Contenu

histoire-géographie-citoyenneté

Recherche simple Vous recherchez ...

espace pédagogique > disciplines du second degré > histoire-géographie > enseignement

google earth : un outil pédagogique?

mis à jour le 05/04/2011


vignettege.jpg

Bilan de cinq années d'utilisation de GE en classe.

mots clés : globe virtuel, google earth.


La sortie de la dernière version de Google Earth est l'occasion de lister quelques points d'agacement concernant son utilisation en classe.

1 Qu'est-ce que Google Earth ?

Google Eearth est un logiciel qui permet de voyager en restant devant son ordinateur : un globe virtuel manipulé à la souris ou au clavier permet de se déplacer à volonté, il permet de voir la terre autrement par des vues satellites couplées à des vues aériennes  et de zoomer jusqu'aux plus fins détails.

La version 6 intègre désormais les photographies prises par les  fameuses Google streetcar : le sentiment d'immersion par les panoramiques à 360° est amélioré dans cette version 6 par l'intégration du relief et l'apparition des arbres ; le réalisme des paysages est encore en progrès même si  évidemment la couverture n'est ni homogène ni universelle.
Force est de constater que l'on peut ainsi passer de la vue satellite à la vue aérienne puis à la photographie vue du sol en quelques clics.
Cependant, si cette gigantesque entreprise de compilations d'images numérisées de la planète peut séduire, on reste parfois déçu par certaines fonctionnalités. Tentons un bilan pédagogique de l'utilisation de Google Earth en classe depuis l'automne 2005.

2 Quelques remarques sur la forme :

L'installation

Google Earth est disponible sous deux versions : un plug-in intégré au navigateur internet pour une consultation sur Maps.google ou bien une solution logicielle : dans les deux cas l'installation demande les privilèges d'administrateur ; dans l'organisation actuelle des services informatiques des établissements scolaires, il n'est donc pas possible ni d'installer seul ce logiciel, ni de le mettre à jour. L'intervention du technicien informatique s'impose.

L'ergonomie

Google Earth est un logiciel grand public qui semble avoir trouvé sa place en classe.
Cependant, il est très difficile à manipuler précisément en classe en situation de cours : soit on utilise la navigation au clavier, très précise et rapide si on maitrise les raccourcis, comme dans un jeu vidéo (mais alors la gestion du groupe classe peut devenir problématique car le professeur se retrouve vite absorbé par sa navigation) ;  soit on utilise un TNI, et alors les outils de navigation incrustés sur l'image se révèlent peu pratiques ! 
De plus le curseur qui permet de zoomer passe automatiquement en vue oblique à grande échelle et le maintien d'une vue verticale est alors compliquée : le joystick manque de souplesse pour un travail de précision.

Un ensemble d'outils de navigation malheureusement peu adapté aux TNI.

 

La cartographie

 Google Earth pour dessiner l'espace propose des outils de croquis : repères, polygones, trajet.


Le vocabulaire utilisé manque de précision : il faut parler de repères pour les figurés ponctuels, de trajets pour les figurés linéaires ; seule l'icône polygone est acceptable sur le plan sémantique.

D'autre part, le choix par défaut des figurés pour les repères propose  majoritairement des pictogrammes, et même s'il est possible de constituer soi-même sa liste de figurés, cela reste réservé aux experts et pose le problème de l'échange de ce type de figurés.


Si l'outil permet de faire des repérages et de la localisation ponctuelle, il n'est clairement pas adapté à un véritable travail de cartographie.
 

Simulateur de vol

Plus gênantes, les séances d'utilisation de Google Earth en salle informatique dégénèrent en jeu vidéo.

L'an dernier, je suis allé plusieurs fois en salle informatique avec  une classe de seconde soit dans le cadre de séances de géographie soit en Ecjs.
J'ai observé une dérive pour chacune de ces séances : les élèves sans doute les plus malicieux utilisaient le simulateur de vol intégré dans GE. Il faut donc disposer d'outils informatiques de surveillance et de blocage des postes élèves, et surtout négocier pour une remise au travail efficace !


 

3 Quelques remarques sur le fond.

1  Il est faux de croire qu'il suffit de voir une photographie aérienne verticale ou oblique pour comprendre immédiatement un territoire.

Certes la photographie aérienne verticale est un outil privilégié du géographe : elle montre les traces laissées par les activités humaines à la surface de la terre à un instant précis, celui de la prise de vue.
Cependant force est de constater que l'interprétation est souvent bien difficile. Les forums spécialisés regorgent de demandes d'identification de tel ou tel détail.

Cette vue par exemple d'une usine au Japon dans la baie de Tokyo : comment identifier le nom de l'usine et la nature de l'activité ? La vue en plan du même endroit dans Google Maps n'est guère utile en l'occurrence.

On fait donc le constat suivant : on n'identifie bien que ce que l'on connaît bien : les manuels, les sites académiques proposent souvent des séances sur des territoires bien connus, l'outil est souvent utilisé comme un révélateur des réalités spatiales d'un territoire, or il ne donne qu'une image numérisée du monde, sans autre métadonnées ni élément d'interprétation. 

Mon expérience me laisse penser que nos élèves sont très vite perdus avec un tel outil : par exemple je leur demande en début d'année de localiser leur domicile pour faire une carte de répartition des élèves et évaluer grossièrement le bilan carbone des déplacement domicile-lycée en fonction des modes de transport.  Je constate que le passage de la photographie au plan ne suffit pas pour se repérer. Il faut compter une heure pour permettre à une demi-classe de se situer dans l'espace proche!

De ce point de vue, Google Earth n'est sans doute pas le meilleur outil pour découvrir le monde.

 
2 Google Earth permet-il d'analyser un paysage ?

La vision 3 d est certes bluffante de rapidité et le rendu du terrain peut paraître satisfaisant. En fait, le modelé des images en 3 D est bien souvent fantaisiste et ne permet guère d'analyser  véritablement un paysage.

L'image tourne parfois à la caricature, par exemple le Christ rédempteur surplombant la baie de Rio : l'image relève plus du morphing que d'autre chose !

 

Sur cette vue du Cotentin, tout est  faux : la mer au 1er plan, le ciel d'un noir profond , le modelé du terrain qui  est très grossier...


 

3 La qualité des images est trop variable et ne permet pas de comparer des territoires.

Chacun peut donc le constater, la qualité de la couverture en photographie aérienne ou en image satellite est très variable suivant les territoires dans Google Earth .

Au final, un outil certes séduisant au premier abord mais qui ne permet pas un travail à grande échelle pour une géographie de précision.

C'est un outil grand public, de vulgarisation, certes gratuit mais qui est le support de pollutions publicitaires.

La version  professionnelle qui offre en particulier des fonctionnalités d'intégration de données SIG est vendue au prix de 313$ par an pour deux postes maximum.

Peut-on se contenter d'habituer nos élèves à faire de la géographie avec cette seule ressource au risque de faire d'eux des consommateurs passifs et naïfs des solutions de géolocalisation qui fleurissent sur les téléphones portables de dernière génération et les Gps ?

 
auteur(s) :

Pouzin Jackie, professeur au lycée Vadepied, Evron

information(s) pédagogique(s)

niveau : tous niveaux

type pédagogique : analyse de pratique

public visé : enseignant

contexte d'usage : classe, milieu professionnel

référence aux programmes : Géographie Lycée : objectifs d'apprentissage
maitriser des repère chronologiques et spatiaux
maitriser des outils et méthodes spécifiques

haut de page

histoire-géographie-citoyenneté - Rectorat de l'Académie de Nantes