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Il faut sauver le soldat Ryan

mis à jour le 03/12/2006


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Etude du film de Steven Spielberg Il faut sauver le soldat Ryan. La séquence porte plus particulièrement sur l'analyse de la séquence du débarquement avec des comparaisons avec les photos de Robert Capa, le film Le Jour le plus long et des extraits d'actualités de l'époque et aussi sur l'analyse de la séquence de l'annonce du décès.

mots clés : guerre 39-45, débarquement, analyse de l'image


PRÉSENTATION

La sortie du film de Steven Spielberg : " Il faut sauver le soldat Ryan " en octobre 1998 a été l'occasion de mener une étude filmique dans deux classes de 3èmes suivie de la réalisation de pages web destinées à alimenter le site du collège. Le film correspondant très exactement au programme d'histoire de 3ème , il m'a semblé intéressant, dans le cadre d'un cours de français, d'étudier la façon dont la guerre - en particulier le débarquement- est mise en scène. Il s'agissait aussi de voir quelle image du soldat est proposée par le film.

Les vingt-cinq premières minutes du film sont certes très violentes mais la plupart des élèves adorant les films " gore " et les films violents, il me paraissait d'autant plus intéressant de confronter leur expérience en matière de scènes violentes et sanglantes à des scènes représentant un événement historique de façon volontairement réaliste et de réfléchir avec eux sur la façon dont ils percevaient ces différentes scènes.

La séquence a été préparée à partir de documents iconographiques ou rédactionnels récupérés sur Internet, en particulier sur le site officiel du film, ainsi que de critiques du film trouvées sur Internet ou dans des revues de cinéma. J'ai utilisé certaines photos trouvées sur Internet afin de préparer deux documents qui ont servi de base à certains cours. Ces documents seront immédiatement retirés de ce site si les ayant-droits en font la demande.

 

OBJECTIFS DE LA SÉQUENCE

-         approfondir les connaissances des élèves en matière de lecture de l'image et montrer qu'il existe une écriture filmique

-         exprimer oralement et par écrit une opinion

-         rédiger des textes explicatifs et informatifs

-         approfondir l'utilisation du matériel informatique et des logiciels à travers la production de pages Internet

 

PRÉ-REQUIS

Cette séquence requérait que les élèves aient des connaissances de lecture de l'image et de mise en scène. Elle requérait aussi de leur part une adhésion au projet puisqu'ils devaient faire preuve de mémorisation. Les élèves savaient aussi exprimer leur opinion sur un livre ou sur un film.

 

DÉROULEMENT DE LA SÉQUENCE 

1ère séance : la séance de cinéma

Les enjeux et les problèmes posés. Utilisation d'un questionnaire.

2ème séance : bilan de la séance de cinéma.

Impressions des élèves. Représentation de la violence au cinéma et dans les médias. 

3ème séance : la mise en scène du débarquement.

Analyse de la scène du débarquement. Mise en évidence de l'existence d'une écriture filmique

 4ème séance : les photos de Robert Capa.

Comparaison entre les photos de Robert Capa représentant le débarquement dont Spielberg s'est inspiré et la scène du débarquement tourné par le réalisateur.

5ème séance : représentations de la guerre et du soldat.

Comparaison entre la scène de débarquement de Spielberg et celle extraite du film "Le Jour le plus long". Mise en évidence des différences dans le traitement de l'image de la guerre et du soldat

 6ème séance : la structure du film

Mise en évidence de l'organisation cyclique du film. Analyse des transitions entre les différentes parties. Notions de flash-back et de fondu-enchaîné.

 7ème séance : l'émotion mise en scène

 Étude de la scène où la mère apprend que ses trois fils sont morts au combat. Analyse de la façon dont l'émotion est mise en scène.

8ème séance : les personnages

A partir de l'étude de la scène du tri des plaques d'identité, mise en évidence du caractère des personnages principaux et du rôle du traducteur

9ème séance : réalisation de pages web consacrées au film "Il faut sauver le soldat Ryan ".

 

1ère séance 

La séance de cinéma

 

LES DIFFICULTÉS

La difficulté de cette séquence résultait du fait que la majeure partie de l'étude devrait être réalisée à partir du souvenir et des impressions que les élèves avaient du film, puisqu'il était impossible de travailler sur des extraits de film (une séance aurait pu être menée autour des bandes-annonces, mais comme je n'ai pensé à cette séquence que tardivement, je n'ai pu me procurer ces documents). Difficulté d'autant plus grande que la séance de cinéma n'a pu être organisée que la veille des vacances de la Toussaint et que nous ne commencerions à parler du film que 15 jours après. La façon dont la séance de cinéma allait se dérouler était donc essentielle.

