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de la temporalité subjective au temps objectif

mis à jour le 18/03/2008


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Le temps ne s'enseigne pas, il se construit par toute une série de médiations... Chantal Bolotte, professeur de philosophie, examine ces différentes médiations pour introduire quelques activités proposées en classe.

mots clés : temps, construction, socialisation, rituels, Bolotte


« on ne se trempe jamais les pinceaux dans la même flotte ».
Raymond Queneau

L'enfant sait très tôt dire son âge, mais il s'agit d'un savoir reçu ; l'enfant ne comprend pas, pour autant, que l'âge correspond au temps écoulé depuis sa naissance : il s'agit là d'un savoir objectif et social, qui n'est véritablement acquis qu'au cycle II. Le temps est une construction sociale, qui aide à socialiser les jeunes enfants. Le temps ne s'enseigne pas, il se construit par toute une série de médiations ; nous allons parcourir les différentes médiations qui aident l'enfant à sortir de l'expérience subjective du temps, expérience première qui dure toute la durée de la maternelle, pour aboutir, au cycle II, à une appréhension objective du temps. Le langage est la médiation capitale dans cette construction, mais il y en a d'autres, antérieures, que je souhaiterais examiner pour introduire quelques activités proposées en classe, activités qui s'inspirent du propos psychologique qui suit.
 
Le temps, pour le jeune enfant, n'existe pas indépendamment de lui ; l'enfant vit dans des temps disjoints, des rythmes différents : sa temporalité subjective, d'une part ; de l'autre, le temps objectif de l'horloge, le temps social de l'heure des mamans. Le vécu du temps est premier par rapport à la conscience du temps ; il est éprouvé émotionnellement et physiologiquement dans la discontinuité des expériences corporelles ; pour un enfant qui entre précocement à l'école maternelle, le temps est subi : il est fait de ruptures, de discontinuités, de séparations.

Les progrès psychomoteurs contribuent à la construction de la notion de temps ; chez le très jeune enfant, les enchaînements de gestes constituent des séries temporelles avec un « avant » et un « après » ; l'appréhension du temps s'ancre dans la motricité et, on le sait, en relation à l'espace. Le temps se construit, donc, en premier, par la médiation du corps.

Puis, va apparaître la capacité de représenter, de se représenter l'absence, ce qui n'est plus là, ce qui a eu lieu ; d'anticiper ce qui sera. C'est l'espace transitionnel dont parle Winnicott. L'aire des phénomènes transitionnels se manifeste, notamment, dans le jeu ; fruit de l'imaginaire, dans l'évocation d'un autre absent ; fruit de représentations mentales et de la capacité de penser. Pour penser, il faut avoir intériorisé une présence qui accompagne symboliquement l'enfant, dans cette expérience solitaire. L'image mentale témoigne de cette élaboration de la pensée ; le jeu permet à l'enfant de dépasser le vécu de la discontinuité (présence - absence). On voit, par là même, que la prise de conscience du temps, épreuve de la réalité s'il en est, est liée à l'expérience de la séparation. D'où l'importance de travailler l'absence, en maternelle. Les phénomènes transitionnels sont force d'anticipation et d'évocation. Tout cela a rapport au temps et à la fonction symbolique ; telle est la seconde médiation : la pensée et l'une de ses figures, le jeu symbolique.


