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faire dialoguer une œuvre littéraire et un tableau : du Mariage de Figaro au Baiser à la dérobée

mis à jour le 30/06/2016


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En prolongement d'une séquence sur Le Mariage de Figaro, une séance d'analyse de l'image conduit les élèves à établir des rapprochements entre la pièce de Beaumarchais et le tableau de Jean-Honoré Fragonard, permettant ainsi une circulation entre des arts différents au sein d'une même époque culturelle.

mots clés : lecture de l'image, peinture, HDA


Contexte

Comédie ou contestation
La séance se déroule en classe de Première, dans le cadre de l'objet d'étude "Le texte de théâtre et sa représentation du XVIIe siècle à nos jours". Elle prolonge une séquence sur Le Mariage de Figaro,  qui visait à s'interroger sur l'enjeu de cette pièce selon la problématique suivante : une comédie de mœurs ou une œuvre de contestation ?

Le motif du baiser
Le motif du baiser, qui semble bien relier les différents tableaux de l'œuvre de Pierre Caron de Beaumarchais et les deux parties de cette problématique, parce qu'il est subversif en ce qu'il rend poreuses les classes sociales, a déterminé le choix de cette toile de Jean-Honoré Fragonard, illustrant la légèreté badine de cette pièce voire le libertinage du XVIIIème siècle, en même temps qu'une subversion de la morale.

Objectifs

Développer des compétences d'analyse de l'image
Il s'agit de développer des compétences d'analyse de l'image. La séance cherche donc à placer les élèves en situation d'analyser le tableau afin de tenter d'en dégager les particularités et de parvenir, au final, à une interprétation satisfaisante.

Faire dialoguer texte et image
Elle permet également de réinvestir les questionnements mis en évidence à propos de l’œuvre de Beaumarchais et d'illustrer, plaisamment, le thème du baiser après lequel tout le monde semble courir.




Le Baiser à la dérobée

L'oeuvre

"Le Baiser à la dérobée" (vers 1788), Jean-Honoré Fragonard,  huile sur toile de 45,1 × 54,8 cm, musée de L'Ermitage, Saint-Pétersbourg.
 

Déroulement

 
Étape 1 : Recherche sur la peinture du XVIIIe siècle
Lors d'une première séance, les élèves font une recherche préliminaire sur les peintres du XVIIIe siècle, avec pour objectif de trouver un artiste et un tableau dont l'univers pourrait illustrer la pièce de Beaumarchais et plus particulièrement la problématique étudiée.
Une confrontation des propositions est organisée. Le débat permet de travailler la prise de parole orale et l'argumentation, tout en favorisant une appropriation des thèmes de l'oeuvre et de la problématique travaillée.
Le peintre Fragonard est retenu avec son tableau.

Étape 2 : L'analyse du tableau par binômes
Une analyse du tableau en lien avec la problématique de la séquence
Lors d'une deuxième séance, le tableau sera analysé plus précisément. La photocopie de l'oeuvre est distribuée et est accompagnée d'une projection en couleur au tableau. Les élèves peuvent également effectuer le travail en salle informatique pour avoir plus directement la possibilité de d'agrandir l'image et d'observer des détails. Les élèves doivent répondre à la problématique de la séquence appliquée au tableau, en justifiant leur point de vue par des éléments d'interprétation en mobilisant des outils d'analyse de l'image déjà étudiés.

Des éléments de différenciation
De plus, les élèves peuvent consulter quelques ressources mises à leur disposition, comme une fiche-outil rappelant les outils d'analyse de l'image ou des sites internet comme "peintre.analyse.com", dont l'interface présente des outils d'analyse interactifs.
Pour les binômes les plus en difficulté, un questionnaire est proposé pour guider davantage l'analyse : 1. Quels éléments, et pour quels effets, soulignent les diagonales du tableau ? 2. Quels éléments dramatisent cette scène ? Observez le visage de la jeune femme, le rôle des deux portes...

site peintre analyse
Autres pistes de mise en oeuvre
D'autres possibilités de mise en oeuvre sont expliquées dans la partie "autres démarches possibles" de la ressource pédagogique "faire dialoguer une œuvre littéraire et un tableau : de Tartuffe à La Femme au masque".

Étape 3 : Mise en commun et rédaction d'une synthèse

Une mise en commun est ensuite effectuée et les élèves en rédigent une synthèse.

Étape 4 : Prolongement

panorama de l'art

Les élèves prolongent l'activité en visitant, sur le site du musée du Luxembourg, l'exposition virtuelle, "Fragonard, amoureux, galant et libertin". 
Ils ont pour consigne de choisir un autre tableau de Fragonard et de préparer à l'oral une présentation qu'un guide du musée pourrait faire de cette oeuvre.

Ils sont également invités à mettre en relation le tableau qu'ils ont choisi, celui étudié en classe, avec l'oeuvre "Le Verrou", en exploitant les données des sites suivants, intégrés au portail Éduthèque :
 
Le portail Éduthèque présente l'avantage de donner accès à davantage de ressources, comme des images en haute définition ou des fichiers en téléchargement.
 

 

Le peintre

Une formation auprès des peintres Jean-Siméon Chardin et François Boucher. Après son obtention du Prix de Rome, en 1752, il poursuit son apprentissage en Italie. A son retour en France, l’État lui commande des œuvres et lui octroie un atelier au Louvre. Il abandonne néanmoins cette carrière académique, au profit de l'exécution de tableaux de cabinet pour une clientèle de riches amateurs. Une œuvre, au final, très riche, où se distinguent notamment les scènes galantes, telles que Le Verrou, contribuant ainsi à donner au dix-huitième l'image d'un siècle libertin.

