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Le multimédia en questions

Questions / réponses

Contribution à la reflexion

De plus en plus d'établissements s'équipent de salles multimédias pour l'enseignement des langues, voire pour d'autres matières d'enseignement général. L'intégration de cette nouvelle technologie fait tout naturellement surgir des interrogations, émerger des conceptions pédagogiques nouvelles. C'est à propos de quelques-unes de ces questions - non exhaustives - que nous souhaiterions apporter des pistes provisoires de réflexion.

Réseau pédagogique ou non ?

Les laboratoires multimédias actuellement mis en place comportent souvent, outre le réseau informatique proprement dit, un réseau pédagogique, surcouche électronique qui ajoute aux fonctions du réseau informatique traditionnel (transfert de fichiers, partage de ressources, etc.) des fonctionnalités nouvelles.

Il est ainsi possible au professeur de suivre sur un écran de contrôle et dans son microcasque le travail de chaque élève sans avoir à se déplacer, d'envoyer l'écran du poste maître à tous les postes élèves, de diffuser l'écran d'un élève à l'ensemble des postes de la classe, de communiquer par microcasque avec un poste élève ou avec l'ensemble de la classe, de diffuser à l'ensemble des postes une vidéo, des documents filmés par une caméra de table, un diaporama informatisé, une démonstration de CD-Rom, etc.

L'utilité d'un tel réseau est parfois contestée. Certains redoutent même sa nocivité pour la relation enseignant-élèves.

Notre expérience nous incite pourtant à penser qu'un tel équipement présente quelques avantages :

il est certes possible de diffuser une vidéo sur un grand écran de télévision dans une salle classique, mais nous avons constaté que la concentration des élèves est plus grande lorsque chacun possède son propre moniteur - en l'occurrence l'écran d'ordinateur ;
la démonstration des fonctionnalités d'un nouveau logiciel est grandement facilitée lorsque le professeur peut en montrer le mode d'emploi en diffusant son écran à l'ensemble de la classe ;
l'écoute et la visualisation discrètes permettent à l'enseignant de recueillir des informations précieuses sur les démarches mises en oeuvre par les élèves, sur les sources d'erreur ;
le contrôle discret de l'enseignant est moins gênant pour l'élève que lorsqu'il sent dans son dos la présence du professeur surveillant sa prestation par-dessus son épaule ;
le suivi permanent, si le professeur en décide ainsi, du travail des élèves (son et image) est grandement facilité et son intervention éventuelle pour interroger l'élève ou lui proposer une aide reste discrète ;
contrairement à ce que l'on peut croire, le professeur n'est pas pour autant virtuel : c'est bien une relation humaine discrète mais non désincarnée qui s'établit entre l'enseignant et l'apprenant qui reçoit l'intervention du professeur comme une aide bienveillante et non comme une intrusion intolérable, à condition que les relations habituelles entre l'élève et le professeur soient basées sur la confiance.

Il reste que la facilité offerte par le réseau pédagogique peut mener le professeur à un interventionnisme excessif. Il faut naturellement garder présent à l'esprit qu'une des vertus du travail sur ordinateur, multimédia ou non, est l'individualisation des activités, la possibilité, si le logiciel est bien fait, de recourir à des aides diversifiées, une éducation à l'autonomie.

Système auteur ou non ?

On distingue traditionnellement les logiciels "fermés" et les logiciels "ouverts". Les premiers ont l'avantage d'être livrés clé en main. Leur emploi est généralement simple, les exercices sont tout prêts. Bref, ils sont immédiatement utilisables, sans que l'enseignant ait besoin d'écrire une ligne. Leur inconvénient est que les exercices proposés ne correspondent pas forcément aux besoins détectés par l'enseignant, que les erreurs éventuelles dans le logiciel ne peuvent être corrigées.

Les seconds ont l'avantage de rendre le professeur entièrement maître du contenu, puisqu'il doit lui même créer les exercices ou les activités proposées à l'élève. Il est ainsi possible de tenir compte des besoins constatés pour l'élaboration de stratégies de remédiation par exemple. L'inconvénient de tels logiciels est qu'ils exigent de l'enseignant un apprentissage et que la création d'exercices peut demander du temps.

Les systèmes auteurs sont par définition des logiciels ouverts. Certains, très puissants, comme Speaker ou Question Mark, permettent à l'enseignant de créer ses propres séquences multimédias.

Notre expérience de formateur nous montre que les collègues sont souvent très intéressés par les systèmes auteurs, mais qu'ils hésitent à se lancer dans la création s'ils ne disposent pas dans l'établissement d'une personne ressources susceptible de les aider.

Mais nous constatons également que certains logiciels fermés, qui sont, malgré leurs limites, tout à fait utilisables, engendrent chez certains collègues des sentiments de frustration.

Nous pensons donc qu'il y a place actuellement, entre les logiciels fermés et les systèmes auteurs complexes, pour de petits outils auteurs multimédias, simples d'emploi, qui permettraient de faire la transition entre les deux types de produits. Nous travaillons pour notre part à la mise au point de tels outils.

Numérique ou analogique ?

On se demande parfois s'il est bien utile d'utiliser l'ordinateur comme support du son et de l'image (on parle alors de son ou d'image numérique) alors que le magnétoscope ou le magnétophone font, après tout, très bien l'affaire (son et image analogique).