La troisième médiation, c'est l'ensemble des jeux prélinguistiques, jeux abstraits, jeux de « coucou », « bonjour », « au revoir », « éteindre - rallumer la lumière »... Ces jeux sont des dialogues d'action, qui mettent en place des formes de communication ; ces dialogues, quand l'enfant grandit, sont réalisés par des moyens linguistiques. L'enjeu inconscient de ces jeux abstraits est celui d'une grammaire préverbale, prélinguistique ; le jeu emblématique de l'acquisition de cette grammaire est le jeu de « coucou ! Le voilà ! », que Jérôme Bruner a longuement analysé dans son ouvrage Comment les enfants apprennent à parler ; le format de la communication entre la mère et l'enfant, le schéma de communication repose sur des alternances dans le temps, ours visible, puis invisible, « être là », « ne pas être là » ; ces couples font intervenir la notion de temps ; la mère, puis l'enfant plus tard, manipule l'ours et dit « parti » (passé), « fini », « voilà » (présent), « encore » (futur). L'enfant acquiert un savoir intuitif des marques du temps, de cette grammaire préverbale et prélinguistique. La mise en place du temps passe par une double médiation : celle du jeu, celle de l'interaction sociale mère-enfant. Le temps est un instrument intellectuel de nature sociale, tout comme le langage, instrument intellectuel, dont les différentes dimensions doivent être apprises par l'enfant. Ces expériences médiatisées par l'environnement social ont un rôle primordial ; la mère, l'école sont des tiers médiateurs de la culture.

L'accès à la temporalité des autres, la capacité d'articuler sa propre temporalité à celle des autres se construisent en même temps que la pensée et prennent appui sur des activités de langage, privilégiant les situations de communication, mettant l'accent sur la construction de la pensée. La quatrième médiation est, donc, le langage. Comment l'enfant parvient-il à maîtriser le temps en maternelle ? Jérôme Bruner est d'un grand enseignement pour notre propos ; c'est par le récit que la construction de l'identité s'élabore ; le sujet se structure dans le temps : en classe, les activités autour de la chronologie de l'enfant lui-même, le rapport aux générations, les traces de l'histoire personnelle sont de première importance pour le jeune élève. La littérature de jeunesse peut aussi contribuer à symboliser le temps. D'un point de vue psychologique, le récit aide à la formation de l'identité personnelle, à l'élaboration du sentiment d'appartenance à un groupe. Raconter une histoire, raconter son histoire, raconter l'histoire, c'est expliquer et maîtriser le temps. Tel est l'apport de la psychologie narrative, nouvelle venue en psychologie, qui nous enseigne que la narration est au coeur de la construction temporelle : il n'est de temps pensé que raconté.
 
Les enseignements de la psychologie nous offrent des pistes d'activités pour la classe, pistes qui mettent en jeu la pensée de l'élève, pour aboutir au récit. Nous proposons, ici, la mise en place de médiations pour construire le temps, médiations inspirées de l'ouvrage de Mireille Brigaudiot ; ces médiations sont des représentations du temps, qui évoluent vers l'abstraction : le dessin (« dessiner le temps »), le langage (« Quel jour est-on ?*»), la logique narrative (« Que lui conseillez vous ?* », « le jeu du Hum-Hum* »). Ces activités, dont certaines sont à caractère ludique, sont des situations-problèmes, mettant en oeuvre la pensée. Ces situations d'apprentissage permettent, par ailleurs, de travailler une compétence, en voie de maturation, entre trois et cinq ans : la compréhension de la causalité, les relations entre les événements successifs. Le jeune élève peut être confronté à ces apprentissages, si l'on pense que l'apprentissage doit précéder le développement et faire apparaître les fonctions en voie de maturation.

* Consulter le "document complémentaire" en bas de page...

Chantal Bolotte,
Professeur de Philosophie - Sciences de l'éducation
I.U.F.M. des Pays de la Loire
Luçon, janvier 2006
 
auteur(s) :

C. Bolotte, PIUMF 85

information(s) pédagogique(s)

niveau : Cycle 1

type pédagogique : connaissances

public visé : enseignant

contexte d'usage : non précisé

référence aux programmes :

fichier joint

information(s) technique(s) : le fichier au format pdf avec notes et bibliographie

documents complémentaires

Mettre en mots le temps
    Prendre conscience du temps au Cycle 1
Fichier pdf - 488 Ko - 17 pages
Chantal Bolotte, Amélie Alletru - Avril 2006 - Stage départemental Maternelle

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