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synthèse sur les manuels numériques

enjeux et perspectives

manuels numériques

Les rapports successifs sur l'utilisation du manuel papier en montrent une nécessaire adaptation. A terme, le manuel numérique remplacera le manuel sous sa forme actuelle. L'expérimentation des manuels numériques est un relatif échec.

On se dirigerait vers deux modalités à propos du manuel scolaire : l'un à charge de l'État pour l'enseignant, l'autre à charge des collectivités pour les élèves.

Rapport de l'Inspection Générale, Mars 2012

PRÉAMBULE :


Le manuel scolaire est un objet familier de nos classes. Son utilisation est ancienne, il est universellement diffusé. Toutefois, à l'heure de la révolution numérique, au moment où l'école cherche les voies d'une meilleure performance et les moyens d'un enseignement plus personnalisé, la question du manuel, de sa forme, de son utilité et de son utilisation, se pose dans des conditions nouvelles.

1 - la problématique du manuel


Incontournable mais souvent décrié, le manuel scolaire sous la forme papier restera à court et moyen un objet accompagnant l'élève. Néanmoins, il sera de plus en plus accompagné d'autres ressources et vecteurs pédagogiques, permettant d'élargir et d'approfondir les contenus essentiels directement corrélés aux programmes.

Il est certain que les supports numériques, par les facilités qu'ils devraient permettre, occuperont une place croissante sinon dominante, le fondement commun de ces supports étant qu'ils soient conformes aux programmes et instruction officielles.

2 - le manuel scolaire contesté mais plébiscité


Plus souvent que le principe du manuel, c'est son contenu qui fait débat.
Les reproches les plus fréquents émanant des parents visent moins les contenus des manuels, que leur éventuelle absence à la rentrée, leur poids dans le cartable des écoliers, les délais de renouvellement qui s'allongent pour des raisons de disponibilité de crédits mais aussi du fait des choix effectués par les établissements.

3 - le manuel aux fondements de l'école républicaine


Né en 1793, c'est à partir de l'édition scolaire, et plus généralement de l'édition pour la jeunesse, notamment des livres de distribution des prix, que l'édition française du manuel scolaire prend son essor au milieu du XIXème siècle.

Soumis à autorisation préalable de l'État, ce qui ne manque pas de poser de nombreux problèmes, en particulier dans les délais de parution, Victor Duruy l'abandonne et décentralise vers les académies les modalités de contrôle qui vont inspirer les pratiques jusqu'à nos jours.
Cette approche très libérale est propre à la France en cette fin du XIXe siècle.

4 - Une réglementation allégée, un financement complexe


Au nom des principes de la liberté d'édition et de la liberté pédagogique, les listes d'ouvrages recommandés, initialement prévues dans le texte de 1880, ont disparu.

Mais de nos jours, le renouvellement est insuffisant, la consultation via les corps d'inspection est rare et l'utilisation du manuel dans certaines disciplines est faible remplacée par les photocopies.

En 1986, pour remédier aux dérives constatées, les critères et les procédures de choix sont simplifiées. En 1991, la charte sur les programmes précise : "Le manuel est un outil essentiel de la mise en œuvre des programmes. Il ne se substitue pas à eux. Il est souhaitable que le manuel publie le texte d'accompagnement du programme destiné aux élèves, à leurs parents et à leurs employeurs ».

Des interpellations renouvelées sont lancées par des associations de parents d'élèves ou des professionnels de santé sur le poids du cartable.

Enfin, l'usage des photocopies, qui aide à la préparation du cours pour l'enseignant, est devenue inflationniste.

5 - Des rapports nombreux, des constats et des propositions convergents


Ces rapports s'accordent à juger la situation du manuel préoccupante, au regard des besoins et des moyens qui y sont consacrés.

6 - le numérique : une nouvelle culture, une nouvelle école


Depuis quelques années, les relations de l'école et du numérique ont donné lieu à nombre de rapports, d'analyses et de propositions. Des plans visant à faciliter l'adaptation de l'école au numérique et à rattraper le retard français ont été mis en œuvre.

La culture numérique instaure un autre rapport au temps et à l'espace. Elle déplace les frontières de la sphère privée et de la sphère publique, du virtuel et du réel, de l'imaginaire et du concret. Elle fait évoluer radicalement les moyens de stockage, de diffusion, de transmission et d'utilisation des connaissances. Elle change les modes et la nature de l'écrit. Les voies de l'apprentissage en sont modifiées.

Usant de nouveaux moyens d'information, les élèves comme les enseignants usent de stratégies horizontales, en termes de relation aux autres et aux savoirs, qui viennent bousculer la traditionnelle structuration verticale de l'école, fondée sur la hiérarchie entre l'élève et le maître, entre l'amateur et le professionnel, entre le divertissement et la culture.

