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Tina Modotti : la vie surgie de l’image.

mis à jour le 18/03/2018


modotti

Pistes de réflexion esthétique sur l'artiste Tina Modotti.

mots clés : HdA, Modotti, esthétiques


Tina modotti incarne-t-elle la fusion parfaite de l’art avec la vie ?

On peut du moins défendre l’idée qu’elle en est une incarnation exemplaire. On peut parler de modèle, non seulement au sens de référence à imiter, mais au sens de modèle scientifique (représentation simplifiée de la réalité d'un phénomène permettant d'élaborer une théorie et de prévoir ce qu'il se passerait dans certaines conditions). On aurait une figure remarquable d’artiste du XXème siècle pour comprendre une question plus générale :

l’art peut-il fusionner avec la vie ?

Tout artiste a une biographie montrant que l’œuvre naît en lien avec des événements ou expériences vécues. Rien de bien nouveau là. Mais en ce qui concerne Tina Modotti, on peut se demander si ce n’est pas sa vie qui est devenue son œuvre. Son œuvre photographique est peu importante quantitativement, mais sa vie a été marquée par une relation constante avec le monde de l’art, une effervescence créatrice à laquelle elle a contribué, par son œuvre photographique, mais au-delà, par une influence qui n’est pas seulement esthétique mais politique et existentielle. Un artiste se définit comme celui dont la sensibilité est capable de capter son temps, de ressentir avec vivacité ce qui échappe à la sensibilité commune. Mais quelle est la sensibilité propre de Tina Modotti ? Tina Modotti est une artiste engagée politiquement. Sensible à la situation politique du Mexique et du monde. C’est évidemment la question du communisme. Mais au-delà de questions idéologiques où l’art joue un rôle souvent discuté de porteur de messages, c’est la question de savoir ce que l’art a le pouvoir de nous montrer de la vie comme œuvre d’art.
Il s’agit d’examiner un thème nietzschéen : l’artiste est une figure essentielle de la création de valeurs. Loin de seulement consister en une réaction aux événements, les œuvres d’art témoignent d’une production active. Les artistes sont « inventeurs de nouvelles possibilités de vie », selon la formule de Gilles Deleuze qui commente Nietzsche (Nietzsche et la philosophie puf Quadrige p. 117). L’artiste est du côté de l’affirmation de la vie, contre les forces réactives qui sont malheureuses et destructrices.
Il s’agit donc bien de ne pas limiter la question à la figure du simple engagement politique. C’est l’artiste qui se confond avec son œuvre et vit la vie (pas seulement la sienne) comme une œuvre d’art.
Pourtant Nietzsche disait très paradoxalement dans La naissance de la tragédie : « Seule vie possible : dans l’art. Autrement on se détourne de la vie. » Peut-on retrouver ce paradoxe dans la relation que Modotti établit entre la vie et la création artistique ?
On en trouve une expression parfaite dans la correspondance avec Edward Weston datée du 7 juillet 1925 « Résoudre le problème de la vie en se perdant dans le problème de l’art ». La formule est inspirée par Weston à Tina Modotti. Ce paradoxe est-il résolu dans sa vie et dans son œuvre ? L’inscription de l’artiste dans son temps éclaire-t-elle ce paradoxe ?

I. La question de la photographie.



1 - La photographie comme transmutation de la vie en art et de l’art en vie.

La photographie est considérée comme un art. Mais pour autant le dire n’est pas simple. La question de savoir si la photographie est un art est une question écran dont Modotti a tout à fait conscience. Elle formule un credo clair.
> Voir texte de 1929 Sur la photographie.

2 - « L’héroïsme de la vision »

Formule de Susan Sontag qui dit deux choses importantes sur « l’art » photographique : qu’il est vision, et qu’il suppose un héroïsme.
> Présenter la position de Walter Benjamin. Vitesse de l’œil photographique. Aveuglement de la question de la photographie comme art.
> « Lecture » de quelques photographies choisies. Comment la photographie de Modotti nous parle-t-elle ?
 
3 - L’objet photographique indéterminé de Modotti.

Difficile d’identifier un objet privilégié à partir duquel elle aurait construit son œuvre. Pas pour autant de basculement dans le formalisme. Ni dans le reportage. Art qui reste pour une élite ?

