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les mémoires de la guerre d'Algérie : 1962 - 1992 (1).

mis à jour le 02/08/2012


bataille_Alger_pt.jpg

Première partie de la séquence : démarche détaillée avec les documents supports de l'étude.

mots clés : histoire, mémoire, guerre d’Algérie, guerre de libération, guerre d’indépendance, harki, pied-noir, nationalisme, FLN


Introduction


Document d'accroche : vidéo INA 05/12/2002 : extrait d'un journal TV (FRANCE 3) : inauguration du Mémorial national de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie.
 
Approche critique du document :
  • Présentation : nature, date, source, sujet traité.
Doc.  audiovisuel, journal TV, 2002, inauguration d'un mémorial*, cérémonie officielle de la République qui reconnait les sacrifices des combattants et des harkis* en  Algérie, Maroc et Tunisie.
  • Qui inaugure? Quoi? A qui s'adresse-t-il? Pourquoi ?
Le président de la République, Jacques Chirac, ancien sous-lieutenant en 1956 puis en 1959-1960, inaugure le Mémorial (trois colonnes avec les noms de 22 950 combattants dont 3000 harkis), monument de  commémoration  de la guerre d'Algérie. Il s'adresse à l'ensemble des Français " parce que 40 ans après la fin de la guerre d'Algérie, notre République doit assumer pleinement son devoir de mémoire."(1962- 2002)
  • Faire un rappel chronologique à partir des pré-requis des élèves.
Ici c'est une mémoire officielle qui est donnée par la  France.
Et du côté algérien?
Il existe donc plusieurs mémoires.
              
 
Qu'est-ce que la Mémoire ?           

C'est l'expression d'un lien avec le passé susceptible d'être manipulée et propre à chaque groupe particulier ou  acteur.   C'est une construction  subjective.
Certaines  périodes, certaines déchirures, sont particulièrement source d'enjeux de mémoire comme la seconde guerre mondiale et la guerre d'Algérie, cette guerre dite " sans nom".
Le rôle de l'historien est alors essentiel : il travaille sur la et les mémoires, sur la représentation du passé et sur le rapport des sociétés à leur passé; il croise les sources pour tendre vers la vérité, l'objectivité.

Problématique : la mémoire de la guerre d'Algérie, un sujet tabou?
 

I/ Mémoires des vaincus, mémoires des vainqueurs : 1962-1992.

 
A/ De l'amnésie française au réveil de la mémoire.

1) L'oubli dicté par la défaite.

La République française :
les accords d'Evian entérinent l'indépendance de l'Algérie le 18 mars 1962  (cessez-le feu le 19 mars entre les troupes françaises et le FLN). Sont prévues des lois d'amnistie : 1962, fin des poursuites militaires contre les anciens " rebelles "; 1968 libère les derniers prisonniers liés au putsch des généraux et à l'OAS.
Dès la signature des accords, le terme " guerre " disparaît des discours en France, un fait classique lors des défaites. De plus, il n'y a pas de consensus clair à propos de l'Algérie même si les Français ont ratifié à 90% les accords d'Evian. Reste un noyau dur qui n'a jamais admis ce qu'il considère comme un abandon de trois départements français. Lors des élections présidentielles de 1965, le candidat de l'extrême droite J.L. Tixier-Vignancour recueille les voix de ces ultras, à la différence de la période d'après Vichy ou cette droite se taisait.
Absence de commémoration nationale ou amnésie officielle : besoin de cohésion nationale face à une société traumatisée  par la guerre d'Algérie, face à des divisions internes aussi bien du côté français qu'algérien.
Censure des médias, archives non consultables : l'objectif est de ne pas remettre en     mémoire les trop nombreuses transgressions de l'Etat de droit (torture...).

