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les mémoires de la guerre d'Algérie : de 1992 à nos jours (2).

mis à jour le 02/08/2012


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Deuxième partie de la séquence : démarche détaillée avec les documents supports de l'étude.

mots clés : histoire, mémoire, guerre d’Algérie, commémoration, mémorial


II/ De 1992 à nos jours : du réveil de la Mémoire à la crise des Mémoires .


A/ Le trop plein mémoriel en France.
      
1) Réveil et choc des mémoires.

Ouverture des archives militaires en 1992 et arrivée de nouvelles générations d'historiens qui n'ont pas vécu directement la guerre, aux côtés de ceux qui l'ont vécu.
  • Travaux de Benjamin Stora : La gangrène et l'oubli, 1991. Collaboration avec Charles-Robert Ageron et Mohammed Harbi.
  • Raphaëlle Branche sur la torture : La torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie, 2001 .
  • Sylvie Thénault sur la justice : Une drôle de justice, 2001.   
Multiplication des témoignages d'anciennes victimes et d'officiers de la guerre d'Algérie :

  • témoignages sur la torture réalisée par l'armée française : Louisette Ighilahriz militante du FLN affirme en 2000 dans un article du Monde avoir été torturée pendant la bataille d'Alger.
  • Les Mémoires du général Aussaresses : il explique l'assassinat du chef FLN algérois Larbi Ben M'Hidi (document : article du Monde, jeudi 03 et 18 mai 2001).


 
Question : en quoi ce document révèle le réveil et la rencontre des mémoires ? Citez les acteurs et les arguments de chacun des protagonistes.     

Revendications des enfants de harkis : manifestations qui aboutissent à la loi de 1994 qui donne reconnaissance aux harkis par une indemnisation.
  • 25 septembre 2001 : journée nationale d'hommage des harkis.
  • Le film la bataille d'Alger ressort sur les écrans français via les EU qui s'interrogent sur la guerre en Irak, après avoir été censuré depuis 1966.
Poids des anciens combattants : pression pour la reconnaissance de la guerre.
Manifestations des « beurs » : reconnaissance de la mémoire de leurs pères.

Depuis les années 80 les enfants issus de l'immigration algérienne en France, via leurs grands pères et leurs pères ont apporté une nouvelle mémoire axée sur la mise en accusation du système colonial. Ils demandent la reconnaissance du " 17 octobre 1961 " (de nombreux manifestants pacifistes trouvent la mort à Paris à la suite d'une forte répression de la police française sous les ordres du préfet de police Maurice Papon).
Reconnaissance du terme " guerre d'Algérie " par l'Assemblée Nationale en 1999.
Mémorial de la guerre d'Algérie et des combats au Maroc et en Tunisie inauguré par J. Chirac en 2002.
Document vidéo sur la torture en Algérie : extrait vidéo du journal TV France 2, source ina.fr : La guerre d'Algérie et la torture : le devoir de mémoire.( 2 min 06)


 
2) Une situation critique depuis 2005.

Appel des " Indigènes " (chercheurs, intellectuels, enfants d'immigrés)  en janvier 2005 : militants qui affirment que la République française est toujours un " Etat colonial " dans lequel il n'existe pas d'égalité : " l'Etat et la société doivent opérer un retour critique radical passé présent colonial... ") source : l'Histoire n°302, p87.
Lobby pied noir et une frange du FN pèsent sur l'UMP pour réhabiliter le modèle colonial (enjeu politique).
Loi mémorielle en faveur des pieds noirs et des harkis en 2005.
    - Article 4 abrogé, remettait en cause la liberté de recherche.
    - Article 3 conservé : permet la Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie.
Mémoire pas Histoire. Quelle sera sa fonction?  Crainte d'un financement aux dépends de la recherche universitaire et intervention des groupes de pression (Crise de civilisation, tyrannie de la mémoire?)
Inauguration en juin 2007 d'un mur à Perpignan : noms des disparus européens pendant la guerre d'Algérie (pieds noirs).
Projet d'un mémorial à Rivesaltes : centre de regroupement des harkis.
50 ans du "17 octobre 1961" : affaire à suivre (BD, films, ouvrages, articles...)
         -Benjamin Stora : la dernière génération d'octobre, Hachette littérature, 2003.

La loi mémorielle de 2005 a avivé la " guerre des mémoires " entre la France et l'Algérie : cette dernière demande des excuses à la France sur la période coloniale mais la réconciliation entre les deux  reste  difficile. De part et d'autre de la Méditerranée on ne parvient pas à se mettre d'accord sur le système colonial.
 
B/ Une mémoire algérienne revisitée ...
 
1) Un nouveau contexte politique.            

