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Familia rodante

Voyage en famille

affiche Familia rodante cartel

Un film de Pablo Trapero, Argentine - 2004 - 1h43.

Le parti pris de réalisme est une des caractéristiques de ce nouveau cinéma argentin que l'on a commencé à voir en Europe il y a maintenant une dizaine d'années. Cinéma au demeurant souvent peu accessible à nos élèves.

Familia rodante mêle road-movie et histoire de famille : pendant qu'elle fête ses 84 ans, en famille, Emilia, doyenne d'une tribu éparse, reçoit un coup de fil l'enjoignant de se rendre dans son village natal à la frontière du Brésil (province de Misiones) pour assister au mariage d'une nièce oubliée mais dont elle est la marraine. Elle va donc convaincre tout son petit monde de l'accompagner et voila que l'on exhume une vieille chevrolet transformée en camping-car (casa rodante) où vont s'entasser frères, cousins, oncles, tantes, conjoints, enfants... 12 personnes au total (au début !), pour un voyage de 1200 km de Buenos Aires à San Javier, dans la chaleur de l'été. En bref, tous les ingrédients d'une comédie dans un parcours semé d'embûches. Mais si l'on sourit souvent de situations à la limite du cocasse le propos de Trapero n'est pas dans le divertissement.

Trapero filme la vie comme si elle se livrait brute à la caméra, comme si celle-ci se contentait de saisir un mouvement qui impose son rythme, tantôt lent, tantôt heurté, au gré du voyage et de ses incidents. C'est ce pacte narratif qu'il faut accepter pour goûter le travail d'un réalisateur qui semble vouloir réinventer les codes du réalisme. Les personnages sont authentiques, jamais archétypaux (de nombreux non acteurs, dont Emilia, qui est la vraie grand-mère de Trapero), les dialogues naissent des situations, n'expliquent jamais rien, dans une sorte de refus de toute théâtralité : pas de mots d'auteur à la Campanella, mais des échanges qui semblent saisis sur le vif, parfois à peine audibles, pris dans l'action (encore le souci de réalisme quasi documentaire). Les situations collent au plus près du banal, du quotidien, rien ne vient les magnifier : refus du lyrisme, de la dramatisation, même si des drames se nouent. Refus du romanesque aussi : l'intrigue, les intrigues, ne sont jamais clairement dessinées, les émotions tenues à distance malgré la proximité des corps, malgré la plongée dans un paysage de plus en plus présent. Pas de résolution finale des conflits, mais une sorte de dissolution.
On peut sans doute lire ce road-movie familial comme un parcours initiatique et il est vrai que ce retour aux origines géographiques s'accompagne d'un lent cheminement des pulsions vers leur manifestation. Le passage du confus au lumineux, du non-dit à l'énonciation peuvent être une des clés de l'interprétation du film.

Ces deux dernières années sont sortis en salles, en France, une quinzaine de films relevant de ce que l'on appelle le nouveau cinéma argentin. Des réalisateurs tels que Daniel Burman, Lucrecia Martel, Lisandro Alonso renouvellent le langage cinématographique mais leurs oeuvres restent souvent réservées, pour des raisons diverses, à un public averti. Familia rodante au contraire, si l'on accepte le parti pris réaliste, peut être vu par le plus grand nombre et même par des lycéens. Le film ne permet guère de développer des faits de civilisation ou des faits de société. Ceci dit le film est tout de même costumbrista, on y trouve même quelques allusions historiques et il pose souvent un regard documentaire sur les hommes et les paysages de la géographie argentine. C'est certainement un des films les plus accessibles que l'on puisse utiliser avec des élèves pour leur permettre d'approcher cette cinématographie.

 

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