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le 1er mai en Mayenne

mis à jour le 11/08/2014


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Même si le département de la Mayenne n'est ni un bassin industriel, ni un bastion syndical au début du XXe siècle, il est possible d'appréhender, à travers quelques documents issus de la presse et des sources préfectorales de l'époque, l'évolution qu'y connaît la journée du 1er mai, dans les années 1890 et l'entre-deux-guerres.

mots clés : 1er mai, Mayenne, syndicat, société industrielle


1. Démarche

étude de cas sur le 1er mai en Mayenne, dans le cadre du programme d'histoire de 1ère STMG
- soit à partir des quelques documents reproduits ou retranscrits en annexe
- soit à partir des documents originaux, plus nombreux et plus riches encore, dans le cadre d'un atelier aux archives départementales de la Mayenne.
 

2. Piste d'exploitation pédagogique

 
Dans un premier temps, le travail s'effectue en divisant la classe en 4 groupes (1 par période)
Consignes:
- critique externe des documents: nature? date? auteur? objectif?
- critique interne: comment est présentée la journée du 1er mai?
quels évènements?: qui? combien? où? quoi? quelles revendications?
quelle vision (négative ou positive)? quels commentaires?
Dans un deuxième temps, il s'agit de mettre en commun, de comparer les 4 périodes, ce qui conduit à faire émerger des ruptures:
- dans l'importance de la mobilisation: quels effectifs? quelles branches professionnelles?
- dans les modalités d'action: coup d'éclat individuel, manifestation collective publique, conférence, représentation théâtrale, etc.
- dans les revendications: journée de 8 heures avant 1914, dispersion des revendications après 1918, mêlant social et politique
Dans un troisième temps, à partir de l'étude de cas sur la Mayenne et de la problématique dégagée, il s'agit de traiter de l'évolution de la journée du 1er mai à l'échelle nationale et internationale.
 

3. Ensemble documentaire

 

a. de 1890 à 1904: " un immédiat déclin ? " (D. Tartakowsky)

Choisie en 1889 par la IIe Internationale socialiste pour être un jour de lutte, avec pour objectif la journée de 8 heures, le 1er mai peine à percer en Mayenne. A l'absence de bastions syndicaux, s'ajoute la concurrence de date avec des traditions rurales bien implantées.
 
Document 1
« Château-Gontier d'ordinaire si calme et que tous les bruits de la capitale et des grands centres, de même que les faits et gestes de nos gouvernants semblent laisser complètement indifférent a pris part à la grande manifestation socialiste du premier Mai.
Les personnes qui passaient jeudi matin sur les promenades s'arrêtaient en face du drapeau rouge planté dans le petit jardin et qui entoure le kiosque. Sur ce drapeau on lisait en blanc : « Vive la sociale et la Révolution ! »
Beaucoup l'ont vu en se rendant à leurs affaires et le bruit en étant répandu en ville, beaucoup sont venus en curieux jusqu'à sept heures, moment où la police est venue l'enlever.
Est-ce l'œuvre d'un socialiste révolutionnaire qui a voulu s'associer à ses confrères des grands centres ouvriers ou simplement le fait farceur, ce qui pourrait encore être vrai ? Toujours est-il que celui qui a arboré ce drapeau ne s'est pas fait connaître. »
Source : extrait de l'Echo de la Mayenne, 3 mai 1890 (cote AD53 : 1 pe 34/47)

Document 2
« Ernée - Manifestation du 1er mai - Pendant la nuit du 30 avril au 1er mai, dans tous les quartiers de la ville..., (oh !... mais... c'est grave ?... - Non), on a fleuri la porte, la devanture, de toutes les maisons où il y avait des jeunes filles à marier. C'est un usage qui remonte haut dans la nuit des temps et qui a toujours été suivi ici. (...) »
Source : extrait de l'Echo de la Mayenne, 3 mai 1890 (cote AD53 : 1 pe 34/47)

Document 3
« Le 1er mai est passé inaperçu à peu près partout. Les ouvriers ont travaillé comme à l'ordinaire. Le chômage partiel n'a eu lieu que dans quelques rares centres ouvriers. »
Source : extrait de la Gazette de Château-Gontier, 4 mai 1902 (cote AD53 : 1 pe 51/5)
 

b. 1905: l'embrasement ?

