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travail sur les repères, apprentissage et remémoration en histoire au collège.

mis à jour le 09/11/2013


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quelques pistes pour aborder le travail sur les repères sur la totalité des années de collège et la remémoration de ces derniers durant la (ou les) année(s) scolaire(s) qui succède(nt) à celle où ils ont été abordés.

mots clés : repères, apprentissages, mémorisation


En abordant le travail sur les repères en histoire, nous ne saurons trop rappeler combien ces derniers sont des éléments fondamentaux de l'apprentissage de l'histoire, et d'un apprentissage actif.  Ils constituent des points fixes facilitant le travail d'écriture, dont la maitrise permet à l'élève de progressivement s'éloigner d'une logique argumentative fondée sur la seule expérience sociale personnelle de l'élève. Si celle-ci est fondatrice du raisonnement historique de l'élève, comme de l'historien, et doit à ce titre être pleinement prise en compte dans le travail d'écriture en classe, elle ne peut cependant suffire. L'une des tâches majeures de l'enseignant est précisément d'enrichir ce raisonnement de l'élève par d'autres éléments afin de progressivement s'éloigner de ces données premières de la construction du récit historique [1]. L'acquisition et la maitrise de repères sont l'un des éléments permettant cette mise à distance nécessaire à la compréhension et à l'écriture de l'histoire. Dans cette optique, le travail sur les repères, comme l'a rappelé notre collègue Françoise Janier-Dubry sur ce serveur académique [2] ne peut se limiter à leur seule évocation durant une leçon donnée. Il paraît nécessaire d'envisager un travail sur ces derniers lors de différentes évaluations  depuis la 6e afin que l'élève acquière en ce domaine l'habitude de s'en référer à eux. Et, afin de faciliter ce travail, nous souhaiterions ici envisager quelques pistes pour aborder le travail sur les repères sur la totalité des années de collège et donc la remémoration de ces derniers durant la (ou les) année(s) scolaire(s) qui succède(nt) à celle où ils ont été abordés.

Si ce travail est évidemment nécessaire dans la perspective du brevet et, au delà, pour l'acquisition de quelques unes des connaissances indispensables à la validation de l'acquisition du socle commun de connaissances de compétences et de culture, il est nécessaire que celui-ci fasse sens aux yeux des élèves. Dans cette perspective faire en début d'année scolaire un rappel des repères abordés durant l'année précédente est une intention qui peut traduire la volonté de construire une continuité dans les apprentissages d'une année sur l'autre, mais ne répond que partiellement aux objectifs pédagogiques assignés à la mémorisation de ces derniers. En effet, ils font l'objet d'un travail de remémoration mécanique, et celui-ci ne s'écarte dès lors plus guère de la mémorisation de dates telle qu'elle a pu apparaître longtemps associée à l'enseignement de l'histoire dans ce qu'il avait de plus répétitif et, à tort ou à raison, rébarbatif. Si la chronologie, les dates et aujourd'hui les repères doivent rester constitutifs de l'enseignement de l'histoire [3], encore faut-il qu'ils fassent sens, et que leur compréhension par les élèves puisse être évaluée [4]. Or, en les abordant de cette manière, ces repères apparaissent figés dans le cadre du programme annuel au sein duquel ils ont été abordés. Ils peinent à prendre dans la durée des apprentissages au collège leur dimension de cadres structurant d'une culture historique. Un repère ne devient ce qu'il est qu'à partir du moment où l'analyse d'autres moments historiques, le comportement d'acteurs dans une situation historique donnée se situent par rapport, ou en référence à celui-ci [5]. Que Karl Marx ou Victor Hugo aient analysé le Second empire à la lumière du Premier est hautement révélateur du rôle de marqueur de l'épopée napoléonienne dans les consciences européennes du XIXe siècle.
L'importance de Charlemagne se mesure à ce qu'il fait partie des personnages repérables au XIIe siècle sur le tympan de Ste Foy de Conques à l'heure où l'Occident chrétien apparaît véritablement couvert d'un « blanc manteau d'églises », mais aussi à ce que l'un des plus importants prix visant à distinguer celles et ceux qui ont œuvré pour la cause européenne porte aujourd'hui son nom.
Un travail sur les repères étiré sur la totalité des années de collège peut de ce fait permettre de donner tout leur sens à ces derniers. C'est pourquoi nous pensons qu'il ne faut pas hésiter à revenir non seulement tout au long d'une année scolaire sur les repères abordés durant celle-ci, mais aussi à évoquer dans le cadre du traitement d'une question d'une année donnée des repères abordés durant la ou les années précédentes. Le travail de remémoration sera d'autant plus aisé qu'il se fera en donnant sens aux repères étudiés dans le cadre d'une étude d'une question. Ainsi, aborder la place de l'Église au Moyen Âge en classe de 5e peut être l'occasion de rappeler le couronnement impérial de Charlemagne et sa signification dans la construction d'un Occident chrétien. Rappeler lors de l'étude sur l'âge industriel en 4e combien cette « civilisation » s'inscrit en rupture avec les différentes civilisations agraires abordées depuis la 6e peut être l'occasion d'évoquer le repère devant être maitrisé à la fin de la scolarité obligatoire : « IIIe millénaire av. J.C. : les premières civilisations ».