II. La question du rapport de l’art à la politique. Engagement ou art pour l’art ?


1 - La nature du problème.

Sartre nous aide à le comprendre d’abord en soi. Il écrit après, sans doute, mais il est le fruit du même siècle que Modotti.
> début de Qu’est-ce que la littérature ?
« L’art pour l’art », une conception datée du XIXème siècle français ?
> Citations du texte de Diego Rivera : « L’esprit révolutionnaire dans l’art moderne » (article publié en 1932.
 
2 - Mise en contexte au temps de Modotti.

Le contexte intellectuel mexicain construit autour des œuvres des muralistes :
> David Alfaro Siqueiros : « Déclaration sociale, politique et esthétique » de 1922. Elle a été signée par le Syndicat des ouvriers techniques, peintres, sculpteurs.
Or c’est là un deuxième sens de la fusion de l’art avec la vie. Quand l’art cesse d’être l’activité professionnelle des artistes coupés de la population. Volonté bolchévique de penser que l’art deviendra expression même de la vie du peuple. Les artistes peuvent aller dans ce sens grâce au réalisme : le peuple reçoit une image de lui-même. Jusqu’au moment où il pourra s’en passer, et se passer des artistes. Position de LEF (Liévyi Front Isskoustv) = Front gauche des arts.
> Texte de Maïakovski, revue LEF, 1923.
C’est justement une position que Trotski discute dans Littérature et Révolution paru en 1924.
> Important texte de Trotski extrait de Littérature et Révolution, 1922-1924.
 
3 - L’engagement photographique.

Quant à savoir si la photographie est un art engagé :
> Texte du LEF de 1927.
Question du formalisme en photographie. Esthétisme et constructivisme.    
Parallèles à établir avec d’autres photographes, notamment Robert Capa.
> Photographies de la guerre d’Espagne en particulier.
Réflexions plus générales sur l’œuvre de Modotti à partir des ouvrages de Susan Sontag Sur la photographie et John Berger Comprendre une photographie.
 

III. La question de l’engagement du corps/de la féminité.


 1 - Regard sur le corps féminin et ses enjeux.

Plus intéressant que l’idée que les femmes font maintenant ce que font les hommes est l’idée que les femmes ont une manière bien particulière d’aborder les questions artistiques. La photographie permet un rapport au corps et à la réalité.
Idée que Tina Modotti voit ce que les autres ne voient pas, montre ce que les autres ne montrent pas.
Hannah Arendt, philosophe elle-même très engagée dans une position de création et de lutte, pense avec beaucoup de lucidité et de recul historique la condition des femmes.
Distinction capitale entre monde privé et monde public. Économie et politique.
Simone de Beauvoir Le deuxième sexe. Idées qui sont le fruit de la confrontation avec le réel et la réalité des combats du XXème  siècle.
 
2 - Des artistes qui sont des femmes.

De la muse à la créatrice, il s’agit de réfléchir sur ce que l’art pratiqué au féminin a à nous dire.
> Mexique 1900-1950 page 159. Article Artistes femmes, femmes puissantes de Paulina Bravo Villareal.
> Exemples d’artistes contemporaines. Exposition Elles du Centre Pompidou.
 
3 - Un art photographique qui prend politiquement corps.

> Chapitre du livre de Federica Muzarelli Femmes photographes – Émancipations et performances (1850-1940) qui est consacré à Tina Modotti et qui s’interroge sur le corps comme praxis politique dans son œuvre et sa vie.
Au total, émancipation de la vie face à ce qui l’aliène, produite par le regard devenu œuvre d’une artiste qui se trouve incontestablement être une femme. La beauté du paradoxe est que la photographie est réputée figer la vie. Le mythe de Tina Modotti est peut-être issu de cet usage vivant de la photographie conçue comme un pouvoir de faire naître la vie à partir de ce qui n’en est plus qu’une trace. La vie ne peut chez elle être pensée comme l’explication de l’œuvre. Elle en est le prolongement, elle en constitue la forme autant que la matière première.

 
Stéphane Petrocchi, professeur de philosophie - Lycée Guist’hau de Nantes.
 

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niveau : Terminale L

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