Portée par un contexte social national agité, l'année 1905 marque le vrai décollage du 1er mai en Mayenne, en particulier à Laval et dans le bassin ardoisier du Renazéen. La revendication des 8 heures est affirmée, les ouvriers s'affichent dans les rues, au grand dam de la presse conservatrice locale, qui est prompte à relever tout dérapage.

Document 4
Source : courrier du sous-préfet de Château-Gontier au préfet, 22 avril 1905 (cote AD53 : 1 M 355)
 
Document 5
Source : extraits de la Gazette de Château-Gontier, 4 mai 1905 (cote AD53 : 1 pe 51/6)
A Renazé                      A Misengrain
Document 6
« Le drapeau rouge à Laval.
Hier, pour la première fois, le drapeau rouge est sorti dans les rues de Laval.
Une réunion-conférence a eu lieu, comme nous l'avions annoncé il y a quelques jours, dans le local anciennement occupé par les soupes populaires, rue de Tours. A la suite de la réunion, les assistants sont sortis en ville et ont accompli un certain parcours, le drapeau rouge en tête ; avant de se disloquer, ils sont venus à la bourse du travail.
Cette démonstration politico-ouvrière a suggéré à quelqu'un les réflexions suivantes : 1° Il est bien inutile que la ville donne une subvention annuelle de 2.000 fr à la bourse du travail, puisque les réunions ont lieu  ailleurs que dans le local loué au moyen de la dite subvention ; 2° l'arrêté municipal récemment pris au sujet des attroupements n'a pas été rapporté ; cependant, nul ne s'est occupé de le faire respecter hier.
La dislocation s'est faite à la porte de la Bourse du Travail, rue Renaise, où le cortège est arrivé à 5 heures en chantant l'Internationale, le drapeau rouge en tête.
Le porte-drapeau est monté sur le trottoir, pendant que les manifestants se massaient autour de lui et, se découvrant respectueusement devant l'emblème de la révolution, entonnaient avec flamme une dernière fois le sempiternel refrain : C'est la lutte finale !
Après le salut, le baiser au drapeau. De nombreux camarades se sont approchés et ont porté, avec amour, à leurs lèvres, le bord « sacré » de la bannière rouge.
Puis manifestants et manifestantes, visiblement émus, se sont serrés la main et se sont dispersés.
Les uns ont regagné leurs pénates, emportant le précieux souvenir d'une journée déconcertante ; les autres, en grand nombre, n'ont pu résister à la tentation de se refaire à la buvette antialcoolique de M. Acambon...
Les habitants de la rue Renaise, peu gâtés sous le rapport des distractions, ont paru prendre un vif intérêt à cette curieuse cérémonie. »
Source : extrait de l'Echo de la Mayenne, 2 mai 1905
 
Document 7
Source : rapport du commissaire de police de Laval au préfet, 1er mai 1905 (cote AD53 : 1 M 355)
 

c. de 1906 jusqu'à la Première Guerre mondiale : le reflux

Après 1905, chaque année, les autorités vont littéralement se tenir sur le pied de guerre, quelques jours avant le 1er mai. Cependant, dès 1906, en Mayenne, le soufflé retombe, même à Renazé : 200 ardoisiers y défilent contre 1500 l'année précédente. À Laval, dans les années 1910, les ouvriers chôment, mais ne se manifestent plus dans la rue.
 