Les modes de lecture sont transformés par l'écran. L'écriture en est également changée. L'écart temporel entre le producteur du texte et ses lecteurs est réduit à presque rien. L'écriture est plus polyphonique, plus évolutive, soumise à des ajustements successifs, effaçant la distinction entre texte et brouillon, mais également entre lecteur et auteur. Le statut du savoir et le rôle de la mémoire s'en trouvent modifiés.

Il va sans dire que les besoins d'équipement à couvrir sont nombreux mais ne doivent pas faire oublier une certaine maîtrise d'outils et de procédures en
évolution permanente.

Le manuel numérique dans ce contexte devrait pouvoir conforter l'« autorité de savoir » et servir de repère et de référence. Il ne pourra être dissocié des services, que permettent aujourd'hui les plates-formes : mise à jour des contenus, forums et échanges entre professeurs, entre élèves, entre élèves et professeurs, outils de suivi des parcours et d'évaluation des apprentissages, accès à des aides en ligne, à des exercices, etc.

Enfin, c'est à l'articulation entre version papier et numérique, entre gratuit et payant, entre produit et service, que se formera le modèle économique du manuel numérique dans une primordiale régulation par  l'État pour faciliter l'interopérabilité des outils et ressources sans quoi il n'est pas exclu que ce soit l'outil qui modélise les contenus et sur-détermine les usages pédagogiques.

7 - les expérimentations du manuel numérique : quel bilan ?


Le bilan des usages est  en demi-teinte et s'agissant de l'intégration du manuel numérique dans un ENT, les problèmes techniques ou matériels semblent très prégnants.

8 - Quels manuels dans les écoles et les établissements ?


À  l'école primaire : Il est sans doute urgent que le caractère indispensable du manuel soit nettement réaffirmé et pris en compte à tous les niveaux, dans la formation initiale et continue des enseignants, dans le plan de travail des corps d'inspection et les recommandations pédagogiques qu'ils diffusent.

Dans l'enseignement secondaire
: Le manuel correspond à des besoins très diversifiés, plus ou moins accentués selon les niveaux et les disciplines.

9 - Un nouveau paradigme pédagogique


Le manuel a été codifié à l'époque de Jules Ferry, conçu comme l'outil permettant de mettre en œuvre le projet de l'école républicaine. Dans quelle mesure et à quelles conditions peut-il s'adapter aux évolutions en cours, aux besoins d'une pédagogie plus personnalisée, aux attentes de professeurs désormais recrutés au niveau du master, aux besoins d'élèves qui sont des natifs du numérique, et plus généralement au projet de l'école du XXIe siècle ?


  • Mettre les manuels au service des programmes


  • Créer des ressources pour les enseignants

Les enseignants sont demandeurs de ressources multimédias, y compris sous forme imprimée, libres de droit, actualisables, d'accès facile et d'utilisation aisée en classe, ce qui exclut à cette date le recours fréquent à des ressources en ligne pendant le cours. Ils souhaitent pouvoir assembler et adapter ces ressources de toutes origines, publiques, privées, personnelles, associatives, en fonction de leur projet pédagogique et des besoins différenciés de leurs élèves, avec l'aide d'outils aussi transparents que possible dans leur maniement et neutres par rapport aux contenus.


  • Concevoir des manuels pour apprendre :

La part stricte du « manuel » à l'intention des élèves devrait être limitée à l'essentiel et au permanent.

  • Préciser la fonction institutionnelle du manuel

Dans le cadre d'un schéma régional et académique, il devrait être de la responsabilité de l'établissement de choisir entre les outils souhaitables, imprimés ou numériques, manuels ou autres, le manuel n'étant un outil obligé qu'en cas de prescription explicite des programmes, et le papier une option choisie par l'EPLE, pour répondre à des besoins définis, dans une enveloppe de crédits nécessairement limitée

  • Clarifier et optimiser les financements

Le mode de financement choisi dans l'expérimentation ENT et manuels numériques pour rémunérer les éditeurs, par un système de licence individuelle, n'est pas viable, en raison de la complexité et des contraintes qu'il engendre. Au minimum, c'est une licence forfaitaire par établissement qu'il conviendrait de mettre en place.