D'une année sur l'autre, ces repères peuvent ainsi s'articuler les uns aux autres, se répondre, construire tantôt les marqueurs des continuités historiques, tantôt des éléments permettant d'appréhender une rupture. Pour en rester avec l'exemple du repère « IIIe millénaire av. J.C. : les premières civilisations », celui-ci peut être évoqué en classe de 5e lors de l'étude sur les « seigneurs et paysans », ce qui témoigne de la permanence des civilisations agraires sur plusieurs millénaires. A l'inverse l'évocation de ce même repère en liaison avec « l'âge industriel » en quatrième permet de mettre en relief la rupture constituée par ce dernier sur la longue durée historique. Enfin, d'autres repères dans la mesure où ils apparaissent comme des éléments évoqués à un moment de l'histoire pour justifier une action, une vision du monde, ou au contraire faire figure de repoussoir, méritent pleinement d'être remémorés sous cet angle là. Ainsi est-il intéressant d'envisager comment les historiens du 19e siècle, certains publicistes, mais aussi des peintres ont utilisé la référence à Vercingétorix et Jules César dans la construction du nationalisme français d'avant 1914. Plus délicate à mettre en œuvre, cette approche du repère permet d'amener les élèves à développer un regard critique et à ne pas rester naïfs face aux usages de l'histoire. Réutiliser ces connaissances que sont les repères, en les brassant à différentes reprises et sous différents angles, permet de ce fait d'aborder d'autres apprentissages [6].

Dès lors il importe de s'interroger sur les questions qui peuvent permettre d'aborder les repères devant être maitrisés à la fin de la scolarité obligatoire durant les années ayant suivi leur approche et la leçon ayant permis de les faire émerger. Ce questionnement doit aller de pair avec une réflexion sur un angle d'approche possible pour effectuer le travail de remémoration autour de ces repères afin qu'il aient du sens pour les élèves. Dans les trois tableaux qui vont suivre nous avons tenté, pour les classes de 5e, 4e et 3e de voir comment pouvaient être réintroduits les repères de 6e dans le premiers cas, ceux de 6e et 5e dans le second, et ceux de 6e, 5e et 4e dans le dernier. Nous retrouvons selon les cas une évocation du repère sous l'angle de la continuité historique, de la rupture ou bien de la justification d'une prise de position d'un acteur historique individuel ou collectif. Ce dernier cas, amenant à s'interroger sur les usages de l'histoire, est logiquement plus présent en 3e qu'en 4e, et totalement absent en 5e. De la sorte, différents dans leur nature [7],  les repères le sont aussi par le positionnement que l'on peut avoir par rapport à eux. Bien entendu, ces propositions doivent être prises pour une simple ébauche de travail sur le sujet. D'autres manières d'aborder ces repères sont évidemment possibles et il est souhaitable que les tableaux ici proposés soient largement amendés en fonction des angles d'approche choisis par l'enseignant dans son traitement du programme. Là où un repère est abordé sous l'angle de la permanence d'un phénomène historique autour d'une question donnée, d'autres pourront tout à fait l'évoquer sous l'angle de la rupture à travers un autre questionnement. Dans quelques cas nous avons essayé de montrer qu'il était possible tantôt d'envisager un repère sous l'angle de la continuité historique, tantôt sous l'angle de la rupture à partir de questionnements différents.
 