 

L'ÉLABORATION D'UN QUESTIONNAIRE

Il s'est donc avéré nécessaire d'élaborer un questionnaire visant à faire porter l'attention des élèves sur certains moments précis du film et sur certains éléments techniques. Ce questionnaire a donc fait l'objet d'une lecture préalable et les élèves s'étaient engagés à le relire pour la séance de cinéma. Il était néanmoins hors de question que les élèves prennent des notes pendant la séance (comment ? mais la question a été très logiquement posée par certains) mais si possible l'après-midi même ou le lendemain. Les élèves ont très bien joué le jeu.

 

2ème séance

Bilan de la séance de cinéma

 

Cette séance s'est déroulée sous la forme d'une discussion au cours de laquelle chacun était invité à présenter -et défendre- son point de vue. Le film n'ayant pas laissé les élèves indifférents, cette séance s'est avérée fort animée et les échanges ont été nombreux.

 

Impressions des élèves

Qu'avez-vous pensé du film ? Vous a-t-il plu ? Pourquoi ? Quelles scènes vous ont le plus marqué ou le plus plu ?

Il s'agissait au travers de ces questions de laisser les élèves exprimer leur opinion et leur sentiment sur le film et de répondre aux objections et remarques des autres. Tous avaient été impressionnés par le film, en particulier par la scène du débarquement (ainsi que par certaines scènes de l'attaque finale) Beaucoup avaient été émus. La plupart trouvait le film "très bien" mais hésitait à dire qu'ils l'avaient aimé. Il leur paraissait en effet difficile d' " aimer " un film où la violence était si présente et où les morts étaient si nombreux. D'autres avouaient avoir adoré les passages les plus violents et les plus " gore " (bras arraché, corps coupé en deux et traîné par un soldat, balle reçue en plein front...).

 

Pourquoi une telle différence d'appréciation entre les uns et les autres ?

Pourquoi certains riaient-ils et jubilaient-ils pendant la projection lors de ces scènes particulièrement violentes et sanglantes  Pourquoi le silence avait-il été aussi totale à certains autres moments ? (La projection est à ce titre très instructive puisqu'elle permet de voir les réactions des adolescents face au film). Les rires n'étaient-ils pas là pour cacher un malaise ?

Cette différence d'appréciation entre les élèves a permis d'engager un débat, chacun essayant de montrer aux autres ce qu'il avait ressenti.

Ceux qui avaient ri aux scènes les plus sanglantes expliquaient que "c'était du cinéma", que "c'était drôle". Ils avaient vu le film comme un film d'action et attendaient donc les figures imposées de ce genre de films. Ils se montraient même un peu déçus que l'action ne soit pas présente partout, la dimension psychologique du film ne les touchant que très relativement. Certains reconnaissaient néanmoins s'être laissé dominer par leur émotion à certains moments.

Les autres considéraient que le film était dur et réaliste et qu'il était impossible de rire face à la souffrance d'êtres humains même mise en scène, qu'ils étaient trop touchés pour cela.

Pour certains le film est un spectacle, une fiction qui n'a aucune réalité. Ils attendent de l'action, de la violence -même gratuite ou surtout gratuite, et considèrent le film comme une sorte de dessins animés ou de BD. Pas de phénomène d'empathie pour des personnages qui souffrent. D'autres se laissent émouvoir : touchés par la violence et la souffrance des personnages, touchés aussi par le fait qu'il s'agit d'une histoire vraie.

 

 Réalisme et fiction

Ceci a conduit à s'interroger sur la différence que certains faisaient entre les images violentes d'un film et celles du journal télévisé.

Difficile question pour certains élèves qui ne regardent que très occasionnellement le journal télévisé jugé ennuyeux et intéressant parce qu'il parle de sujets qui ne les intéressent pas.

Pour certains, ce n'est pas comparable car les journaux télévisés montrent la réalité alors que le film n'est qu'une fiction. Ils ne voient dans le film qu'un divertissement : ils reconnaissaient qu'ils seraient peut-être allés voir le film en raison de la promesse de combats et de violence qu'il promettait.

Pour d'autres, le film rejoignait la réalité parce qu'il relatait des faits réels d'une façon jugée proche de la réalité. A ce titre, il apportait un témoignage sur ce qu'avait pu être le débarquement et les combats.

 

3ème séance

La mise en scène du débarquement

 

L'étude s'est faite à partir des réponses à la 1ère partie du questionnaire ainsi qu'à travers l'analyse de différentes photos extraites du film.