Le tableau

Une scène galante : un jeune homme, dans l'encadrement d'une porte, attire à lui une jeune fille pour lui dérober un baiser… que cette dernière semble bien être venue chercher !

La composition

Le composition est on ne peut plus savante. Le jeu des diagonales sépare assez nettement le tableau en deux. Ce que confirme la médiane verticale avec une partie droite consacrée au jeu amoureux entre les deux personnages principaux. Toutefois, ce sont surtout les verticales des deux portes qui, non seulement recadrent le tableau sur l'action principale, mais permettent de saisir la mise en place, à gauche, d'un arrière-plan, constitué d'un salon, où deux femmes assises jouent aux cartes. Un homme, avec une perruque, se tient debout à leur côté. En revenant à la droite du tableau, les deux médianes, horizontale et verticale, permettent de resserrer l'action principale, le baiser, dans le rectangle supérieur gauche et dont le pendant, si nous suivons la médiane horizontale, qui relie les mains des amoureux, serait, avec le même effet de rétrécissement dû à l'arête de la porte, le portrait de groupe esquissé dans le rectangle inférieur droit : deux portraits de groupe ou deux tableaux en un et, sans doute, une mise en abîme avec le tondo. Nous n'excluons pas l'idée que ce tondo soit une bergerie (une pastorale quelque peu licencieuse), comme c'était l'usage à l'époque. Ce qui renforcerait la mise en abyme, surtout qu'elle pourrait alors être l’œuvre de Jean-Honoré Fragonard. 

L'interprétation

Deux portraits de groupe répartis en deux espaces de jeux amoureux et social : l'un au premier plan, l'antichambre où se déroule la scène galante, l'autre en arrière-plan, le salon où se joue une partie de carte, opposant ainsi deux attitudes, l'une libertine et l'autre convenable.




Et le lien qui court de l'un à l'autre, c'est cette vaporeuse écharpe verte – la couleur de l'amour naissant ("Associé au sentiment amoureux, le vert apparaît ainsi comme la couleur de la jeunesse, de l'impatience des corps et des intermittences du cœur.", Michel Pastoureau, dans Vert. Histoire d'une couleur, page 71, Éditions du Seuil, Paris, 2013.) -, car elle déborde légèrement sur l'arête de la porte de droite. Non seulement elle guide l’œil du spectateur vers le salon mais elle permet de retracer le parcours de la jeune fille, qui a pris le prétexte d'aller quérir cette écharpe, qu'elle tient à la main, afin de s'échapper, un bref instant, de ce salon pour aller rejoindre son amoureux.
   
Et tout indique le mouvement vif de la demoiselle : le corps, penché vers ce baiser, et qui repose uniquement sur la jambe droite fléchie. Ce que confirment le pli de la robe au niveau du genou, l'étrange position du bras droit replié et l'extension de la jambe gauche, avec cette chaussure qui ne touche le sol que du bout du pied. De sorte qu'elle est obligée de se reposer sur l'épaule du jeune homme pour ne pas perdre l'équilibre. Ce net déséquilibre peut être lu comme une préfiguration d'une chute fatale vers des débats amoureux plus osés. Le jeune homme, s'il la soutient, en profite d'ailleurs pour la retenir : son pied est posé sur le bas de la robe, et ses mains tiennent fermement le poignet de l'aimée. Il est donc sur le mode de l'attente empressée, tandis que le personnage féminin est sur celui du passage et de la tension.
   
En effet, cette tension est perceptible, non seulement, dans ce déséquilibre, qui dit l'urgence de la situation, mais aussi dans la diagonale qui dit le dilemme de cette jeune fille. Elle souligne le regard, tourné vers le salon et quelque peu effrayé de l'audace dont elle fait preuve. Elle suit ensuite le bras tendu et la main tenant l'écharpe, la reliant ainsi à l'univers convenable du salon, alors que la médiane horizontale, qui lie les mains des amoureux, la rattache au deuxième espace galant... et fortement érotisé. Le regard du spectateur est conduit du genou droit, le point le plus lumineux, au jeu des mains, puis vers le baiser avant de redescendre vers le décolleté pour suivre, enfin, la diagonale qui, au bout du châle, l'amène vers le salon. En outre, avec l'effet de clair-obscur, qui souligne l'intimité des personnages, tout un jeu de plis – ceux des vêtements, des tentures aux couleurs chaudes - et de courbes érotisent cette scène : les rondeurs féminines, le tondo, le fauteuil, le tapis, le guéridon... dont le tiroir entrouvert, à lier à la bouche entrouverte de la jeune fille, laisse supposer encore plus d'audace libertine.

L'impression d'un motif amoureux pris sur le vif par le spectateur complice, d'un entre-deux portes soulignant le fait que le désir sait tirer profit du moindre intervalle d'espace et de temps. Le thème érotique du plaisir dérobé est ainsi savamment réactualisé par l'opposition entre deux univers, deux attitudes que disent la posture, le visage de cette jeune fille, divisée entre l'attrait du fruit défendu et le respect de la morale.
 
auteur(s) :

Pascal Doisneau, lycée Victor Hugo de Château-Gontier

information(s) pédagogique(s)

niveau : 1ère

type pédagogique : démarche pédagogique

public visé : enseignant

contexte d'usage : classe, salle multimedia

référence aux programmes : Programme des classes de Seconde et Première applicable à la rentrée 2011 : BO spécial n°9 du 30 septembre 2010.

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