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le Goncourt des Lycéens 2009 au lycée Montesquieu (Le Mans): bilan du professeur

mis à jour le 16/09/2010


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Les élèves de seconde 3 ont participé au Goncourt des Lycéens 2009. Leur professeur de lettres Odile Batteux-Marty, qui a travaillé avec le concours des professeurs documentalistes, dresse le bilan.

mots clés : lecture critique, lecture, prix littéraire, Goncourt


le Goncourt des Lycéens est dangereux!


Le Goncourt des Lycéens est dangereux! Il agite les cerveaux, ébranle les émotions, secoue les habitudes, excite les élèves, tourmente le professeur, laisse une trace indélébile...mais qui le regrette!
Il a pris son essor au lycée Montesquieu dans une classe de seconde générale.  L'entreprise est peut-être périlleuse à ce niveau, mais le challenge est d'autant plus enthousiasmant.  Le choix de la classe a été guidé par le souci de s'adresser au plus large public de lycéens possible. La seconde 3 réunit donc plusieurs langues vivantes 1 et 2, et toutes les options existant au lycée : italien  LV3, MPI, SES, Latin, Histoire de l'art, de façon à représenter des sensibilités diverses.  La plongée dans le Goncourt a ressemblé à un « rite initiatique » pour beaucoup de ces élèves qui viennent  d'horizons variés et n'ont en majorité aucune connaissance du monde de la littérature « adulte ».  Leur premier contact avec le lycée est passé par le C.D.I. où les documentalistes qui les accompagneront  dans l'aventure, Mmes Balasz et Viriat, les ont accueillis.  Une expérience de ce genre s'articule avec plusieurs objets d'étude de la classe de seconde- « Lire, écrire, publier » -  « L'argumentation et ses effets sur le destinataire » - « Les genres narratifs ». Elle offre la possibilité  d'aborder et de consolider les principaux apprentissages sur des supports en lien direct avec l'actualité.  Pour ce faire, mon objectif était d'introduire des approches variées, d'équilibrer les travaux écrits et l'expression orale précise. Mais pour une expérience aussi unique, il convenait de respecter et faire jouer la curiosité, les élans, parfois l'irrationalité...
 

une entrée privilégiée dans les textes littéraires

 
bandeau goncourt lycéen
 

Le moment de l'annonce a été un peu houleux, avec des réactions vives chez des élèves aux origines et à la personnalité très différentes.Néanmoins les explications ont intrigué et éveillé l'intérêt assez rapidement. Dès avant la publication de la liste Goncourt, la recherche au C.D.I. sur l'historique du prix a mis en oeuvre toute l'équipe participante tout en se familiarisant avec les outils de documentation. Nous avons également travaillé et réfléchi sur un corpus autour de la lecture, la manière de l'évoquer, ses effets, son pouvoir. Les élèves étaient donc à la fois engagés dans le programme et prêts pour la lecture intensive et les diverses activités du Goncourt. Et nous nous sommes lancés le mardi 22/09...

 

L'aventure a eu des temps forts et peu de temps faibles. Elle s'est mise en place avec des "acharnés" et des réfractaires ou paresseux : une classe dans la norme! Mais elle s'est poursuivie sans laisser personne dans la marge. J'ai tenu en particulier à ce que le nom de tous les élèves du groupe apparaisse dans le journal de bord final, quel que soit le moyen d'expression utilisé (écriture, dessin, photos), la quantité des productions et l'importance des engagements de chacun.
"L'entrée dans les livres" s'est faite systématiquement par comparaison, sur des corpus thématiques constitués d'un montage d'extraits de différents romans. La confrontation des différents textes permettait d'avoir un large aperçu des oeuvres et sujets traités et en même temps de saisir la spécificité de chacun, aussi bien du point de vue de l'histoire racontée que du style. Les élève ont fait preuve d'emblée d'une étonnante lucidité. Absence du frein de l'analyse traditionnelle? Des romans comme ceux de Y. Haenel (Jan Karski)  et de S. Chalandon (La légende de nos pères) ont engagé une réflexion sur l'acte de résistance, de témoignage, interrogé sur l'écriture autobiographique.
Nous avons utilisé Chalandon (la répression à Asq) et Mauvignier (l'entrée des soldats dans le village) pour mettre en relief les particularités de l'écriture de chaque écrivain et les effets obtenus. Les élèves ont été particulièrement sensibles à ces textes...qu'ils sont allés rapidement chercher au C.D.I. ensuite. De même les portraits de Véronique Ovaldé (Violette Bastamente), de Marie Ndiaye (Khadi Demba) et une sélection de ceux de Jean-Michel Guenassia ont surpris par leur variété de technique et de ton. Ils ont servi  de supports pour l'écriture d'invention de certains élèves qui ont fait le portrait des écrivains rencontrés. L'étude de critiques littéraires professionnelles, d'abord avec des brèves puis des articles plus conséquents a finalisé les apprentissages et donné une belle production d'articles critiques personnels.