1989 : création de la Constitution libérale.
- 1990-1991 : poussée islamiste.
- Janvier 1992 : interruption des élections législatives avant le deuxième tour, junte militaire et début de la guerre civile  (depuis les années 1990, plus de 150 000 morts) où se sont affrontés l'Etat et les groupes islamiques armés.
Les acteurs en lutte reprennent  les premiers termes de la première guerre algérienne (Harkis, traîtres, terroristes...) alors qu'il s'agit d'une autre guerre, celle des algériens entre eux confrontés à la question de l'unité nationale.
Il est toujours presqu'impossible d'avoir accès aux archives de la guerre.
2) De nouveaux débats mémoriels qui menacent le pouvoir en place.
 
De nouvelles interrogations surgissent  sur le besoin de comprendre ce qu'il s'est passé, d'expliquer pourquoi il y a eu occultation, ce qui traduit le malaise identitaire des Algériens.
En 1999, Bouteflika réintègre les pères fondateurs du nationalisme dans l'histoire officielle et rouvre les plaies des divisions du nationalisme algérien (débat : " qu'est-ce qu'être Algérien ? ").
Les historiens sont à nouveau censurés, poursuites judiciaires. Le ministre algérien de l'Education a exigé que les historiens invités à des conférences à l'étranger lui soumettent leurs communications.
Les bibliothèques doivent soumettre également leur choix à une commission du ministère de la culture.
3) Une Algérie qui se pose en victime ?


1990 : création en Algérie de la fondation du 8 mai 1945 pour " réagir contre l'oubli et démontrer que les massacres de Sétif sont un crime contre l'humanité et non un crime de guerre, comme le disent les Français, l'un des objectifs étant d'obtenir un dédommagement moral.
Cette tentative révèle la volonté de l'Etat algérien de garder l'union du peuple algérien face aux déchirements de la guerre civile. Cette commémoration doit rassembler tous les Algériens.
Visite de Bouteflika en France en 2000 : le chef algérien demande la repentance française  au président français. Le refus français entraine l'échec d'un traité d'amitié entre les deux nations.
 

Conclusion


 La mémoire de la guerre d'Algérie, "guerre sans nom", "de libération", "d'indépendance" se construit de manière différente de part et d'autre de la Méditerranée. Elle répond aux besoins affectifs de chacune des sociétés d'interroger leur passé pour pouvoir mieux appréhender le présent. Mais ces mémoires sont loin d'être consensuelles, elles évoluent en fonction des acteurs, des contextes politiques et sociaux.  Elles sont un enjeu directement  politique. En France, après une phase de refoulement de 1962 jusqu'à la fin des années 80, les mémoires étouffées émergent et se confrontent avec le risque d'un communautarisme qui déstabilise l'équilibre social. Ainsi le travail de l'historien est fondamental pour permettre de dépasser des conflits entre les mémoires en établissant avant tout les faits. Ce travail  est  devenu complexe en raison de l'apparition du législateur dans le champ de l'Histoire. Les « lois mémorielles »  renforcent en fait la dérive vers une relecture de l'Histoire du seul point de vue de ses victimes.  En Algérie, la mémoire officielle élaborée dans les années 60 pour affirmer la nation algérienne se radicalise aujourd'hui autour de l'anticolonialisme contre la France. Ceci permet d'exonérer les dirigeants de leurs responsabilités  dans la crise politique, économique et sociale algérienne actuelle.

Comment parvenir à la réconciliation des groupes porteurs de ces mémoires, mémoires qui s'emparent de l'Histoire?  La tâche est-elle insurmontable?
 
Exercice d'application : réalisation d'un organigramme sur les acteurs de la mémoire (l'exemple proposé peut servir de point de départ pour approfondir les mécanismes de la construction mémorielle)

organigramme
 
auteur(s) :

Loïc Cardinal, Arlette Icre-Robert et Nadine Grateau

éditeur(s) :

Claudie Ferchaud, webmestre

information(s) pédagogique(s)

niveau : Terminale L, Terminale ES, Lycée professionnel tous niveaux

type pédagogique : démarche pédagogique

public visé : enseignant

contexte d'usage : classe

référence aux programmes : Thème 1 - Le rapport des sociétés à leur passé (9-10 heures)
Question - Les mémoires : lecture historique
Mise en oeuvre - L'historien et les mémoires de la guerre d'Algérie.

ressource(s) principale(s)

monument-martyrs-Alger_pt.jpg le rapport des sociétés à leur passé : les mémoires de la guerre d'Algérie. 02/08/2012
Il s'agit à travers l'exemple des mémoires de la guerre d'Algérie, question d'actualité sensible, de montrer les rapports complexes des sociétés à leur passé.
histoire, mémoire, guerre d’Algérie, guerre de libération, guerre d’indépendance Loïc Cardinal, Arlette Icre-Robert, Nadine Grateau
Capture.JPG classe inversée : la fin de la IVème République et de Gaulle en Algérie 21/05/2015
aborder la chute de la IVème République française et le retour de De Gaulle dans une démarche de classe inversée...
De Gaulle, IVème République, 1958, guerre d'Algérie jean-françois loistron

documents complémentaires

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