Trois approches pour la réactivation des repères apparaissent dans les tableaux suivants :
  • l'usage d'un repère pour manifester la continuité ou la permanence d'un phénomène historique (noté en vert dans le tableau)
  • l'usage d'un repère pour manifester une rupture historique (noté en rouge dans le tableau)
  • le repère qui doit son statut à sa fonction de justificatif d'une attitude, d'une action à un autre moment de l'histoire sans qu'il y ait forcément une continuité objective entre les deux données prises en compte (noté en bleu dans le tableau)

(le fichier complet de l'article avec les tableaux 5e, 4e, 3e est téléchargeable en bas de page)

 

Classe de 5e


Repère de l'année précédente envisagé

Question possible pour l'aborder
Axes problématiques d'approche
IIIe millénaire av. J.C., Les premières civilisations
L'Occident féodal, paysans et seigneurs


Regards sur l'Afrique
La permanence des fondements agraires des civilisations médiévales.


La diversité des civilisations.
VIIIe siècle av. J.C., Homère, fondation de Rome, début de l'écriture de la Bible
Les débuts de l'Islam.
La place de l'Eglise.


Les bouleversements culturels et intellectuels.
L'importance de mythes fondateurs et de croyances dans l'émergence d'une civilisation


L'importance de l'écrit dans les religions monothéistes.
Ve siècle av. J.C., Périclès

Féodaux, souverains, premiers Etats.
La diversité des formes d'organisation politique.
52 av. J.C., Jules César et Vercingétorix

Féodaux, souverains, premiers Etats.
Rivalités pour la détention du pouvoir politique, émiettement et unité de l'autorité publique
Ier siècle début du christianisme

La place de l'Eglise
L'institutionnalisation du christianisme
Ier et IIe siècles, « Paix romaine »
Féodaux, souverains, premiers Etats.


L'expansion de l'Occident

Unité et émiettement de l'autorité publique


L'affirmation d'une civilisation et de ses valeurs bien au delà de son foyer originel

800, le couronnement de Charlemagne
Féodaux, souverains, premiers Etats

La place de l'Eglise

La référence carolingienne dans l'affirmation des Etats médiévaux.

La longue durée de l'affirmation de l'Occident chrétien

 


[1] Sur ces points le lecteur aura tout intérêt à ce reporter à l'ouvrage de D. Cariou : Écrire l'histoire scolaire, quand les élèves écrivent en classe pour apprendre l'histoire, PUR, Paideia, 2012, 250 p
[2] Voir sur ce serveur le travail présenté par F. Janier-Dubry : « les repères en histoire ».
[3] On peut consulter sur ce point l'article de K. Pomian : « Partir du présent », Le débat, n° 175, mai-août 2013, pp. 79-92 .
[4] Tutiaux-Guillon N., Mével Y. : Didactique de l'enseignement de l'histoire géographie au collège et au lycée, Publibook, 2013, p. 21
[5] Dès lors, « les repères ne sont alors que la partie immergée de l'iceberg des apprentissages : ce qui est fondamental est plutôt ce qui leur est sous-jacent », Tutiaux-Guillon et Mével, ibid., p. 21
[6] Tutiaux-Guillon et Mével, ibid., p. 21
[7] Nous renvoyons à nouveau le lecteur au texte de F. Janier-Dubry déjà cité.
 
auteur(s) :

David-Pierre Roou, IA-IPR d’histoire géographie

éditeur(s) :

Claudie Ferchaud

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