 

Objectifs :

-         étudier la mise en scène d'une scène de guerre

-         mettre en évidence les spécificités de la mise en scène de Spielberg et le fait qu'il existe une écriture filmique.


LE DEBARQUEMENT

Place de la caméra :

Où est-elle placée ? à quelle hauteur ? Que nous montre-t-elle au moment de la sortie des barges ? sur la plage ?  Que voit-on de la plage ? est-elle montrée en entier ?

-         Images tournées caméra à l'épaule

Les images sont ainsi filmées à hauteur du regard. Dans les barges, gros plans sur les visages graves d'hommes silencieux, en prière ou malades. Lors du débarquement, que des plans de la barge, de l'eau, de la plage. Hommes le plus souvent montrés de dos. Jamais de plan général ou panoramique si ce n'est à la fin où l'on montre la plage couverte de cadavres et l'eau rouge de sang. La caméra est au cœur de l'action, aux milieux des soldats ce qui place le spectateur au milieu des combats et lui partager au plus près les souffrances des hommes

-         Des images "bougées"

Le résultat aussi de cette façon de filmer est que les Images bougent et ne sont pas toujours bien cadrées : cela donne la vision et l'impression du tumulte et du mouvement sur la plage. Les visages montrés en gros plan, parfois furtivement. L'accent est mis sur les hommes, leurs difficultés et leurs souffrances.

-         Une caméra subjective.

La caméra devient un acteur de la scène et fait partager au spectateur le point de vue du soldat. A un moment, lorsque les soldats traversent la plage en courant, la caméra se substitue même très clairement au capitaine Miller puisqu'on entend sa voix, et que la caméra suit sa progression vers le pied de la dune en regardant à droite et à gauche, parfois devant, souvent vers le bas : la caméra "court" elle aussi et les images bougent énormément et ne sont pas cadrées.

Le spectateur se retrouve placé parmi les soldats. Il partage ses souffrances et ses angoisses au plus près.

 

2.      LES " BLANCS " SONORES

Quel est leur rôle ? Où interviennent-ils ? Quelle perception des événements nous donnent-ils ?

A trois reprises dans le film, dont deux au moment du débarquement -un en atteignant la plage sous le déluge de balles et un autre plus tard sur la plage au milieu des morts- le capitaine Miller est montré en gros plan et l'on entend les bruits de la guerre et des cris étouffés totalement atténués. Les actions alentours semblent empreintes de lenteur. Le visage désemparé de Miller (Tom Hanks), est montré en gros plan : le soldat, immobile, regarde l'agitation autour de lui comme s'il ne comprenait plus, il semble totalement dépassé par les événements et l'ampleur du carnage. Son regard suit les horreurs qui se déroulent et il est incapable de réagir ou de bouger. Il semble tétanisé par ce qu'il voit. Une intervention extérieure est nécessaire pour le ramener à la réalité de la guerre. C'est, par exemple, le hurlement d'un de ses hommes qui lui demande ce qu'il faut faire qui le fait revenir à la réalité et à la nécessité d'agir.

Ce procédé est réutilisé à la fin du film au moment où le capitaine Miller, grièvement blessé, se meurt.

Ceci donne au soldat une dimension humaine : ce n'est pas un héros sûr de lui et dominateur mais un homme qui essaie de survivre et qui est dépassé par l'ampleur des événements et de la souffrance générée autour de lui.

 

3.      PLACE ET RÔLE DES ALLEMANDS

Comment les Allemands sont-ils montrés ? Que voit-on d'eux ?

Les seuls moments pendant la bataille où la plage est montrée dans son ensemble sont aussi les seuls moments où l'on voit les soldats allemands. La plage est montrée du haut des falaises depuis les batteries allemandes (voir photo) ce qui permet de souligner la situation désastreuse, quasi désespérée des troupes de débarquement qui représentent des cibles on ne peut plus faciles. Les Allemands sont uniquement montrés de dos et sont totalement dépersonnalisés.

Ces plans soulignent la fragilité des hommes, l'extrême difficulté de ce qu'ils vivent et la situation désespérée dans laquelle ils se trouvent.

 

CONCLUSION

Spielberg met la guerre en scène mais il le fait du point de vue des soldats. La guerre n'est pas montrée de façon héroïque : le réalisateur nous montre des hommes pris au milieu de la tourmente, leurs réactions, des hommes qui essaient de survivre et qui ne sont pas des héros. Le réalisateur souhaite aussi faire partager au spectateur la dureté des combats et la fragilité de soldats mis dans une situation insoutenable.

