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la première guerre mondiale: l'expérience combattante dans une guerre totale

mis à jour le 23/02/2012


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Il s'agit de montrer la complexité et la diversité des expériences combattantes des soldats de la Grande Guerre à partir de deux textes permettant l'élaboration d'une synthèse sous la forme d'un schéma inspiré du livre "Combattre" de Stéphane Audouin-Rouzeau.

mots clés : première guerre mondiale, grande guerre, expérience combattante, schéma interprétatif


Présentation de la séquence

La séquence a été organisée à partir des deux textes : 

  • deux extraits de lettres d'Émile Lesca, soldat du 34ème régiment d'infanterie, présent sur le Chemin des Dames. Dans un premier extrait, en date du 13 décembre 1914, il s'adresse à sa soeur; dans le second, daté de 1915, il écrit à sa mère et à ses sœurs.
  • récit de M. Protin, marchand de cycles avenue de Laon à Reims, ancien du tour de France des années 1925. Ancien combattant de la guerre de 1914-1918 demeurant à Chavonne (Aisne).


Les ressources ont été utilisées comme point d'entrée dans le thème d'histoire de la classe de Première ES/L/S intitulé : « La première guerre mondiale: l'expérience combattante dans une guerre totale » et offre la possibilité de réaliser une synthèse sous la forme d'un schéma.

Bibliographie et Sitographie


- Rocafort Joël, Avant l'oubli, Soldats et civils de la Côte basque durant la Grande Guerre, éd. Atlantica.
- Robert Attal et Denis Rolland, La justice militaire en 1914 et 1915,: le cas de la 6e armée, Bulletin de la Fédération des Sociétés d'Histoire et d'Archéologie de l'Aisne, 1996.
- Stéphane Audouin-Rouzeau, Combattre, Paris, Seuil, 2008.
- Emmanuel Saint-Fuscien, A vos ordres? La relation d'autorité dans l'armée française, éditions EHESS, 2011.
- Le site "Pour mémoire" du CNDP propose un grand nombre de dossiers (téléchargeables gratuitement) dont deux peuvent concerner directement le thème de la guerre au XXe siècle (l'armistice du 11 novembre 1918 et les Fusillés de la Grande Guerre).
 
Les modalités de la séquence.

L'objectif de l'exercice est d'aborder la question à partir de deux témoignages de soldats au tout début du conflit afin de montrer la complexité des expériences combattantes. Dans l'introduction du chapitre, la définition de guerre totale peut être donnée afin de faciliter l'activité proposée ci-après.

Document 1
 
1er extrait

 « (...) Te dire ce que nous avons souffert durant les quinze premiers jours qui suivirent notre prise du plateau, c'est impossible à décrire, il faut y être passé. Être là dans les tranchées à peine d'un mètre de profondeur à recevoir pendant le jour et la nuit les grosses marmites, c'est horrible. J'ai été couvert de terre combien de fois, des morts comme s'il en pleuvait et falloir rester là à attendre la mort sans manger et boire, car tout homme qui sortait de la tranchée était mort. Nous faisions nos besoins dans des boîtes que nous jetions au-dessus de la tranchée, enfin c'était épouvantable. Comment je m'en suis sorti vivant, je ne me l'explique pas. Petit à petit nous avons fortifié nos tranchées et nous sommes là toujours sur le même point, sur ce fameux plateau de Craonne. Nous ne sommes pas trop mal maintenant. Sûrement chaque fois que nous allons aux tranchées nous avons des hommes tués mais ce n'est pas comme au commencement. »
2ème extrait

«  (...) Nous sommes munis de masques contre les gaz asphyxiants. Il faut être sauvage quand même pour envoyer de ces engins. Voilà que l'Italie s'y met. Ce n'est pas malheureux peut-être activera-t-elle la fin de cette affreuse guerre. Je lui souhaite car voilà dix mois que je lutte. La tombe du pauvre Robert Marquebielle1 est à cent mètres de là où je suis. La tombe est très bien entretenue. Je vais y ajouter des fleurs. Vous allez sûrement voir Eugène en convalescence, ce brave Eugène vous l'embrasserez bien fort pour moi il m'a écrit deux lettres de l'hôpital, et je ne lui ai pas répondu. Décidément, je crois que je suis seul à être ici depuis le début des copains. Sylvain, René Poey, Eugène, Emile Naçabal, André le pauvre [illisible]. Ne chantons pas trop, peut-être recevrais-je à mon tour le coup dur. Je termine chère maman, en vous envoyant au son du canon des milliers de baisers. Votre fils et frère Emile. »

1 : Robert Marquebielle, tué le 18 septembre 1914
 
Source : Cité par ROCAFORT (Joël), Avant l'oubli, Soldats et civils de la Côte basque durant la Grande Guerre, éd. Atlantica.

Document 2
 
Récit de M. Protin marchand de cycles avenue de Laon à Reims, ancien du tour de France des années 1925. Ancien combattant de la guerre de 1914-1918 demeurant à Chavonne (Aisne).

