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les apprentissages lexicaux à l'école maternelle

mis à jour le 16/03/2011


les apprentissages lexicaux a l'école maternelle

Le développement du lexique chez les enfants de moins de cinq ans, d'un point de vue descriptif et explicatif, pour comprendre le contexte dans lequel se situent les élèves, et d'un point de vue explicatif, quelles conditions du milieu de vie de l'enfant semblent avoir un impact positif sur l'acquisition du lexique.

mots clés : lexique, mots, conférence, mémoire


Conférence de Monsieur Loïc PULIDO, maître de conférences, université d'Angers
19 janvier 2011 - CRDP de Nantes

Le propos ne se situe pas directement dans la didactique du français et de l'acquisition du lexique, mais plutôt sur une présentation des mécanismes cognitifs en jeu dans les activités lexicales.
Les deux domaines ne sont pas en opposition ; il n'y a pas à revenir sur ce qui est décrit en termes de démarches et d'activités car ce sont des cadres bien maîtrisés par les enseignants. Le propos va porter sur la manière dont on peut étayer les élèves pour finalement les aider à apprendre. Pour le dire autrement, la présentation vise à initier une  réflexion sur des petites choses que l'on peut mettre en place dans les cadres habituels pour favoriser les apprentissages des élèves

Pour cela différents thèmes seront développés :

Le développement du lexique chez les enfants de moins de cinq ans, d'un point de vue descriptif et explicatif, pour comprendre le contexte dans lequel se situent les élèves, et d'un point de vue explicatif, quelles conditions du milieu de vie de l'enfant semblent avoir un impact positif sur l'acquisition du lexique.

Les substrats cognitifs liés aux apprentissages lexicaux: mécanismes de pensée qui permettent d'enregistrer un certain nombre de mots et de les réutiliser dans la vie quotidienne

Pour chaque point, des liens avec les activités quotidiennes de classe seront faits, afin de voir quels étayages apporter aux élèves dans le cadre de ces activités.

Quelques éléments conceptuels

Trois termes doivent être distingués :
. Lexique : ensemble des mots qui constituent la langue française (on est plutôt sur une problématique de linguiste)
. lexique : l'ensemble des mots qu'un élèves est capable de comprendre à un moment donné
. lexique actif : l'ensemble des mots qu'un élève est capable d'utiliser à un moment donné.

A chaque moment de leur scolarité, les élèves sont capables de comprendre beaucoup plus de mots que d'en utiliser. La question est de savoir comment favoriser les acquisitions sur ces deux registres, comment faire pour que les élèves soient en mesure de comprendre et d'utiliser des mots qu'ils ont appris à l'école.

Le deuxième point d'introduction est lié au fait qu'une entrée lexicale comporte différents registres de signification qui font que la signification d'un mot est souvent plus complexe que ce que l'on pense.

D'après les linguistes (voir Rossi 2008 pour une illustration de ce point de vue), un mot à une signification composite, différentes significations dans différents registres en relation les unes avec les autres.
Exemple de « cheval » (cf. diapositive 4) :

. Lexème : unité de sens et de son qui peut avoir différentes significations, ayant un caractère plus ou moins partagé entre locuteurs d'une même langue

  • Dénotation : C'est le sens le plus partagé du mot : animal qui hennit
  • Connotation : une signification admise dans un contexte restreint, (ici cheval = cadeau, activité du mercredi Cette signification peut être partagée par différents enfants, mais elle n'est pas dans les dictionnaires ...)
  • Référence : Correspond à ce qu'un individu imagine lorsque le mot est évoqué (par exemple, Tornado, cheval de Zorro)
  • Référent : objet du monde dont il est question
    L'école vise surtout des aspects dénotatifs pour viser des connaissances partagées

Le développement lexical (diapositive 6)

Pendant longtemps, pour évaluer le lexique on a prélevé des portions de discours et compter le nombre de mots différents contenus dans ce dernier (on était plutôt sur le lexique actif) : type d'études majoritaires jusqu'aux années 1990/2000.

Ces méthodes ont conduit à quelques idées reçues. Les mesures ainsi effectuées permettaient d'évaluer le lexique à une centaine de mots pour des personnes peu instruites, quelques milliers pour des gens cultivés, 15000 pour des champions.
Aujourd'hui, on évalue différemment. On prélève des échantillons de mots dans des dictionnaires, on propose à des individus un choix multiple entre la bonne définition, une définition erronée et une définition approchée. Cette méthode conduit à évaluer le lexique d'un américain moyen à environ 45000 mots, un « bachelier » (bac + 3) 60000, un étudiant 120000.