 

 

4ème séance

Les photos de Robert Capa

Cette séance s'est effectuée à partir de l'analyse d'un document regroupant 3 photos prises par Robert Capa lors de la 1ère vague d'assaut du débarquement à Omaha Beach et d'une photo d'actualité.

Objectifs :

-         analyser des photos

-         montrer en quoi Capa a inspiré Spielberg

 

 Robert Capa

Reporter photo d'origine hongroise, créateur avec Cartier-Bresson de l'agence Magnum. A couvert tous les plus grands conflits. S'est rendu célèbre par ses photos de la guerre d'Espagne prises en plein milieu des combats. A été l'un des premiers sinon le premier à utiliser un appareil réflex (léger et peu encombrant) : le Leika. A inauguré une nouvelle façon de photographier : une photographie où l'homme est mis en évidence.


 Analyse des photos du débarquement

Ses photos du débarquement sont devenues très célèbres même si 80% de ses films ont été détruits au développement par un laborantin impressionné par l'importance des documents. Il a fait partie de la 1ère vague d'assaut à Omaha Beach. Il était au cœur de l'action. Il a vécu les mêmes difficultés et dangers que les soldats.

Le flou de ses photos les rend encore plus poignantes car il fait ressentir les difficultés rencontrées et le danger vital dans lequel tous se trouvaient plongés. Ses photos ne sont pas mises en scène : elles sont prises à hauteur d'homme (debout ou allongé selon les moments), elles sont mal cadrées. Ceci manifeste le parti pris de Capa de montrer la réalité, de témoigner de ce qu'est la guerre sans chercher à faire de belles photos (les circonstances dans lesquelles il se plaçait toujours ne le permettait d'ailleurs pas). Il cherche à traduire une émotion.

 

Comparaison avec les images de Spielberg

Il existe une grande similitude entre la vision de la guerre qu'offre Capa et celle proposée par Spielberg. Ceci correspond à la volonté du réalisateur qui a voulu donner à ses images les qualités émotionnelles des photos de Capa qui, plus que la guerre, met l'homme en scène. D'où son choix de filmer caméra à l'épaule de façon à donner à ses images des qualités quasi journalistiques.

 

CONCLUSION

Désir de Spielberg de retrouver l'intensité et l'émotion des photos de Capa. Pour ce faire, il a donné à la photo de son film les spécificités (point de vue, mauvais cadrages, images bougées) qui font toute la qualité des photos du reporter et leur confère une émotion sans pareille.

 

5ème séance

Images de la guerre et du soldat au cinéma

 

Il s'agit dans cette séance de comparer la façon dont le débarquement est représenté par Spielberg et  par les réalisateurs du film : " Le Jour le plus long ", film-référence en matière de cinéma de guerre mais aussi du débarquement (même si ce film montre toute l'organisation du Jour J et pas seulement le 6 juin 1944).

Objectifs :

-         mise en évidence des différences de représentation de la guerre et des soldats

-         montrer que ces différences correspondent à une différence de conception de l'événement

 1ère étape : les élèves visionnent la séquence du débarquement sur les différentes plages (jusqu'à l'attaque de la pointe du Hoc). 

2ème étape : mise en évidence des différences entre les deux films

 

LE DÉBARQUEMENT

Questions : Comment le débarquement est-il montré dans Le Jour le plus long ? Quelles différences voyez-vous avec le film de Spielberg  au niveau du placement de la caméra et de la façon de filmer ? La guerre est-elle montrée de la même façon ? Que pensez-vous du choix de la musique ?

Le film donne l'impression que le débarquement s'est déroulé rapidement et sans grande résistance même si les explosions et les tirs sont incessants. Le débarquement est montré comme une vague victorieuse et irrésistible.

Les plans panoramiques de la plage montrent l'ampleur des moyens engagés.

La difficulté de conquérir Omaha est bien sûr montrée mais l'assurance de l'officier,  joué par Robert Mitchum, qui se montre volontiers paternaliste et galvanise ses troupes par son exemple, n'est jamais mise en défaut. Que peut-il arriver à un tel homme ? Il ne paraît pas vraisemblable qu'il puisse échouer dans sa mission.

Pourquoi une telle différence ?

Spielberg veut témoigner de ce que les soldats ont vécu lors du débarquement, de leurs souffrances. Il veut faire œuvre de mémoire. La seconde guerre mondiale est en effet un thème qui touche le réalisateur au plus près. Il avoue avoir fait ce film pour son père.

Les auteurs du Jour le plus long montrent le débarquement du point de vue des vainqueurs. Il s'agissait  de faire un film à grand spectacle qui regroupe toutes les grandes vedettes d'Hollywood et qui affichait la grandeur de l'Amérique : il ne faut en effet pas oublier que ce film a été réalisé en pleine guerre froide.  

