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le tutorat : deux pratiques

mis à jour le 12/04/2017


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Plusieurs établissements scolaires de l'académie se sont lancés dans la mise en place d'un système de tutorat. Parmi ces expérimentations, on distingue deux grandes tendances. D’une part, le tutorat entre pairs entre deux élèves de niveaux de classe différents, pratiqué notamment au lycée Guist'hau à Nantes pour la deuxième année, et, d’autre part, le tutorat enseignant entre un enseignant et un élève mis en œuvre au lycée Aristide Briand de Saint-Nazaire depuis plus de huit ans. Ces modalités de tutorat différentes s'expliquent en partie par le contexte socio-économique de chaque établissement. Alors que le lycée Guist’hau est situé en centre-ville et ne propose que des filières générales, le lycée A. Briand est considéré comme relevant d'une zone urbaine sensible 1 et propose des formations générales et technologiques. Cependant, existe-t-il entre ces deux modalités de tutorat des invariants incontournables ? Quels éléments doivent être pris en compte par les initiateurs d'un tel dispositif ?

mots clés : échanger, tutorat, coopération, orientation


La mise en place d'un tutorat dans les établissements scolaires, quelle que soit sa forme, a pour objectif principal de réduire les taux de redoublement ou de réorientation, notamment en classe de seconde pour les lycées. Il doit aussi faciliter le passage et la réussite des élèves les plus fragiles scolairement en classe supérieure. C'est en juin 2015, au lycée Guist’hau, que Frédéric Gautier et Gilles Seurin, professeurs de Sciences économiques et sociales (SES), prennent connaissance du décret 2 rendant le redoublement exceptionnel. Ils proposent alors un tutorat dans leur lycée de centre-ville dont les taux de redoublement et de réorientation avoisinent les 5 à 10 % chaque année. En 2008, au lycée Aristide Briand de Saint-Nazaire, la direction et la vie scolaire constatent que 20 % des élèves de seconde ne passent pas en classe supérieure. Or, pour Thierry Ryo, conseiller principal d'éducation (CPE), qui décrit les résultats de plusieurs de ces élèves comme fragiles, “le verdict du conseil de classe du troisième trimestre tombait sans qu'aucune aide n’ait été proposée”.

Au-delà de cet objectif commun, en comparant ces deux formes de tutorat, il est possible de mettre en évidence d’autres similitudes.
 
Dans les deux cas, une identification du public visé par le tutorat est effectuée avec précision. Dans ces établissements, le tutorat n’est pas conçu comme un outil pour les élèves les plus démotivés et très absents qui nécessitent un autre accompagnement. Il est toujours présenté aux collègues et aux élèves comme complémentaire à d'autres dispositifs existants et non substituables comme l’accompagnement personnalisé et le soutien disciplinaire (SOS Maths, SOS Histoire-Géo…). Cette identification des élèves qui pourraient en bénéficier doit être réalisée dès le début de l'année par les professeurs principaux (PP). Pour cela, les équipes ont construit des grilles diagnostic, outils pour objectiver les observations et pour s'assurer de l'harmonisation des critères de repérage entre professeurs. Elles mettent en évidence, au-delà de la fragilité des résultats, des difficultés d'ordre méthodologique, de compréhension, d'expression orale ou écrite, de méthodes de travail et d'adaptabilité aux exigences et à la vie du lycée. Elles font aussi apparaître des “projets d'orientation mal ficelés”, comme le dit Thierry Ryo, c’est-à-dire peu en concordance avec le profil scolaire de l'élève ou inexistants. Ainsi, les difficultés analysées premièrement comme liées à une discipline s’élargissent à des “difficultés transversales qui participent aussi à la fragilité des résultats de ces élèves” selon les mots de Frédéric Gautier.
De plus, dans chacun de ces dispositifs a émergé un autre point commun : la présence d'un membre de la vie scolaire dans l'équipe qui supervise le tutorat, notamment celle d’un conseiller principal d'éducation au centre du dispositif. En effet, c’est un interlocuteur facilement identifiable pour les élèves, les parents et les professeurs, et qui peut, de ce fait, agir plus rapidement. Au lycée Aristide Briand, c'est Thierry Ryo qui est chargé du tutorat et de son suivi depuis huit ans. Au lycée Guist’hau, le CPE a rejoint l'équipe cette année. Frédéric Gautier, à l'origine du projet, assure que “sa participation a facilité la communication avec les élèves et les familles”. Cette présence d'un CPE doit s’accompagner d'une équipe étoffée qui communique. Au lycée Guist’hau, l'équipe est composée de six professionnels de l'établissement (quatre professeurs de disciplines différentes, un assistant d'éducation [AED], et un CPE). À eux six, ils supervisent le tutorat du lycée. À Aristide Briand, l'équipe de tuteurs est composée de vingt-huit enseignants volontaires toutes disciplines confondues. Entre les différents acteurs du dispositif, il faut que les échanges se fassent rapidement afin que l'aide soit la mieux adaptée et puisse évoluer au cours de l'année. Des moments institutionnels peuvent servir pour faire le point et transmettre les informations. C'est le cas des temps de conseils de classe. Par exemple, les tuteurs peuvent faire un point en amont avec les professeurs principaux (et/ou les équipes) et les élèves de seconde concernés. De même, des solutions techniques via e-lyco avec des espaces dédiés au tutorat sont mises en place pour faciliter les échanges ou mettre à disposition les documents ressources.

