience sensible, d'un concept fini et d'un désir particulier. Mais cette impossibilité, loin d ...
Philosophie, dieu, croire, croyance, raison, événement
vignette cormier philosophie Dieu en personne, Philippe Cormier 21/12/2007
L'auteur aborde, ici,  non pas le Dieu des savants, des  philosophes et des intelligents, mais du Dieu qui parle au coeur, du Dieu de la foi donc, qui s'est manifesté dans une révélation, un ...
philosophie, dieu, croire, foi, croyance, raison, rationalité
vignette pena-ruiz philosophie Dieu et la République, Henri Pena-Ruiz 18/07/2007
L'idéal laïque est encore bien vivant en ce qu'il fait droit aux trois grandes options spirituelles qui s'offrent à l'homme : la croyance en Dieu, l'agnosticisme et l'humanisme athée, contrebalançant ...
philosophie, dieu, laïcité, république, droit, république, communautarisme, pena-ruiz Joël Gaubert

ressource(s) principale(s)

vignette gaubert philosophie Peut-on rechercher le bonheur ?, Joël Gaubert 24/11/2011
Réflexion philosophique problématisant la question du bonheur.
philosophie, bonheur, malheur, vertu, nihilisme, hedonisme, plaisir, verite, bien, beau, vrai Joël Gaubert
vignette ricot philosophie Le bonheur est-il le but de l'existence ?, Jacques Ricot 18/12/2006
Conférence abordant la question du bonheur en général et de la perspective des cyrénaïques en particulier.
philosophie, bonheur, vérité, jutice, cyrénaïque, cynique, bergson, kant, hédoniste, ricot Jacques Ricot
Denis Moreau Faut-il parier sur l'existence de Dieu ?, Denis Moreau 17/11/2007
Cette intervention présente rapidement l'argument dit du « pari de Pascal », puis propose quelques perspectives et réflexions à ce sujet.   
philosophie, dieu, croire, parier Denis Moreau
vignette pena-ruiz philosophie Dieu et la République, Henri Pena-Ruiz 18/07/2007
L'idéal laïque est encore bien vivant en ce qu'il fait droit aux trois grandes options spirituelles qui s'offrent à l'homme : la croyance en Dieu, l'agnosticisme et l'humanisme athée, contrebalançant ...
philosophie, dieu, laïcité, république, droit, république, communautarisme, pena-ruiz Joël Gaubert
vignette cormier philosophie Dieu en personne, Philippe Cormier 21/12/2007
L'auteur aborde, ici,  non pas le Dieu des savants, des  philosophes et des intelligents, mais du Dieu qui parle au coeur, du Dieu de la foi donc, qui s'est manifesté dans une révélation, un ...
philosophie, dieu, croire, foi, croyance, raison, rationalité
vignette marion philosophie Dieu comme événement, Jean-Luc Marion 25/09/2010
La position philosophique commune à l'athéisme et au théisme est que Dieu ne peut faire l'objet d'une expérience sensible, d'un concept fini et d'un désir particulier. Mais cette impossibilité, loin d ...
Philosophie, dieu, croire, croyance, raison, événement
vignette quiniou philosophie Athéisme et matérialisme aujourd'hui, Yvon Quiniou 18/07/2007
L'investissement de la totalité du réel par la science entraîne aussiun athéisme méthodologique, ou encore la mort épistémique de Dieu, ausens où il faut désormais se passer de l'hypothèse de Dieu dan ...
philosophie, dieu, croire, croyance, foi, idéologie, athéisme, matérialisme
vignette frey philosophie Le corps peut-il nous rendre heureux ? Jean-Marie Frey 24/11/2007
C'est à cause de notre corps que nous sommes tourmentés par la question de savoir si autrui nous voit, nous entend, nous comprend, nous désire ou nous reconnaît à la hauteur où notre orgueil nous plac ...
philosophie, plaisir, autrui, bonheur, corps, conscience, liberté, dualisme, monisme, frey Jean-Marie Frey
vignette pierrot le fou philosophie Quel chemin suivrai-je dans ma vie ? Denis Moreau 18/11/2007
A partir d'un lecture de la morale cartésienne cette intervention aborde la question du sens de l'existence. Que dois-tu fair ...
crise, morale, conscience, liberté, sens, existence, moreau Denis Moreau
quiniou La théorie de l’évolution et les croyances religieuses par Yvon Quiniou (actualisation) 01/05/2009
Texte de la conférence de M. Yvon Quiniou prononcée lors du séminaire national "Enseigner l'évolution" oraganisé par le Ministère de l'éducation nationale par l'inspe ...
philosophie, Athéisme, croire, savoir, Croyance, Darwin, Dieu, créateur, Evolution, Matérialisme, Métaphysique, Religion, Science, Spiritualisme, quiniou
phi.jpg Etude de l'Euthyphron de Platon 03/12/2008
Cette ressource est le compte rendu de quatre séances de formation continue consacrées en 2006-2007 à la lecture collégiale d'une oeuvre de Platon : Euthyphron.
philosophie, religion, croyance, justice, vérité, piété, la raison et le réel, désir, morale, politique, société, démonstration, platon

rebonds

19/07/2007

par SCEREN

haut de page

philosophie - Rectorat de l'Académie de Nantes