 

LES HOMMES

Questions : L'image du soldat est-elle la même ? Réagissent-ils de la même façon  dans les barges et sur la plage ? Comment la mort est-elle représentée ? Pourquoi ?

Que ce soit dans les barges ou sur la plage, les hommes, qu'ils soient gradés ou soldats, apparaissent tous conquérants et sûrs d'eux. Pas de gens malades (la mer est d'huile alors que la mer était tellement démontée que le débarquement avait failli être annulé) ou terrorisés dans les barges mais des hommes qui plaisantent et narguent les Allemands. Ces plaisanteries sont d'ailleurs propres aux films d'action hollywoodiens qui donnent l'image d'une Amérique -en l'occurrence d'alliés- triomphante.

Le choix d'utiliser les plus grandes stars d'Hollywood pour jouer les officiers renforcent encore cette impression.

La mort est d'ailleurs quasiment occultée. On n'aperçoit que quelques hommes qui s'écroulent à l'arrière-plan -parfois de façon très théâtrale. La mort n'est montrée en gros plan qu'à une seule reprise.

 

LA MUSIQUE

La musique très enlevée et triomphaliste renforce l'impression donnée par les images, l'impression d'une guerre "facile" et à l'issue inexorable. Le passage de la cornemuse -bien réel- souligne encore cet aspect triomphaliste de guerriers sans peur et indomptables.

 

 CONCLUSION :

Dans ces scènes, la guerre est mise en scène de façon radicalement différente. D'un côté, on souligne la puissance de l'Amérique -et accessoirement de ses alliés- et le courage de ses soldats, de l'autre, on met en scène l'homme pris dans la tourmente de la guerre et qui doit faire face à ses peurs et ses souffrances.

 

6ème séance

La structure du film

 

Objectifs :

-         mettre en évidence la structure du film

-         réactualiser les notions de flash-back et de fondus-enchaînés

 

L'organisation du film

Questions: Quelles grandes parties distinguez-vous dans le film ? Sur quel procédé est bâti le film ?

Le film est basé sur le principe du flash-back : il commence et se termine dans le cimetière de Colleville de nos jours avec un vétéran -on le comprend à son émotion- qui vient se recueillir sur la tombe de ses anciens camarades (c'est du moins ce qu'on suppose) et qui se souvient. Grâce au procédé du flash-back, le spectateur est ensuite plongé le 6 juin 1944 en plein débarquement. Cette construction est très classique dans son organisation cyclique.

 

Le cimetière de Colleville

Le début et la fin du film se déroule au cimetière de Colleville de nos jours. Un homme vient avec sa famille se recueillir sur une tombe du cimetière américain. Qui est-il ? est-ce lui le soldat Ryan dont parle le titre du film ? L'homme est tellement ému qu'il s'effondre sur la tombe et que sa famille doit relever. Compte tenu de son âge, on peut penser qu'il a lui-même pris part à la guerre

 La guerre

La partie centrale du film relate le débarquement et la mission confiée à un commando d'élite : retrouver le soldat Ryan afin de le renvoyer aux États-Unis, ses trois autres frères étant morts le jour du débarquement.

Cette partie s'ouvre sur le visage du capitaine Miller prêt à débarquer à Omaha Beach -elle commence le 6 juin 1944 vers 06h00 au moment de l'attaque alliée-  et se termine sur ce même visage quelques jours plus tard au moment de la mort du capitaine Miller à la fin de la bataille victorieuse pour la défense d'un pont stratégique.

Cette partie se découpe en différentes sous-parties : le débarquement, la découverte qu'une famille a perdu trois fils le même jour, la recherche de Ryan (le départ en mission - 1ers espoirs déçus - la partie de poker- l'attaque de la batterie allemande - la découverte de Ryan), la défense du pont (préparation au combat, bataille et mort du capitaine).

 

Les transitions 

Question : comment passe-t-on d'une partie à l'autre ? Comment l'histoire racont&eac5te;epas le film - la recherche de Ryan - est-elle amorcée ?

Transition cimetière/débarquement

Cette transition se fait par l'entremise d'un fondu-enchaîné. La caméra opère un zoom avant  progressif vers les yeux remplis d'émotion du vieil homme jusqu'à ce que seul le regard occupe l'écran, puis le mouvement s'inverse et le spectateur voit les yeux puis le visage de Tom Hanks  qui observe intensément l'objectif de sa barge de débarquement : la plage d'Omaha. Ceci peut laisser penser au spectateur que ce vieil homme est le capitaine Miller.