La distinction entre ce qui relève des besoins du maître et des besoins de l'élève pourrait être un critère, les premiers devant être satisfaits par l'État, les seconds étant de plus en plus pris en charge par les collectivités. À l'État, reviendraient les outils et les ressources pédagogiques servant à construire l'enseignement, la formation initiale et continue qui en permettent l'utilisation optimale ; aux collectivités, les outils matériels et immatériels, quels que soient leur forme et leur support, qui servent plus directement aux élèves, au sein ou en dehors du cours

  • Mettre en place des leviers

À l'aune de l'appel d'offres lancée dans le cadre du plan numérique, pourrait être examinée la possibilité d'un appel d'offres lancé par le ministère auprès des éditeurs et de leurs partenaires, publics et privés, organisés en consortiums, avec un cahier des charges suffisamment précis fondé sur les programmes, qui aboutirait à un nombre restreint et défini de vecteurs pédagogiques pour chaque niveau.
Livrés sous une forme numérique, décomposable, granulaire et agençable, ces « manuels » pourraient être exploités sur différents supports, ordinateur, téléphone intelligent, TNI, tablette..., en fonction des choix d'équipements retenus par les collectivités suivant le schéma régional défini en liaison avec les autorités académiques.
Conclusion

Le livre scolaire repose sur un équilibre de plus en plus instable et de moins en moins satisfaisant, entre l'offre éditoriale et les attentes de l'institution, entre les moyens financiers qui y sont consacrés et les bénéfices pédagogiques, entre la demande des enseignants et les besoins des élèves, entre le modèle traditionnel du livre imprimé et les potentialités du numérique.

Le numérique permet une adaptation fine aux besoins individuels, des enseignants et des élèves, et l'accès à des ressources quasi infinies. Ses potentialités pédagogiques encore mal évaluées sont probablement considérables. Mais à condition d'éviter les impasses et les mirages technologiques, de bien clarifier les besoins, de définir le projet d'ensemble dans la perspective duquel ministère, collectivités, acteurs privés et publics pourront inscrire leur stratégie et leurs investissements.

L'école pourra d'autant mieux personnaliser sa pédagogie et donner plus d'autonomie à ses acteurs que l'État assumera pleinement son rôle de stratège et de régulateur
 

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Sommaire


1. Les problématiques du manuel

1.1. Enjeux et paradoxes du manuel
1.2. Le manuel a-t-il un avenir ?
1.3. Le papier a-t-il un avenir ?
1. 4. Quel manuel pour quelle école ?
1. 5. Quel rôle pour le ministère ?

2. Le manuel scolaire, contesté et plébiscité
2. 1. La méfiance envers le manuel
2. 2. La critique des contenus
2. 3. Les manuels de français
2. 4. Les manuels de sciences économiques et sociales
2. 5. Sexe et genre, stéréotypes et préjugés
2. 6. La représentation des religions dans les manuels
2. 7. Des manuels attendus

3. Le manuel, aux fondements de l'école républicaine
3. 1. Les impasses du manuel officiel
3. 2. L'impossible contrôle
3.3. Le choix par les enseignants

4. Une réglementation allégée, un financement complexe
4. 1. Les manuels à l'épreuve de la gratuité
4. 2. Le lien distendu entre manuels et programmes
4. 3. Le poids du cartable
4. 4. Le poids des photocopies
4. 5. Un financement opaque

5. Des rapports nombreux, des constats et des propositions convergents
5.1. Le manuel à l'école primaire : nécessaire mais lacunaire
5. 2. Crise du manuel ou crise pédagogique ?
5. 3. Le manuel face au numérique

6. Le numérique : une nouvelle culture, une nouvelle école ?
6. 1. Une nouvelle culture
6. 2. De nouvelles formes pour le livre
6. 3. De nouveaux moyens d'information et de formation
6. 4. De nouvelles formes de lecture
6. 5. De nouvelles formes d'écriture
6. 6. De nouvelles formes de mémorisation
6. 7. Des besoins d'équipement à couvrir
6. 8. Des compétences à acquérir
6. 9. Pouvoir se comprendre
6. 10. Quelle place pour le manuel dans le monde numérique ?
6. 11. Quels profils d'enseignants ?
6. 12. Manuel papier ? Manuel numérique ?
6. 13. L'édition : quels acteurs ?
6. 14. Quelle régulation ?
6. 15. Quelles ressources pédagogiques ?
6. 16. Quelle pédagogie ?

7. Les expérimentations du manuel numérique : quels bilans ?
7. 1. Le programme landais : « un collégien, un ordinateur portable »
7. 2. Manuels numériques et ENT
 
8. Quels manuels dans les écoles et les établissements ?
8. 1. Le manuel à l'école primaire
8. 2. Le manuel dans l'enseignement secondaire

9. Un nouveau paradigme pédagogique
9. 1. Mettre les manuels au service des programmes
9. 2. Créer des ressources pour les enseignants
9. 3. Concevoir des manuels pour apprendre
9. 4. Préciser la fonction institutionnelle du manuel
9. 5. Clarifier et optimiser les financements
9. 6. Mettre en place des leviers

Conclusion

numérique et enseignement - Rectorat de l'Académie de Nantes