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des rituels ambitieux pour pratiquer l'anglais en sixième

mis à jour le 07/11/2017


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Professeur d'anglais au collège Quéral de Pontchâteau en Loire-Atlantique, Céline Blanchard conçoit des séances très cadrées qui donnent de nombreuses opportunités d'expression orale aux élèves. Les techniques d'enrôlement mises au point par l’enseignante sont particulièrement efficaces. Elles reposent sur un rythme soutenu et le déploiement de nombreux rituels qui sont autant de points d'appui pour les apprentissages des élèves.

mots clés : échanger, collège, rituels, anglais, phonologie


n des ressorts principaux de la pratique pédagogique de Céline Blanchard est celui des rituels, autrement dit des effets de répétition et des procédures automatisées. Ils interviennent dès le début de la séance, lors des échauffements. La répétition permet d'abord de renforcer les apprentissages en développant la mémoire procédurale. En pratique, l'enseignante amorce des phrases que les élèves terminent de façon quasi automatique ou encore fait poser des questions rituelles à des élèves auxquelles la classe fait invariablement la même réponse. La répétition permet aussi de construire des automatismes qui rendent les élèves plus disponibles pour de nouveaux apprentissages. Elle agit comme un allègement de la charge cognitive des élèves. En cela, cette pratique résonne avec la notion de zone proximale de développement de Lev Vygotski1 et la théorie de Jérôme Bruner sur les fonctions de l'étayage2. Ces rituels ne sont évidemment pas une fin en soi mais bien un levier qui nécessite une mise au point pédagogique complexe au service des apprentissages.
 
Déclencher les prises de parole
Les automatismes facilitent la prise de parole des élèves, a fortiori quand elle est collective. Les élèves qui n'y viennent pas spontanément habituellement sont entraînés par l'effet de groupe et développent eux aussi des compétences orales. Et pour le cas où cela ne suffirait pas, Céline Blanchard a mis en place des rituels de félicitations et des gratifications multiples comme les jetons distribués aux élèves à chaque bonne réponse. Même quand les élèves lèvent la main pour demander la parole, ils sont encouragés à crier en anglais (Please ! Please ! I beg you ! Me, me ! Not him !). C'est amusant et très efficace ! Cette relation pédagogique positive favorise la prise de parole et fonctionne comme un processus de désinhibition. D'ailleurs, à force de tout verbaliser, les élèves développent des interactions orales entre eux. Ces habitudes de prise de parole guidées, avec des déclencheurs identifiés, leur permet donc de développer l'autonomie dans la pratique de l'oral.

 
Donner une dimension culturelle à l'enseignement de l’anglais
Soucieuse d'intégrer une dimension culturelle à son enseignement, Céline Blanchard, conformément au nouvel intitulé du socle commun3 a mis au point une série d'activités rituelles qui permet aux élèves de s'approprier des expressions idiomatiques. Cela les amène à acquérir une forme d'expertise très valorisante. Dans le même registre, elle organise les activités en classe autour de métiers qu'endossent les élèves à tour de rôle. Les missions (plus d’une dizaine au total) donnent une touche d’authenticité britannique à l’activité et sont autant d’invitations à la participation. Elles sont distribuées aux élèves en début d'heure : le policeman rappelle les consignes lors du début du cours et rappelle les bavards à l'ordre lorsque la classe est trop bruyante (be quiet, please ! not too loud, please !), le token dealer récompense les élèves qui ont formulé une bonne réponse, le computer boy/girl fait défiler les diaporamas, etc. Les rôles tournent tous les quinze jours. Ils ont une fonction de responsabilisation très efficace et très appréciée des élèves qui disent se sentir associés à l’organisation du cours. Ils permettent aussi aux élèves de s’impliquer dans des activités qui sont pensées pour servir les apprentissages. L’enseignante ainsi déchargée de multiples tâches peut se concentrer sur l’écoute et l’accompagnement des élèves. Cette pratique est aisément transférable à d’autres disciplines.
 
Phonétique et phonologie
Le travail sur les rituels permet à Céline Blanchard d'exiger beaucoup de ses élèves, tout particulièrement en matière de phonétique et de phonologie qu’elle considère comme aussi importantes que la grammaire et le lexique. Des expressions sont répétées et finissent par faire partie du quotidien de la classe. La prononciation des mots est travaillée en associant les sons à des références culturelles. Céline Blanchard parle de "phonétique culturelle"4. Un affichage tapisse la salle de classe avec des cartes sur lesquelles figurent des expressions associées à des images et à des signes phonétiques : a green queen, a blue moon, a funny bus, a grey cupcake. Chaque mot nouveau est rapporté à ces expressions connues en fonction des assonances. L'enseignante va jusqu'à mener un travail sur la métalangue en usant, de façon rituelle là encore, d'outils de caractérisation des sons qui permettent un retour métacognitif sur les apprentissages5 : it’s a short sound ; the sound is double ; it’s a silent letter.
 
Ainsi, au moyen d'un panel de rituels et au terme d'un long travail de recherche pédagogique6, Céline Blanchard obtient des résultats spectaculaires à l'oral. La relation pédagogique est évidemment déterminante dans ce contexte. Elle est bien comprise et plébiscitée par les élèves. Mais quoique déterminante, elle n'empêche pas la prise en charge par les élèves de leurs propres apprentissages, notamment au moyen des rôles qui les rendent acteurs et des rituels qui leur permettent de maîtriser l'organisation de la séance7 et le sens des apprentissages jusqu'à développer, dès la classe de sixième, une véritable autonomie langagière que Céline Blanchard exploite en faisant.


1. On trouvera un développement intéressant sur ce point in Réflexion sur l’accompagnement personnalisé au collège, Dossiers pédagogiques de l’académie de Nantes, Avril 2016, p. 29.
2. Idem - p. 29 et 30 ; on pensera ici à la fonction que Bruner appelle "réduction des degrés de liberté". Voir aussi Jérôme Bruner, Savoir faire, savoir dire, PUF, 1983.
3. Socle commun de connaissances, de compétences et de culture.
4. Voir Céline Blanchard, "La phonétique culturelle", article du 20/10/2016 sur le site de l’Académie de Nantes.
5. L’exposition régulière aux signes phonétiques de l’alphabet international dote les élèves d’outils pour la prononciation de mots nouveaux et les rend autonomes.
6. Céline Blanchard explique avoir beaucoup tâtonné et ajusté par elle-même ses outils pédagogiques et s'être également inspirée de ses lectures de Claudine Martina (Animer la classe d'anglais au collège, Belin, 1997 ; L'autonomie en classe d'anglais : un défi, Belin, 2005).
7. Les séances de Céline Blanchard sont organisées en quatre temps : a. échauffements et rituels d'entrée ; b. révisions d'apprentissages antérieurs (revision time) ; c. leçon (lesson time) ; d. synthèse (recap time).
 

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