 

Transition débarquement/ cimetière

Là aussi, elle s'opère par l'entremise des yeux. A la fin du film, le capitaine Miller (Tom Hanks), grièvement blessé lors de l'attaque du pont, meurt. La caméra zoome avant sur ses yeux. Le zoom arrière qui suit le gros plan nous ramène au regard du vétéran dont on sait désormais qu'il s'agit de Ryan.

 

 Transition débarquement / début de la recherche de Ryan

L'histoire du commando est amorcée par un long travelling sur la plage rougie de sang et les cadavres d'hommes et de poissons qui la jonchent. Ce long travelling se termine par un gros plan sur le sac à dos d'un des soldats morts sur lequel figure le nom de Ryan. Le plan suivant se déroule dans les bureaux de l'administration militaire où une secrétaire découvre que trois des télégrammes de décès qu'elle vient de taper sont destinés à la même mère.

 

CONCLUSION

Le film a une organisation extrêmement rigoureuse et très classique : pas d'innovations formelles, mais une écriture filmique précise.

 

7ème séance

L'émotion mise en scène

Étude de la scène où la mère apprend le décès de trois de ses fils

OBJECTIFS :

-         repérer le découpage de la scène

-         réactualiser certaines notions : plan, plan-séquence, plan large

-         mettre en évidence la façon dont la découverte du drame et l'émotion sont exprimées.

 Situation de la scène

Questions : Le spectateur sait-il ce qui va arriver ? Comment aviez-vous imaginé la scène ?

Le spectateur sait ce qui va arriver : l'annonce à une mère qu'elle vient de perdre trois de ses fils (cf. scène précédente du film qui se passe dans les bureaux de l'administration militaire et où une secrétaire chargée de taper les avis de décès révèle un drame humain à ses supérieurs : trois fils d'une même famille ont été tués le même jour et la mère va recevoir les trois télégrammes en même temps).

 

Analyse de la scène : mise en évidence de ses caractéristiques

Questions : Quand la mère comprend-elle ce qui lui arrive ? Qu'est-ce qui a attiré son attention ? Où est placée la caméra lors de l'annonce ? Quel effet cela produit-il ? Quelle est la particularité de cette scène ? Comment la scène est-elle découpée ?

Cette scène est entièrement muette et la mère est toujours montrée de dos, dans un plan large, à une exception près où l'on voit son regard.  C'est en fait un long plan-séquence qui n'est interrompu qu'une seule fois.

 

1er plan

Une femme d'un certain âge fait la vaisselle dans sa cuisine. Au-dessus du rideau de la fenêtre, on aperçoit la campagne, les champs et le chemin qui serpente vers la maison. Dans le lointain, une voiture se rapproche. La femme n'a rien remarqué et continue son travail. Lenteur étouffante. Tout à coup, un chien aboie. La femme lève la tête.

 

2ème plan

La femme est montrée de face : on aperçoit ses yeux au-dessus du rideau et en contre-jour sur la vitre la voiture qui continue de progresser. Ce plan montre le moment précis où elle comprend : pas de long discours, pas de cri, juste une superposition d'images et un regard. La femme se fige. A-t-elle déjà vécu un tel moment ?

 

3ème plan

La femme est montrée de dos, immobile, les mains dans l'eau. Et puis lentement, très lentement, elle enlève ses mains de l'eau, prend un torchon sur le meuble à sa gauche et se les essuie. Puis, elle se dirige d'un pas lent et lourd vers la porte d'entrée au travers de laquelle on voit la voiture, un véhicule militaire, s'arrêter et deux hommes -un militaire et un prêtre- en sortir. A droite de la porte, on distingue des photos d'hommes jeunes en tenues militaires et un drapeau américain. Où est le père ? Est-il lui-même mort lors de la précédente guerre d'où la présence du drapeau ? La mère sort sur le pas de sa porte et s'effondre par terre, terrassée par la douleur et entourée par les deux hommes qui essaient de la consoler.

 

 Une écriture précise

Cette scène, tournée très simplement et très sobrement, est remarquable. Pas de grands effets, pas de cris, pas de larmes, pas de gros plans sur le visage torturé de la femme : toute la douleur s'exprime à travers la lenteur des gestes et l'absence de paroles et est symbolisée par cet effondrement final. L'absence de parole semble aussi très symbolique : que dire face à un tel drame ?

 REMARQUE :

Un visionnage précis de la scène et du film au magnétoscope -impossible ici, le film venant de sortir- permettrait d'approfondir l'analyse et de répondre à certaines questions (Absence du père mort lors de la 1ère guerre ? Voit-on la mère de face à la toute fin de la scène même s'il s'agit d'un plan général ?)