Pourtant des voix s'élèvent : des travaux sont réalisés.
  • doc.  manuel Bordas 1ère p.  279  photo : la bataille d'Alger en 1966 de Pontecorvo  film italo-algérien, point de vue du FLN, tournée sur les lieux de la bataille d'Alger. Ce film est censuré en France car il réveille les tensions : Algérie française, pieds noirs, harkis, partisans de  l'indépendance.
  • Le vent des Aurès de Mohammed Lakhdar-Hamina en 1967 .
  • le militant communiste Henri Alleg directeur du journal l'Alger républicain, évoque dans La question en 1958 sa détention et la torture. Arrêté en 1961 et condamné à 10 ans de prison. Livre adapté au cinéma en 1977.
  • Yves Courrières : la guerre d'Algérie, 1968-1969, Fayard.
  • RAS d'Yves Boisset, 1972 : film contestataire et antimilitariste sur une guerre dont on ne reconnaissait pas l'existence.
Des livres paraissent dans les années 70, écrits par les soldats de l'armée française, par des nostalgiques ou des pieds-noirs meurtris.   
Le silence de certains acteurs comme les pieds-noirs, mal perçus et mal reçus en France, qui se taisent et cherchent avant tout à s'intégrer.
Les " oubliés de l'histoire ", les harkis, sont parqués dans des camps.
La mémoire est privée, personnelle, contenue et a du mal à s'exprimer en dehors de la sphère privée.
Cependant des associations d'anciens combattants militent pour la reconnaissance du 19 mars 1962 et pour leur statut d'anciens combattants (obtenu en 1974). Des cérémonies  ont lieu tous les ans à partir de 1964 à l'Arc de triomphe mais elles ne sont pas reconnues par la mémoire officielle.
    
2) Le réveil à partir des années 1970.


Ouverture progressive des archives et renouvellement de l'histoire coloniale sous la direction de Charles-André Julien et Charles- Robert Ageron, multiplication des travaux universitaires.
Réalisations cinématographiques :
  • Elise ou la vraie vie, 1970 de Michel Drach (adaptation du livre de  Claire Etcherelli publié     en 1967.
  • Avoir 20 ans dans les Aurès, film de René Vautier, 1972 : affiche Bordas 1ère p. 278, récompensé au festival de Cannes, prix de la critique.
  • Ouvrages :
    La guerre d'Algérie : livre collectif sous la direction d'Henri Alleg, 1982.
B/ "L'hypercommémoration" algérienne.

1)    Une mémoire au service des vainqueurs mais...

Etude de document : manuel algérien officiel d'histoire de classe terminale, Le FLN documents et histoire, 1954-62, Fayard 2004, B. Harbi et Meynier, cité dans la guerre d'Algérie, Histoire et mémoires, CRDP d'Aquitaine, 2008.

Document - La guerre d'indépendance vue par l'histoire officielle en Algérie
   
  Les causes de la révolution

     Avant d'aborder les débuts et les étapes de la Révolution, situons-en les causes, même si le terme de colonialisme suffit pour expliquer les raisons de la révolte. Nous pouvons donc résumer ces causes en une seule expression : la présence coloniale en Algérie. Cette présence ne fut jamais acceptée par le peuple algérien qui la combattit durant plus de quarante ans (1830-1871) en sacrifiant deux millions et demi des siens. Malgré ses énormes pertes, le peu¬ple algérien ne se soumit jamais ; il continua à résister ici et là, et à des périodes différentes sur tout le territoire national, jusqu'à l'insurrection de 1954.[...]
     À minuit, le 1er novembre 1954, le FLN alluma le feu de la Révolution en attaquant trente centres des forces coloniales. Ce furent les premières actions armées du Front. Le peuple ouvrit alors les yeux et en répercuta l'in-formation [sic].
Le FLN ouvrit la voie au peuple avec foi et courage pour chasser définitivement la présence coloniale. Les premiers chefs sillonnèrent le pays pour mobiliser et appeler à la Révolution, constituer les brigades de volontaires, collecter les armes en possession du peuple (essentiellement des fusils de chasse, dont quelques-uns étaient de fabrication récente), créer des cellules politiques dans chaque douar, mechta, quartier ou village.
Le nombre des volontaires, hommes et femmes, s'accrut, ainsi que le nombre des mujâhidûn, car les chefs n'avaient rencontré aucune difficulté pour mobiliser les gens tant l'accueil et l'adhésion étaient grands ; aussi, grande et élevée fut l'aide matérielle et grand et élevé fut le soutien moral. La seule grande difficulté résidait dans le manque d'armes, cela à tel point que les chefs en furent réduits à diminuer le nombre des volontaires qui préféraient l'or¬ganisation fidâ-iyy(e) au travail politique.
    L'ennemi, lui, réagit avec frayeur aux événements qui marquèrent le début de la Révolution. Des mesures de sécu¬rité importantes furent prises, des renforts militaires envoyés (comme au xixe siècle). Le général Gilles mena des campagnes de répression arbitraires et d'une violence diabolique qu'il appelait « les opérations de purification » contre les enfants du peuple et de la Révolution. Les révolutionnaires étaient appelés soit « dissidents », « fella¬ghas », « hors la loi », « bandits de grand chemin » ou « coupeurs de routes. » Les autorités coloniales annoncèrent qu'elles avaient mis hors d'état de nuire, fin novembre, 4 270 « dissidents » et en avaient arrêté plus de 2 000.[...]