Document 8
Source : extrait de la Gazette de Château-Gontier, 3 mai 1906 (cote AD53 : 1 pe 51/6)

Document 9
Source : extrait de la Gazette de Château-Gontier, 3 mai 1906 (cote AD53 : 1 pe 51/6)

 
Document 10
Source : extrait de l'Echo de la Mayenne, 3 mai 1910 (cote AD53 : 1 pe 34/67)


 

d. après 1918 - la " fragmentation " (D. Tartakowsky)

Le 23 avril 1919, le Sénat français ratifie la journée de 8 heures et fait du 1er mai suivant, à titre exceptionnel, une journée chômée.
Les syndicats doivent renouveler les revendications au risque de la dispersion. La « fragmentation » s'opère entre les diverses branches professionnelles, mais aussi, dans le contexte international, entre communistes et non-communistes. La mobilisation locale s'en ressent et s'étiole progressivement. En 1925, seuls les carriers de Renazé et quelques ouvriers lavallois chôment encore le 1er mai.
Les années 1930 ne voient pas le 1er mai revenir au premier plan en Mayenne : un journal conservateur régional, comme Ouest-Eclair, peut alors se permettre, en 1937, de caricaturer la mobilisation ouvrière.
 
Document 11
« Laval, le 1er mai 1919
LE COMMISSAIRE DE POLICE
A Monsieur le PREFET de la MAYENNE
J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'une réunion a eu lieu ce matin à 9 heures à la Bourse du Travail : 450 personnes (hommes, femmes et enfants) y assistaient.
M. MARTINIAUX, mécanicien du dépôt de Laval, a pris le premier la parole pour demande de reporter à l'après-midi la manifestation projetée pour le matin,  afin de permettre aux cheminots d'y assister. M. ACAMBON a fait l'historique de la journée de 8 heures, il a rappelé que le 1er mai avait été fêté aux Etats-Unis en 1866 (sic) et que les manifestants avaient été fusillés ou molestés, il a invité les ouvriers à fêter cette journée qui est la fête du travail mais en recommandant le calme et la modération.
Il a protesté contre l'envoi de soldats français en Russie, contre l'impôt sur les salaires et a réclamé l'amnistie pour les syndicalistes condamnés.
M. GAILLOT, surveillant des P.T.T., a critiqué l'attitude des agents et sous-agents de son administration, qui ont peur de se compromettre.
Une délégation de  membres a ensuite été désignée pour se rendre à la Préfecture, où elle doit remettre une adresse à M. le Préfet.
Une nouvelle réunion doit avoir lieu cet après-midi à 3 heures à l'issue de laquelle un cortège se formera pour la manifestation annoncée pour le matin.
La situation est absolument calme en ville.
Le service des P.T.T. a été assuré comme d'habitude. Toutes les usines et fabriques chôment, à l'exception de l'établissement BRETONNIERE.
LE COMMISSAIRE DE POLICE
Signé : BRENNER »

Source : copie du rapport du commissaire de police de Laval au préfet de la Mayenne (cote AD53 : 1 M 373)
Document 12
« Laval, le 1er mai 1919
ORDRE DU JOUR
Les ouvriers syndiqués de Laval, réunis le 1er mai  à la maison du Peuple, au nombre de 800
-    Protestent contre la création d'une ligue  des nations ce qui ne serait que duperie des peuples. Ils réclament au contraire la création de la Société des Nations, comprise dans les 14 propositions du Président WILSON et admise par les belligérants.
-    Ils réclament qu'au-dessus des autorités nationales il y ait une société supra nationale dotée des pouvoirs législatifs. Ils réclament l'internationalisation des transports, des denrées et des matières premières pour être réparties internationalement. Ils protestent contre l'impôt sur les salaires, qui est arbitraire et demandent la révision de la base de l'impôt.
-    D'autre part, considérant que l'amnistie a été appliquée dans de nombreux pays monarchistes, qu'un grand nombre de militants sont encore enfermés dans les geôles de la République, ils réclament que l'amnistie pleine et entière pour tous les délits syndicalistes, politiques et militaire soit appliquée en France.
-    Enfin, ils demandent la démobilisation immédiate et proteste (sic) énergiquement contre toute intervention armée, comme celle qui se produit en Russie révolutionnaire et qui risque de faire de notre pays, une puissance gardienne des privilèges et des institutions réactionnaires dans le monde.
Les ouvriers ci-dessus s'engagent à faire ce qui sera en leur pouvoir pour obtenir satisfaction dans leurs revendications.
Et se séparent aux cris de Vive l'Internationale ouvrière.
LE SECRETAIRE DE L'UNION
Signé : ACCAMBON »

