Question 1
Ce texte s'interroge sur la nature de la liberté. Il la conceptualise. Or, au premier abord, la liberté apparaît comme une spontanéité. Être libre, n'est-ce pas agir comme on l'entend ? N'est-ce pas laisser libre cours à ses désirs ? N'est-ce pas échapper à toute contrainte ? Toutefois, contrainte et liberté s'opposent-elles nécessairement ? Croire en l'indépendance, n'est-ce pas faire preuve d'égarement ? Selon Épictète, l'homme vraiment libre se garde d'une telle méprise. Il ne recule pas devant la réalité. Il ne veut pas modifier ce qui ne dépend pas de lui. Aussi, il veut les contraintes sur lesquelles il n'a pas de prise. Pour cette raison, « la liberté consiste à vouloir que les choses arrivent [...] comme elles arrivent ».
D'abord, notre auteur propose une définition irréfléchie de la liberté (lignes 1). Ensuite, il réfute cette définition (lignes 2 à 6). Enfin, il propose une définition philosophique de la liberté (lignes 6 et 7).
Question 2
a- Nous ne sommes pas en dehors de la réalité. Refuser la résistance du réel est absurde. Irrationnel. Tout ne dépend pas de nous ! Si nous nous laissons emporter par nos désirs, et si nous voulons que les événements « arrivent comme nous les avons pensés », alors nous privilégions nos représentations au détriment de l'ordre des choses réelles. Nous aspirons à changer cet ordre. Une telle attitude est infantile. Elle rappelle l'enfant qui crie pour commander à un objet de venir à lui. Elle est absurde. Elle est folle. Extravagante. Insensée. Elle ne tient pas compte de la nécessité qui contrecarre souvent nos désirs. Elle est déraisonnable. En effet, elle touche à la folie en s'opposant à la raison. En outre, elle exprime un mépris du bon sens et de la mesure. Le sage condamnera évidemment une telle déraison ! À cet égard, l'exemple du nom de Dion est particulièrement éclairant.
b- Le nom de Dion est composé de lettres selon un ordre nécessaire. Pour écrire ce nom, je dois vouloir cette nécessité. Cela entrave-t-il ma liberté ? Ne suis-je pas plus puissant lorsque je sais comment écrire ce nom ? « Il en est de même dans tous les arts et dans toutes les sciences. » En effet, on ne domine la nature qu'en lui obéissant. Et connaître scientifiquement, c'est se contraindre à adhérer à un objet et aux règles de la raison. Sur cette base, la définition irréfléchie de la liberté est réfutée. Une nouvelle définition de la liberté doit donc être établie. De même qu'il est raisonnable de renoncer à vouloir écrire le nom de Dion selon son seul désir, il est sensé de ne pas privilégier ses représentations subjectives et ses désirs à l'ordre des choses. Le sage préfère agir sur ce qui dépend de lui : bien penser et bien vouloir. Et il renonce à vouloir changer ce qui ne dépend pas de lui : la nécessité naturelle, le fait d'être mortel, etc. Confronté à des contraintes nécessaires, il voudra ces contraintes. Ainsi, il ne les subira plus. Il sera actif et non passif. Il ne sera pas simplement fataliste. Il sera libre.
Question 3
Selon une définition commune, la liberté est une indépendance, une absence de règles, de contraintes, etc. Être libre, ce serait voir tous ses désirs satisfaits. L'homme libre voudrait donc que les choses arrivent comme il lui plaît. Or l'indépendance n'est-elle pas une illusion ? La vraie liberté n'est-elle pas une sagesse ? Ne consiste-t-elle pas à vouloir que les choses arrivent « comme elles arrivent » ?
Si l'homme n'est pas une simple chose, c'est qu'il est une liberté. Faut-il alors soutenir qu'en lui « l'existence précède l'essence » ? En ce cas, l'homme ne serait que ce qu'il fait de lui. Sa liberté serait une pure indépendance. Pourquoi ne considérerait-il pas que sa liberté consiste à vouloir que les choses arrivent comme il lui plaît ?
Toutefois, une telle approche de la liberté se heurte au fait que l'homme n'est pas un être désincarné. Seul un dieu pourrait accéder à une totale indépendance !
Le sage distingue ce qui dépend de lui de ce qui ne dépend pas de lui. Nous désirons spontanément l'impossible (être immortel, etc.). Nous oublions ainsi que seules notre pensée et notre volonté dépendent de nous. Au contraire, la sagesse commande de vouloir ce qui arrive, lorsque ce qui arrive ne dépend pas de nous (être mortel, etc.). Cette attitude nous invite à changer nos désirs plutôt que l'ordre du monde. Elle suppose une parfaite maîtrise de soi. Il y a là un travail, et non une pure spontanéité. La liberté consiste donc à vouloir que les choses arrivent, non comme il nous plaît, « mais comme elles arrivent ».
Cependant, la liberté ainsi conçue n'est-elle pas uniquement une soumission intelligente à la nature ? Pour agir librement, faut-il seulement maîtriser son être intérieur ? Ne faut-il pas produire également des effets sur l'ordre des choses ?
Se laisser dominer par une pure spontanéité, c'est en réalité se soumettre à des passions que l'on n'a pas choisies. La spontanéité est un déterminisme caché. Elle n'est pas une liberté ! Par conséquent, être libre, c'est agir en s'arrachant à ce déterminisme. C'est s'autodéterminer. Obéir aux lois que l'on se donne en tant qu'être de raison ne permet-il pas cela ? La liberté ne consiste donc pas à vouloir que les choses arrivent comme il nous plaît. Le désir ne permet pas une action autonome. Ce n'est pas non plus vouloir seulement ce qui arrive. Agir librement, c'est d'abord vouloir obéir à une règle d'action prescrite par la raison.
Penser la liberté comme autonomie, c'est se garder de l'illusion d'indépendance. En définitive, la liberté est toujours une conquête sur soi-même. Elle est le fruit d'un travail. À une spontanéité empressée et velléitaire, le philosophe oppose une liberté instituée qui requiert patience et ténacité.