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des élèves compétents en Segpa

mis à jour le 14/11/2017


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Professeur des écoles spécialisé, Cyrille Addadi est aujourd’hui coordinateur de la Segpa du collège Volney de Craon, en Mayenne. Depuis 2014, avec ses collègues enseignants, il souhaitait trouver des réponses à leur question centrale : comment valoriser les compétences d'élèves inscrits dans la grande difficulté ? Leur réflexion leur a permis de comprendre que motiver chacun des élèves par la perspective d’un premier diplôme en fin de parcours ne suffit pas. Ils ont voulu mettre en place une reconnaissance officielle de compétences, en mathématiques, en français et dans son attitude d’élève, pour que chacun puisse percevoir ses potentialités. Au terme d’un processus d’apprentissages et d’entraînements, un élève peut devenir "Expert" et ainsi venir en aide à des camarades en difficultés.

mots clés : échanger, Segpa, tutorat, compétences, validation


Concrètement, une Segpa accueille des élèves en grandes difficultés scolaires. Les élèves orientés vers cette structure ont donc un parcours scolaire résultant de leurs échecs successifs. Consciente de la nécessité pour les élèves d’identifier leurs compétences, l’équipe de la Segpa du collège Volney a souhaité modifier sensiblement le regard qu’ils peuvent porter sur eux-mêmes, notamment en réorganisant certains temps d’enseignement pour en faire des moments de construction, de reconnaissance et de partage de compétences scolaires. Le questionnement initial, à l’origine de la réflexion, est a priori simple : un élève de Segpa peut-il être tuteur d’un autre élève, y compris dans des disciplines telles que mathématiques et français ?
 
L’inclusion d’une Segpa dans un collège ne doit pas s’apparenter à une stigmatisation mais a pour vocation d’aider chacun à trouver sa place. Elle constitue "une structure spécifique pour une meilleure inclusion des élèves", comme le mentionne la circulaire du 28 octobre 2015. Après avoir accueilli la Segpa dans une structure à l’écart des espaces communs, le collège de Craon a fait le constat que cette réponse ne répondait pas à une logique d’inclusion, mais plutôt de marginalisation. Suite à une réflexion sur la place de la Segpa au sein du collège, il a donc été décidé de déplacer géographiquement ces classes : les élèves ont quitté les bâtiments préfabriqués pour intégrer les mêmes salles de cours que celles que fréquentent les autres collégiens.
 
L’équipe des enseignants de la Segpa a élaboré un protocole pour les quatre années à passer au collège. En français et en mathématiques, les élèves bénéficient des séances structurées sur le principe du plan de travail : séquences et séances reposent sur une logique dont le point de mire est la validation de compétences.
 
Il a aussi fallu repenser l’évaluation, en faire un outil de suivi personnalisé afin de ne plus la regarder comme un douloureux acte. Aujourd’hui, les élèves ont compris qu’elle pouvait être une légitimation gratifiante car elle offre le droit d’aider les autres. Pour obtenir le statut d’expert, il faut accepter de travailler, de s’entraîner, puis de s’engager dans le processus du "Brevet", épreuve solennelle à l’image d’un examen.
 
Reconnu "expert" suite à la réussite à cette épreuve, l’élève devient potentiellement tuteur, donc personne-ressource apte à guider un camarade en difficulté sur une compétence. Cet accompagnement ponctuel s’organise en deux temps : la demande, la réponse. Lorsque les élèves sont en activité (en mathématiques, comme en français), un affichage au tableau permet d’identifier immédiatement les demandeurs ainsi que l’objet de leur demande. Par exemple, si émerge un besoin d’aide sur un savoir-faire précis en géométrie, un des élèves reconnus "experts" viendra apporter son assistance en expliquant la procédure. Nécessaire préalable à cette organisation, un esprit de coopération doit être accepté par chacun des élèves : accepter d’aider et d’être aidé.
 
Obtenir la reconnaissance des enseignants et de ses pairs constitue un enjeu scolaire et affectif non négligeable pour ces adolescents qui ont besoin de construire une estime de soi scolaire. Il faut prendre en compte que les élèves de Segpa sont orientés vers cette structure du fait de résultats insuffisants ; orientation peu valorisante sur le plan social, car ils côtoient dans le collège d’autres élèves n’éprouvant pas ces difficultés. Or, restaurer l’image de soi est un pari tant ces élèves ont un lien délicat avec les savoirs scolaires. Voir que ses compétences sont reconnues, pouvoir expliquer une procédure à un copain, réussir à aider un autre élève, etc. sont autant de motifs favorisant un regard engageant sur soi.
 
Si pour les enseignants il s’agit d’un travail d’équipe induisant un respect collégial de cette organisation, c’est d’abord une philosophie partagée qui invite à regarder les compétences de chaque élève, à inverser une spirale antérieure afin de montrer le sens des apprentissages proposés au collège. Plus encore, le travail effectué en français et en mathématiques est aujourd’hui élargi à d’autres champs disciplinaires avec comme objectif de pouvoir élaborer des outils permettant de prendre en compte les compétences des élèves dans tous les domaines. Ces perspectives d’évolution du dispositif témoignent d’une réflexion collective active, facilitée par la stabilité de l’équipe.

Engagés dans un processus d’entraide réciproque, les élèves ont adopté cette organisation qui modifie sensiblement leur rapport à soi ainsi que leur rapport aux savoirs. Ces enseignants en sont convaincus : oui, on peut trouver des élèves compétents en Segpa !
 
auteur(s) :

C. Delogé

contributeur(s) :

C. Addadi, Collège Volney, Craon [53]

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