Le temps, pour le jeune enfant, n'existe pas indépendamment de lui ; l'enfant vit dans des temps disjoints, des rythmes différents : sa temporalité subjective, d'une part ; de l'autre, le temps objectif de l'horloge, le temps social de l'heure des mamans. Le vécu du temps est premier par rapport à la conscience du temps ; il est éprouvé émotionnellement et physiologiquement dans la discontinuité des expériences corporelles ; pour un enfant qui entre précocement à l'école maternelle, le temps est subi : il est fait de ruptures, de discontinuités, de séparations.
Les progrès psychomoteurs contribuent à la construction de la notion de temps ; chez le très jeune enfant, les enchaînements de gestes constituent des séries temporelles avec un « avant » et un « après » ; l'appréhension du temps s'ancre dans la motricité et, on le sait, en relation à
l'espace. Le temps se construit, donc, en premier, par la médiation du
corps.
Puis, va apparaître la capacité de représenter, de se représenter l'absence, ce qui n'est plus là, ce qui a eu lieu ; d'anticiper ce qui sera. C'est l'espace transitionnel dont parle Winnicott. L'aire des phénomènes transitionnels se manifeste, notamment, dans le jeu ; fruit de l'imaginaire, dans l'évocation d'un autre absent ; fruit de représentations mentales et de la capacité de penser. Pour penser, il faut avoir intériorisé une présence qui accompagne symboliquement l'enfant, dans cette expérience solitaire. L'image mentale témoigne de cette élaboration de la pensée ; le jeu permet à l'enfant de dépasser le vécu de la discontinuité (présence - absence). On voit, par là même, que la prise de conscience du temps, épreuve de la réalité s'il en est, est liée à l'expérience de la séparation. D'où l'importance de travailler l'absence, en maternelle. Les phénomènes transitionnels sont force d'anticipation et d'évocation. Tout cela a rapport au temps et à la fonction symbolique ; telle est la seconde médiation : la
pensée et l'une de ses figures, le
jeu symbolique.