Le développement lexical avant 5 ans (diapositive 7)

L'évolution suit le même cours pour le lexique comme pour le lexique actif : une première phase d'acquisition plutôt lente et une seconde phase d'acquisition très rapide.
Un enfant va comprendre certains mots très précocement (vers 6 mois)
Entre 12 mois (âge de la parole à peu près) et 18 mois : six mois pendants lesquels l'enfant va acquérir environ une cinquantaine de mots, avec des différences inter individuelles très importantes.
Il existe des différences interindividuelles dans la constitution du lexique :
en fonction du milieu familial, de l'usage du langage fait par la maman notamment, la proportion de verbes et de noms diffère à l'intérieur du premier lexique
La constitution de ce premier lexique dépend également de la culture à laquelle appartiennent les enfants :
- culture asiatique : beaucoup de termes pour décrire les objets de la nature (ex : arbres différents
- culture américaine : le mot money significativement connu, ce qui n'est pas le cas dans les autres cultures
- culture française : lexique développé autour de l'alimentation (environ 20 mots sur 50 parlent de nourriture)...
Ces différences montrent que très tôt, des enfants présentant un lexique proche au plan quantitatif vont utiliser et comprendre des mots très différents.


De 18 mois à 60 mois environ : explosion lexicale, 2 mots en lexique actif par jour ! Une dizaine en lexique passif ! Cette phase dure pendant toute la maternelle.
Comment l'expliquer : hypothèse de maturation cérébrale, de réorganisation de l'activité cérébrale (imagerie cérébrale), d'une activité diffuse on passerait à une activité plus spécialisée.

D'autres hypothèses plus fonctionnelles ont été retenues : l'enfant est capable de faire des similitudes et de différences entre les objets, ce sont les prémices de l'abstraction : la catégorisation se met en place. Les enfants réorganisent leurs connaissances. Cette phase dure pendant toute la scolarité maternelle. La progression est moins nette ensuite, mais toujours beaucoup plus importante que chez les adultes.
Ce que l'on peut retenir, qui fait consensus, c'est que les élèves sont capables d'utiliser un ou deux mots supplémentaires par jour (lexique actif), et de comprendre correctement 7 ou 8 mots nouveaux par jour (lexique).
Ce serait donc un devoir de l'école d'alimenter ces capacités, et de pallier des contextes dans lesquels n'existe pas cette richesse lexicale.

Les conditions et mécanismes du développement lexical (diapositives 8, 9, 10)

Les enfants apprennent des mots dans :

  • dans des situations informelles (majorité des mots appris, on utilise des mots même si cela ne constitue pas l'objectif prioritaire)
  • dans des situations offertes, situations explicites pour faire apprendre (imagiers...)

Dans les situations informelles :
Quand ils sont petits les enfants repèrent dans le discours les mots qu'ils ne connaissent pas et cherchent la signification qu'ils peuvent avoir. Dans cette recherche, ils :

  • ont tendance à considérer que l'on dénomme un objet dans son ensemble, sa totalité ; ex : les coussinets, la truffe pour « chien »
  • ont tendance à considérer qu'un terme nouveau est hautement généralisable, ex Médor pour « chien » (contrainte taxonomique), besoin d'un adulte pour éviter la sur généralisation.
  • ont tendance à procéder par élimination : principe d'exclusivité mutuelle, ils regardent autour d'eux et attribuent le nom à l'objet inconnu. Les enfants n'ont pas tendance à se référer d'abord au contexte.
    Il faut noter que dans les situations informelles, des élèves de GS ne repèrent plus systématiquement les mots nouveaux comme ils le faisaient plus jeunes.

Dans les situations offertes :
Situations basées sur les échanges : parents/enfants ou enseignant/enfant (Eve Clark édition Harmattan : interactions verbales et acquisition du langage), l'adulte (parents ou enseignant)
- facilite la catégorisation (caniche/chien)
- aide à extraire des propriétés, des particularités saillantes (moufles/gants)
- apporte des définitions
- aide à focaliser l'attention
- aide à extraire des points de contraste (contraire)
-etc.
 