Manuel algérien officiel d'histoire, classes terminales ;
texte obligeamment traduit et communiqué par
Khaoula Taleb-Ibraimi cité par B. Harbi et Meynier,
                                Le FLN, documents et histoire, 1954-1962, Fayard, 2004


Questions :
    1) Présenter le document
    2) Quelle image du FLN ressort de ce document ? Quels en sont les objectifs?
    3) Quels aspects sont ici critiquables  selon vous?
    4) Qu'en déduisez-vous sur la construction de la mémoire algérienne dans les années 60?

Bilan : il s'agit de valoriser une "guerre de libération" déclenchée le premier novembre 1954. Cette lutte est présentée sans héros particuliers, le seul héros est le peuple. Il s'agit de renforcer l'union du peuple algérien derrière le FLN*, de construire une mémoire au service de la nation algérienne. Il faut une assise au  jeune  et nouvel Etat issu de la guerre de décolonisation.
On assiste à la création d'une histoire officielle autour du FLN. Le pouvoir met en place la commémoration de grands évènements fondateurs : 08 mai 1945*, 01 novembre 1954, 20 août 1955, 19 mars et 5 juillet 1962. Il pousse à la publication d'articles de journalistes, de  romans, à la création de musées et de monuments aux morts.
Le coup d'Etat de Houari Boumédienne (chef des armées situées aux frontières pendant la guerre) en 1965 renverse le chef historique du FLN,  Ben Bella. A partir des années 1970 cette commémoration obsessionnelle de la guerre de libération s'accentue avec l'arabisation de l'enseignement et la réislamisation de la vie publique, le FLN n'étant plus qu'une vitrine politique  greffée sur la présence de l'armée. Ce système s'effondrera en 1988.


        2)... Des mémoires muselées.

Pas de recherche libre : Mohammed Harbi, arrêté  et emprisonné au moment du coup d'état de  Boumédienne  en 1965 (pour sa vision anti FLN), s'évade en 1973 et devient un universitaire français.
La parole étouffée des pères fondateurs. L'histoire officielle  met au secret les principaux acteurs du nationalisme algérien  comme Messali Hadj ou de la guerre de libération elle même, comme Mohamed Boudiaf ou Ferhat Abbas.
 
auteur(s) :

Loïc Cardinal, Arlette Icre-Robert et Nadine Grateau

éditeur(s) :

Claudie Ferchaud, webmestre

information(s) pédagogique(s)

niveau : Terminale L, Terminale ES, Lycée professionnel tous niveaux

type pédagogique : démarche pédagogique

public visé : enseignant

contexte d'usage : classe

référence aux programmes : Thème 1 - Le rapport des sociétés à leur passé (9-10 heures)
Question - Les mémoires : lecture historique
Mise en oeuvre - L'historien et les mémoires de la guerre d'Algérie.

ressource(s) principale(s)

monument-martyrs-Alger_pt.jpg le rapport des sociétés à leur passé : les mémoires de la guerre d'Algérie. 02/08/2012
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