Il est des circonstances ou le numérique présente pourtant bien des avantages. Quelques exemples :

sauf à doter chaque élève d'un magnétoscope personnel, il n'est pas possible de faire travailler chacun d'entre eux individuellement sur une bande vidéo pour une activité de compréhension par exemple ; la vidéo numérisée (donc transformée en fichier informatique) est copiable sur chaque poste élève et manipulable à volonté grâce à de petits programmes très simples ;
qu'il s'agisse du son ou de l'image animée, la manipulation du document est beaucoup plus aisée et plus rapide qu'avec le magnétophone ou le magnétoscope classique : il n'y a plus de temps morts dus au déroulement/rembobinage de la bande, l'accès à une séquence est quasi instantané ;
le son et l'image numérisés étant des fichiers informatiques, leur intégration à un ensemble son, texte, image dans un même programme ouvre des perspectives intéressantes pour la simulation de situations de communication.

Il reste que la qualité de la vidéo numérisée est généralement très inférieure à celle de la vidéo analogique, que la vidéo numérisée plein écran n'est pas encore à la portée de tout le monde, que les séquences vidéo numérisées ne peuvent guère excéder 2 à 3 minutes compte tenu de la taille des fichiers générés.

Devons-nous devenir tous des spécialistes d'informatique ?

Non ! Surtout pas ! En revanche, il est nécessaire de prendre en compte les besoins nouveaux nés de la présence de ces outils dans les établissements.

Sans technicien de maintenance, sans administrateur de réseau, à temps partiel ou complet selon les besoins, des problèmes surgiront inévitablement. Il n'est pas sûr que la meilleure solution soit de transférer à un enseignant partiellement ou totalement déchargé ces responsabilités de fait très techniques.

Il est par contre une nouvelle fonction dont le besoin émerge et qui devrait, à notre avis, être assurée par un enseignant, celle d'animateur de laboratoire ou d'espace multimédia.

Nous constatons en effet qu'un stage d'initiation au multimédia et à ses applications pédagogiques, même de 30 heures, peut s'avérer insuffisant si n'existe pas dans l'établissement un collègue déjà chevronné qui peut assurer un suivi et une formation complémentaire de ses collègues, leur apporter ponctuellement l'aide nécessaire.

Cette aide est indispensable dans deux domaines :

la création de séquences pédagogiques multimédias exige un savoir et un savoir-faire non négligeables (maîtrise minimum de Windows, pilotage du réseau pédagogique, maîtrise de quelques outils de traitement du son et de l'image fixe ou animée, utilisation d'un graveur de CD-Roms, etc.)
la connaissance des différents logiciels, la capacité à choisir tel ou tel outil en fonction des objectifs pédagogiques poursuivis.

L'animateur de laboratoire multimédia devrait donc être capable de guider ses collègues dans la réalisation concrète d'un projet pédagogique à l'aide de l'outil informatique.

Il me semble indispensable qu'une telle fonction soit accompagnée d'une décharge, mais qui ne devrait en aucun cas être une décharge totale, si l'on veut que l'animateur reste un pédagogue en prise sur et aux prises avec le terrain.

Le multimédia est-il efficace ?

La question est légitime, compte tenu notamment du coût des équipements. On peut la formuler autrement : sommes-nous en mesure d'évaluer l'apport du multimédia aux apprentissages ?

Il est sans doute trop tôt pour apporter une réponse scientifiquement fondée. Nous n'en sommes qu'au tout début de l'utilisation de l'outil.

On peut cependant, en l'absence d'étude rigoureuse, prendre en compte quelques hypothèses théoriques et quelques indices de surface :

l'enseignement assisté par ordinateur conserve, sous sa forme multimédia - à condition que les logiciels soient bien conçus - toutes les vertus de l'informatique pédagogique : personnalisation des activités et du parcours de l'élève, repérage immédiat et traitement de l'erreur, incitation à s'interroger sur la réponse donnée, autant de facteurs a priori favorables à une plus grande efficacité des l'apprentissages ;
l'attitude des élèves dans le laboratoire multimédia (concentration, motivation) semble également aller dans le même sens.

Il reste que si l'on souhaite réellement évaluer l'impact du multimédia sur les apprentissages, il faut monter des protocoles expérimentaux rigoureux que seuls des psychologues professionnels sont capables d'imaginer et de réaliser. Le moment est donc peut-être venu d'envisager une collaboration entre des équipes d'enseignants et des chercheurs en psychologie de l'apprentissage pour mesurer concrètement, sur une durée suffisante, les retombées de l'emploi du multimédia en pédagogie.

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Que l'on soit pour ou contre les réseaux pédagogiques, pour ou contre les systèmes auteurs, pour ou contre les logiciels fermés, il en va du multimédia comme des autres auxiliaires pédagogiques : l'outil ne vaut que par ce qu'en fait l'enseignant. Le multimédia ne possède pas par lui-même la vertu d'éduquer à l'autonomie. Une pédagogie centrée sur l'apprenant exige de prendre la mesure des besoins des élèves, de cerner les démarches qu'ils mettent en oeuvre, d'élaborer des stratégies d'aide aux apprentissages. Le multimédia sera à coup sûr de peu d'efficacité si l'enseignant abandonne à la machine ce qui est au coeur de son métier : faciliter les apprentissages en exploitant au mieux les capacités de chaque élève.


Jacques Omnès, professeur d'allemand
 

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  •   Jacques Omnès est également  l'auteur du logiciel 'Reconst'.
      Vous trouverez un déscriptif et le mode d'emploi dans notre rubrique "logiciels"

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