 

8ème séance

Étude d'une scène :

le tri des plaques d'identité

les personnages

Cette séance est en majeure partie basée sur les réponses au questionnaire.

 Objectif :

Analyser le caractère des différents personnages du film au travers d'une scène précise, très révélatrice.

 

Analyse de la scène : une scène révélatrice de l'état d'âme des soldats du commando.

Questions :

  • Comment se passe le tri ? Quelle est l'attitude de Miller et de ses hommes ?
  • Quelle est la réaction de la colonne de soldats qui passe ?
  • Qu'est-ce qui les différencie des soldats de Miller et explique leur réaction ?

La scène se passe dans un hôpital de fortune par lequel transitent des colonnes de troupes.  Les hommes du commando se voient confier un sac contenant des plaques d'identification militaires. Tous espèrent y trouver celle du soldat Ryan ce qui leur permettrait de mettre un terme à leur mission et de rentrer chez eux (la récompense promise). Les hommes s'installent autour d'une caisse et peu à peu le tri dégénère en une simulation de partie de poker.. Les colonnes de troupes fraîchement arrivées regardent la scène d'un air scandalisé, mais les hommes ne s'en rendent compte qu'au moment où le médecin de l'équipe les rappelle à l'ordre : ils reviennent à la réalité et sont gênés du regard que les autres portent sur eux et de leur attitude. Ils apparaissent comme des monstres sans cœur et semblent avoir perdu leur humanité. Cet aspect de leur personnalité était déjà apparu après le débarquement lorsqu'ils avaient abattu, par vengeance pour les soldats morts sur la plage, les soldats allemands vaincus au lieu de les faire prisonniers. Ce changement a-t-il été nécessaire pour supporter tout ce qu'ils ont déjà vécu ? La prise de conscience s'avère douloureuse.

 

Le caractère des personnages

LE TRADUCTEUR

Ce personnage est totalement différent des autres hommes du commando. Il fait partie des hommes de l'arrière et il ne sait pas se battre. Son émotion et sa maladresse lorsque Miller vient le réquisitionner pour faire partie du commando sont révélatrices. Les hommes le prennent totalement en charge et le protègent lors de leur progression et des combats. Ils se moquent volontiers de lui et le tiennent un peu à l'écart car il n'est pas un des leurs.

Cette différence se manifeste lors de l'attaque de la batterie allemande. Il refuse que les soldats abattent le prisonnier allemand alors que les autres sont déterminés.

Au moment de l'attaque du pont, à deux reprises, alors même qu'il lui serait facile d'abattre les soldats allemands qui menacent la vie de ses camarades, sa lâcheté, son incapacité à réagir, coûteront  la vie à ces derniers.

A la fin, malgré tout, il abattra  un des prisonniers allemands en reconnaissant celui dont il avait obtenu la grâce. Pourquoi ce revirement ? Sans doute de colère contre le soldat mais aussi contre lui-même puisque l'attaque se solde par la mort de presque tous les hommes du commando. Il se rend compte qu'il faut se salir les mains.

SON RÔLE : le traducteur sert de contrepoint aux autres soldats : il fait figure d'être humain " normal " parmi des hommes qui ont appris à ne plus se comporter comme tels, qui se sont endurcis au fil des combats et ont appris à taire leurs émotions. De ce fait, il est inapte au combat et met même en danger ses camarades.

 

LE CAPITAINE MILLER

Les hommes du commando respectent l'officier, mais surtout l'homme qu'il est. Ils lui font totalement confiance, car il les a menés au combat valeureusement. Pourtant ils ne le considèrent pas tout à fait comme un soldat ordinaire : lorsque l'un des hommes dit : "Tout le monde a une mère", un autre répond : "Sauf le capitaine Miller". Sa vaillance, son sens du devoir leur impose le respect mais le rendent un peu "surnaturel" et ce d'autant plus qu'il ne laisse jamais transparaître ses émotions devant eux. Le pari à propos de la profession exercée par celui-ci dans le civil est révélateur : il semble un "soldat-né".

Pourtant, Miller a des faiblesses  et des émotions qu'il laisse transparaître dans la scène de l'église où, avec son adjoint, il se remémore les soldats morts sous ses ordres et discute du sens de sa mission. Il est atteint nerveusement par toutes les épreuves : sa main tremble de façon incontrôlable ; il craque lors de l'incident de la batterie allemande avant de se reprendre et d'affronter ses hommes. Lorsque, pour désamorcer le conflit entre ses hommes, il révèle qu'il est professeur de lettres, ceux-ci sont ébahis. Il s'inquiète alors de ce qu'il est devenu et se demande si sa femme pourra encore reconnaître l'homme qu'il est devenu. Mais il se montre fort devant ses hommes : il se doit d'être exemplaire et de mener sa mission à bien.