Les substrats cognitifs des apprentissages lexicaux / les activités cognitives des élèves (diapositives 11 et 12)

Il existe différentes formes de mémoires, dont deux sont impliquées dans l'acquisition du lexique :

  • La mémoire lexicale (diapositive 13)
    Stocke des informations sur le code phonologique des mots. Manière dont les mots s'écrivent, se prononcent, demande un traitement profond du code phonologique (répéter le mot, en parler, dire ce à quoi il fait penser, avec quoi ça rime ...). Beaucoup d'adultes font spontanément ce traitement. Les enfants jeunes non.  De plus, les jeunes élèves de maternelle peuvent encore avoir besoin de répéter les mots nouveaux à voix haute : ils le font spontanément tout petits, ils ont besoin d'extérioriser car ils ne sont pas assez grands pour intérioriser et abstraire, puis ils arrêtent (comparaison avec l'apprentissage d'une LV - CE1 L. Michel Misty).

Contrainte n°1 : traiter et mémoriser le phonologique d'un mot nouveau (diapositive 14)

  • La mémoire sémantique (diapositives 15, 16, 17).
    Elle sert à stocker la signification des mots (sens des mots). Elle est  organisée sous forme de réseau.
    Les liens peuvent être de différentes natures : épisodique, logique, imaginaire, etc. Ces liens viennent se compléter.
    Si on ne fait pas de liens on n'arrive plus à se souvenir. Associer à un réseau de connaissances déjà organisées.

Contrainte n°2 : faire des liens favorise la mémorisation de la signification des mots.

Le réseau sémantique est constitué de nœuds sémantiques : un nœud sémantique est constitué de traits définitoires, spécifiques, liés à une entrée de la mémoire lexicale par un lien associatif (diapositives 18, 19).

Contrainte n°3 : Pour apprendre la signification d'un mot, il faut connaître certains de ses traits définitoires propres (ex : grillon/sauterelle, sauterelle étant plus connu, l'enfant ne mémorisera pas « grillon » si des traits particuliers ne lui permettent pas de le reconnaître).

La découverte des traits définitoires (diapositive 20)

Pour un enfant, un chat représente le chat qu'il connait, puis il en rencontre un autre et reconnaît en lui les caractéristiques du chat. La découverte des traits définitoires passe donc par la recherche de points communs entre différents objets dénommés de manière identique.

La nature des représentations sur lesquelles s'appuient les concepts dépend du signifié (diapositives 21, 22, 23).

- les représentations des mots qui renvoient à des objets (cf. Catégo)
- la représentation des mots renvoient à des actions : la plupart des verbes

  • la plupart des verbes renvoient à des actions (diapositive 24)
  • on peut stocker en mémoire ce que l'on ressent lorsqu'on réalise une action (ou aussi pour des adjectifs)

Traits définitoires : le cas des concepts (diapositive 26)

On appelle concept une représentation mentale qui symbolise un objet. Il y a conceptualisation à partir du moment où un mot ne renvoie pas à une réalité concrète. Le développement conceptuel commence à partir du moment où les élèves commencent à généraliser. Les concepts entretiennent des relations variées.
Exemple: le concept de liberté (diapositive 27) : statue (association syntagmatique), prison (par opposition), punition (causale négative), éducation (permet), licence (proximité)

Contrainte n°4 : apprendre, ça prend du temps, car il y a différents éléments à apprendre.

Les contraintes qui influencent la disponibilité d'un mot mis en mémoire (diapositives 29, 30)

La disponibilité des mots en mémoire dépend de plusieurs contraintes :

  • une information stockée en mémoire est plus ou moins disponible (temps d'accès variable),
  • la disponibilité dépend principalement de la profondeur de l'encodage par rapport à des informations de nature équivalente,
  • nécessité d'un temps d'accès très rapide quand on parle (plus de 2 mots par seconde),
  • pour qu'un enfant utilise un mot il faut qu'il soit disponible rapidement donc qu'il l'ait beaucoup croisé.

Conclusion : les apprentissages lexicaux

Quatre types d'apprentissages doivent être mis en place régulièrement (diapositives 31 et 32) :

1. apprendre des mots nouveaux à l'école,
2. apprendre des choses nouvelles sur les mots que l'on connaît déjà,
3. apprendre aux élèves à repérer les mots qu'ils ne connaissent pas,
4. apprendre à donner du sens aux mots que l'on ne connait pas, tirer un maximum d'informations du contexte et prennent l'habitude de le faire.

 
contributeur(s) :

Commission Préélémentaire 44 - Gilles Tudal

information(s) pédagogique(s)

niveau : Cycle 1, petite section, moyenne section, grande section

type pédagogique : analyse de pratique

public visé : inspecteur, enseignant, chef d'établissement

contexte d'usage : non précisé

référence aux programmes :

fichier joint

information(s) technique(s) : Conférence de Monsieur Loïc PULIDO, maître de conférences, université d'Angers

taille : 898 ko ;

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