Source :
copie d'une adresse au préfet de la Mayenne (cote AD53 : 1 M 373)
 
Document 13
25/04 - Rapport au préfet
« Rapport du chef H.C. FILIPPI, commandant la brigade à pied de Renazé, sur une conférence communiste.
Une conférence, dont le but était de fonder à Renazé une section communiste afin qu'elle manifestat (sic) le 1er mai prochain a été faite hier soir à 19 heures ?, dans la salle de la Coopérative de Renazé, par le Conseiller général Bazin, de la Seine-Inférieure.
Y assistaient environ 150 personnes (y compris des femmes et de tout jeunes hommes) venues aussi bien du centre renazéen que de Chatelais et de l'Hôtellerie de Flée (Maine et Loire).
Après avoir longuement exposé la théorie communiste, le conférencier a abordé et critiqué l'opération de la Rhur (sic), cherchant à insinuer que cette occupation, par sa prolongation peut engendrer une guerre future en alimentant et en excitant la haine réciproque des peuples allemands et français.
Plusieurs assistants, tels que Reverdy, Georget et Michel, membres militants du syndicat cégétiste de Renazé, ont souvent interrompu l'orateur en lui demandant notamment d'expliquer ce qui s'est passé et se passe en Russie, de telle sorte que le conférencier n'a eu aucun succès, les interrupteurs manifestant ouvertement leur dégoût pour les affaires de Moscou.
Leur chef, Gemin, a répondu à l'orateur que le seul but des communistes était de diviser les divers syndicats qui font partie de la confédération générale du travail et que, pour son compte, il ne voulait pas changer de drapeau.
Puis, il (Gemin) a lu un ordre du jour par lequel le syndicat cégétiste de Renazé ne veut pas faire partie du parti communiste. Cet ordre du jour a été voté à main levée.
Après quoi, la sortie (vers 22h ?) s'est effectuée dans le plus grand calme et, en regagnant leur domicile, nombreux étaient ceux qui disaient regretter leur dérangement.
Jusqu'à présent, rien de connu pour le 1er mai ; mais tout fait prévoir qu'il n'y aura pas de manifestation dans la rue. Aux bureaux des ardoisières, on ignore même s'il y aura chômage.Signé : Filippi

Source : rapport du chef Filippi, commandant la brigade de gendarmerie de Renazé, au préfet de la Mayenne, 25 avril 1923 (cote AD53 : 1 M 373)
Document 14
Source : extrait d'Ouest-Eclair, 2 mai 1937 (cote AD53 : 2 pe 1/1)

 

Bibliographie

DOMMANGET (Maurice), Histoire du Premier mai, Marseille, Le Mot et le Reste, 2006

OMNÈS (Jacques), « Les débuts du syndicalisme ouvrier en Mayenne » dans L'Oribus, 1980, n° 1, p. B1-B31

-, « Rouges contres Jaunes à Laval (1903-1906), dans L'Oribus, juin 1981, n° 3, p. G1-G23 - décembre 1981, n° 4, p. 61-75

RODRIGUEZ (Miguel), Le 1er mai, Paris, Gallimard/Julliard (coll. Folio histoire), 2013 (1ère éd. 1990), 366 p.

STEUNOU (Jean), « Premiers mai mayennais (1890-1914), dans L'Oribus, 1984, n° 13, p. 2-23

TARTAKOWSKY (Danielle), La part du rêve. Histoire du 1er mai en France, Paris, Hachette littératures, 2005
 
auteur(s) :

Christophe Tropeau, chargé de mission - Archives départementales (53)

éditeur(s) :

Frédéric Durdon

information(s) pédagogique(s)

niveau : 1ère STG

type pédagogique : scénario, séquence

public visé : enseignant

contexte d'usage : classe

référence aux programmes : Thème 3: Diffusion et mutations du modèle industriel
A. Question obligatoire : Capitalisme et société industrielle à la conquête du monde (du milieu du XIXe siècle au milieu du XXe siècle)
B. Sujet d'étude : le 1er mai

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