« Gochenée, Belgique, à 8 km de Givet, le 24 août 1914 c'est la retraite dite de Charleroi. Les troupes françaises qui se sont battues sur la position Dinant-Givet battent en retraite en masse compacte. Ce sont surtout des hommes des 43e, 45e et 2e Zouaves qui ont été massacrés surtout à Onhaye, ils étaient commandés par le colonel Pétain. Le général commandant le corps d'armée était Mangin, tous deux bien connus. Ces deux officiers se trouvaient donc sur les marches, lorsque Mangin me dit : « va plus loin » ; à ce moment là une patrouille surgit, amenant un soldat français. Mangin demande : « Qu'est ce que c'est ? ». Le soldat répondit : « C'est un soldat qui se cachait derrière une haie à la sortie du village, sans arme ». Sans poser de question Mangin dit : « Fusillez-le de suite ». Le soldat voulut parler mais fut emmené derrière la maison et 30 secondes après, une salve. Je suis allé voir le mort, il était couché au pied d'un pommier. Voici donc aussi un crime ; on ne lui a pas demandé son nom, ni posé de questions.
Après cette opération, j'ai revu le sergent et je lui ai demandé ce qu'il en pensait, il m'a répondu que le fait d'avoir abandonné son arme en présence de l'ennemi et de se cacher était assez pour être fusillé. Il est vrai que les hommes étaient lassés ; la moitié de leur régiment gisait dans la plaine entre Onhaye et Morville aux environs de la ferme Lepagnol. I1 y eut là un cimetière de 20 000 Français et Allemands dont un quart de Français. Les Allemands ayant traversé la Meuse à Waulsort ont attaqué en masses compactes dans la nuit du 23 au 24. Le village de Onhaye fut repris 7 fois à la baïonnette et au son du clairon et à la lueur des incendies. Par la suite Mangin et Pétain sont devenus de hauts personnages. Le même jour vers 18 heures sur la route en direction de Treignes, à 7-8 km de Gochenée, un paysan appuyé sur sa fourche dit à un officier français : « Alors on fout le camp, on a peur des boches ». L'officier lance un ordre : « Sergent prenez 6 hommes et fusillez-moi ce type là. Le paysan, 50 ans environ, fut fusillé immédiatement ».

Source : Robert Attal et Denis Rolland, La justice militaire en 1914 et 1915 : le cas de la 6ème armée, Bulletin de la Fédération des Sociétés d'Histoire et d'Archéologie de l'Aisne, 1996.
 

Exploitation possible des documents

Dans le diaporama joint à cette fiche, il existe deux versions du tableau (diapo 8 et 9), une sans et l'autre avec la colonne "Approche du concept de guerre totale " selon les choix qui auront été faits dans l'introduction de donner ou non la définition de guerre totale.

  
Deux  expériences combattantes
Approche du concept de guerre totale
Document 1
Document 2

      1°) Dans quel contexte de guerre Émile Lesca et M. Protin rédigent-ils ces lettres ?
     
     
   

      2°) Quels éléments de leur témoignage éclairent la notion de guerre totale ?
     
     
   

      3°) Que montrent ces extraits de la vie et de l'état d'esprit des combattants pendant le Première guerre mondiale ?
     
     
   

      4°) En quoi ces extraits montrent que, dès son commencement, la  Première guerre mondiale est un enjeu de mémoire ?
     
     
   
 

Schéma interprétatif inspiré du livre de Stéphane Audouin-Rouzeau, Combattre.


Le schéma s'inspire de la conclusion de son livre p. 314. et reprend les propos d'Emmanuel Saint-Fuscien qui a évoqué la possibilité de cette réalisation lors du 10e festival du film de Compiègne.

« Quatre pôles se dégagent, dont les relations dessinent des situations variables, mais limitées en nombre cependant.
Il y a donc le corps du soldat, et il y a l'entour de ce corps; il y a le corps du soldat ennemi, et il y a l'entour de son corps, nous l'avons dit. Le combat se limite parfois à ce simple face-à-face, comme lors des opérations dans le désert, sur mer ou dans les airs. De ce fait, celles-ci ont pu apparaître à ceux qui en furent les acteurs comme purifiées par l'absence, remarquable, des non-combattants. Mais souvent, par l'invasion, l'occupation, le bombardement, les corps des civils sont présents - civils amis, civils ennemis - avec de nouveau leurs entours (les biens, les maisons, les vêtements) et tous les affects qui s'attachent à cette présence selon qu'ils sont de son côté ou du côté adverse, hommes, femmes ou enfants, jeunes ou vieux, selon qu'ils sont sur les lieux mêmes des combats, ou à proximité, ou au contraire éloignés, selon qu'ils sont exposés ou protégés. Présence « brutalisante », paradoxalement, que celle des non-combattants, car elle suscite la violence ou la contre-violence, en affectant, au sens propre du terme, et souvent au plus haut point, l'affrontement de ceux qui portent les armes. »
 

Le corps du soldat

 

Schéma final

L'exercice consiste ensuite à représenter le corps du soldat ennemi puis le corps du civil ami et le corps du civil ennemi.

 
Séquence à télécharger dans son intégralité ici
 
auteur(s) :

Frédéric Durdon

information(s) pédagogique(s)

niveau : 1ère, 3ème

type pédagogique : leçon

public visé : enseignant

contexte d'usage : classe

référence aux programmes : Questions: Guerres mondiales et espoirs de paix
 
Mise en œuvre:
- La Première Guerre mondiale : l'expérience combattante dans une guerre totale

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