 

LE SOLDAT RYAN

Le soldat Ryan répond aux attentes des soldats du commando qui espéraient ne pas risquer leur vie pour "un trou du cul". Il apprend la mort de ses frères avec tristesse mais refuse d'abandonner ses "frères d'armes" -au grand dépit des hommes du commando qui se trouvent alors dans l'obligation de rester pour le protéger. Mais cette attitude et la façon dont il se comporte au combat vont le rendre digne de leur sacrifice. "Mérite-le", lui dit Miller au moment de mourir : le vieil homme du cimetière veut entendre de sa famille qu'il a été à la hauteur des attentes de ces hommes. Toute sa vie, il aura essayé de se montrer digne d'eux.

 

CONCLUSION

Courage, vaillance, sens de la camaraderie et du sacrifice : telles sont les valeurs qui transparaissent dans le comportement des hommes du commando, de Miller et à leur grande satisfaction de Ryan. Pourtant, tout ceci semble avoir un prix puisque tous ont perdu une certaine"innobefce et une certaine part d'humanité face à tout ce qu'ils ont vécu. Ils se sont endurcis pour mieux survivre, la guerre ne laissant aucune place aux bons sentiments.

Remarque : une étude pourrait être réalisée sur l'image du soldat : elle pourrait s'effectuer en analysant des extraits de romans (A L'Ouest rien de nouveau, Voyage au bout de la nuit, La Route des Flandres... ) et des extraits de films (MASH, Platoon, Les Sentiers de la gloire, Full metal Jacket... ).

 

9ème séance

Réalisation de pages web consacrées au " soldat Ryan "

Cette séance permet aux élèves d'utiliser les différents matériels informatiques mis à leur disposition au collège et les logiciels de traitement de texte (Works) et de PAO (Publisher).

 Cette séance se déroule en trois étapes et nécessite plusieurs heures de travail (environ 6 heures). La classe a été divisée en groupes de trois à quatre élèves. Les groupes se sont partagés les différents thèmes qui ont été définis en commun et sont chargés de la réalisation d'une page web.

Les thèmes sont les suivants :

-         le tournage

-         les acteurs et leur personnage

-         le cimetière de Colleville

-         le débarquement

-         Robert Capa

-         Robert Capa et le personnage de Boro dans les livres de Franck et Vautrin (La Dame de Berlin)

-         une critique du film

-         une analyse de l'affiche

-         un compte-rendu des deux scènes étudiées en classe.

1ère étape :

Chaque groupe essaie de trouver sur Internet des documents -notamment iconographiques- leur permettant de s'informer sur le sujet traité et d'enrichir leur propre travail. Cette recherche s'est effectuée grâce à l'utilisation des moteurs de recherche ou à partir des liens (adresses de sites) que j'avais envoyés au collège lorsque les recherches s'avéraient infructueuses. Il s'agissait d'enregistrer tout ou partie de ces différents documents afin de les réutiliser ultérieurement ainsi que l'adresse des sites intéressants.

 

2ème étape :

Les élèves ont rédigé leur exposé directement sur informatique. Ils ont ensuite inséré dans leur document les images qu'ils avaient choisies.

 

3ème étape :

Les élèves ont ensuite transformé leur fichier texte en un fichier HTML. Ce travail s'est effectué à l'aide du logiciel Publisher 98. L'enregistrement effectué, il fallait renommer le fichier et les images et modifier le code source afin de préserver l'intégrité des liens entre fichier et images.

 

4ème étape :

Les différents fichiers ont ensuite été regroupés sur le site  de notre collège dans le logiciel Frontpage. Les liens hypertextes entre les différents fichiers ainsi qu'un sommaire pour nos pages ont été créés.

Note : le dossier avait été finalement été mis en ligne sur Internet (il n'est plus disponible). A noter qu'il avait obtenu le 3ème prix aux Nets d'or Écoles 2000.

 
contributeur(s) :

SAINT-JOURS Pascale

information(s) pédagogique(s)

niveau : 3ème, Collèges tous niveaux

type pédagogique :

public visé : non précisé, enseignant

contexte d'usage : classe

référence aux programmes :

fichier joint

information(s) technique(s) : Télécharger la séquence sur l'étude du film Il faut sauver le soldat Ryan

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