Les résultats obtenus sont encourageants dans les deux établissements. Lors des bilans annuels effectués au lycée Guist'hau, les professeurs principaux se sont sentis épaulés dans leur rôle en ayant la possibilité de proposer une nouvelle solution à des élèves en difficulté. Ils ont ressenti du changement pour les élèves-filleuls (élèves de seconde parrainés par un autre élève) parfois au niveau des résultats scolaires mais aussi et surtout en termes d'attitude en classe et de motivation. Du côté des élèves-filleuls, leurs témoignages montrent aussi l’intérêt de ce tutorat. Même si les progrès n'ont pas toujours été miraculeux, tous ont exprimé qu'ils avaient beaucoup appris au contact des élèves plus anciens, notamment sur les méthodes de travail et la confiance en soi. Ils se sont sentis plus responsables de leur réussite et soutenus dans leurs difficultés. Ils ont même créé parfois des liens d'amitié avec leur tuteur-élève qu’ils appellent leur parrain. Par ailleurs, lors des conseils de classe, certains PP ou membres de l'équipe référente peuvent mettre en avant l'investissement d’un élève en tant que filleul pour pointer sa volonté de réussir. Les élèves-parrains ont développé eux aussi des compétences comme leurs qualités d'écoute et de dialogue. Ils ont planifié les rendez-vous et organisé les thèmes de travail en autonomie. Ils ont aussi mieux compris les méthodes d’apprentissage, ce qui les aide à leur tour et, enfin, ils se sont sentis utiles. Cette année, pour récompenser cet engagement, une mention sera portée à la fin du livret scolaire utilisé lors des délibérations des jurys de baccalauréat. De même, des cérémonies d'intronisation de parrainage sont organisées, en octobre cette année, avec la direction de l'établissement. Selon Frédéric Gautier, ce temps institutionnel est important, car “il valorise les élèves, donne de la visibilité et de la légitimité” au dispositif.


 
Enfin, ces tutorats reposent sur une valeur commune : renforcer le bien-être des élèves. Pour cela, le choix d'un tuteur en correspondance avec le profil de l'élève tutoré est primordial. Au lycée Guist'hau, le couplage élève-parrain/élève-filleul est un moment-clé. Des contraintes logistiques orientent les choix, mais ce sont aussi la personnalité des élèves et la cohérence entre les difficultés et les projets d'orientation qui dictent les associations possibles. À Aristide Briand, c'est toujours un enseignant que n’a pas l’élève qui sera choisi par le CPE afin d’éliminer les enjeux de l'évaluation scolaire en classe entre l'élève tutoré et son tuteur. L'autonomie et la responsabilité des élèves sont mises en avant puisque ces dispositifs reposent sur le volontariat et une grande liberté d'organisation. À chaque fois, le rythme des rencontres, les thèmes de travail et la fin de l'accompagnement sont discutés entre les élèves et leurs tuteurs. À tout moment, un élève aidé peut y mettre fin s’il sent qu'il n'en a plus besoin ou s’il ne souhaite plus en bénéficier. C'est pour faciliter le travail de chacun que des documents sont fournis aux élèves et aux tuteurs. Ces documents rappellent le fonctionnement, les objectifs et les engagements pris par chacune des parties sous la forme de chartes du tutorat ou de livrets.
 
En dépit de tous ces incontournables, des questions subsistent pour définir les modalités de mise en œuvre du tutorat dans un établissement. Des discussions et des choix devront être réalisés par les équipes et leur direction : quelle forme ce tutorat doit-il prendre ? Quelle est la place qui doit être donnée aux parents ? De plus, ces dispositifs ne sont pas figés et peuvent évoluer, notamment suite aux retours des bilans de fin d'année, et, pourquoi pas, coexister.


1. Politique de la ville, 1996. Décret n°96-1156 du 26 décembre 1996.
2. Ministère de l’Éducation nationale, 2014. Décret 2014-1377 du 18 novembre 2014.
 
auteur(s) :

C. Le Feuvre

contributeur(s) :

T. Ryo, B. Filly, F. Gautier, L. Dubacq

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