 

des Tice au service de l'écriture et de la littérature

Mais l'occasion était belle de profiter de cette opération particulière pour innover et proposer des situations que les élèves n'avaient jamais expérimentées, en particulier pour l'écriture.

Le chargé des TICE, M.Benoit, professeur de SVT, a  créé pour la classe un "blog" sur le site internet du lycée et est venu expliquer son utilisation. Échanger à distance,  retravailler un petit article  aussi souvent que souhaité pour aboutir à une forme élaborée devenait possible. Conçu comme un espace de travail, ce blog avait un double enjeu : favoriser la spontanéité du discours et prendre conscience des exigences de l'écriture dite « d'invention ». Les élèves l'utilisaient essentiellement en module mais pouvaient poursuivre l'article ou en écrire de nouveaux à l'extérieur de la classe. Ils restaient mentionnés comme "articles en cours de rédaction" tant qu'ils n'étaient pas achevés. Je pouvais suivre à distance pour corriger, commenter, envoyer des encouragements ou des propositions: les élèves étaient avertis par un message intégré au système. Les articles étaient ensuite « publiés ». L'ordinateur permettait de plus d'avoir la trace de la première version, de comparer et voir l'évolution. Les élèves avaient bien sûr la possibilité de réagir et d'écrire hors de la classe en toute liberté, sous condition que ce soit correct. Le modérateur veillait !

J'ai remarqué avec intérêt et étonnement que même les élèves « bloqués » par l'acte d'écrire sur papier étaient capables de produire de petits textes tout à fait satisfaisants sur ordinateur, et parfois avec une belle rapidité. De toute évidence  l'écran a ouvert bien des avis et possibilités d'expression, par l'aspect ludique sans doute, mais aussi parce que les élèves semblaient avoir avec lui une sorte d'intimité que j'ai perçue comme assez étrange, mais efficace ! En définitive le site internet du lycée a comporté une cinquantaine d'articles. Presque tous ont été transférés sur le journal de bord de la classe.

 

une pratique active et formatrice de l'oral


 
Les outils technologiques ont aussi été utilisés pour projeter des extraits de l'émission "La grande librairie" de France 5. J'ai choisi le roman le plus lu dans la classe à ce moment là, et nous avons écouté l'interview de Delphine de Vigan. Il a été complété par la lecture de l'article de B.Pivot sur Les heures souterraines.
Les élèves ont ainsi pu réfléchir aux composantes d'une intervention orale et commencer avec un peu de matière leur première présentation orale d'un roman lu, suivie d'un mini-débat.
L'évènement majeur pour les élèves a été la présence d'un journaliste et l'introduction d'une caméra de FR3 dans la classe. Moment de stress et de curiosité pour eux. Et tension maximum pour l'enseignante...
Dans cette situation inédite la crispation a vite cédé et les élèves ont retrouvé la voie de l'expression orale et même du débat contradictoire. Le reportage a été diffusé le 7/10 dans les deux éditions régionales.
Tous ceux qui ont « osé » ont eu la satisfaction d'avoir dominé une situation de prise de parole inhabituelle, et la fierté d'avoir surmonté l'épreuve. Les autres étaient ...« honorés ». Pouvoir de l'image et des media, qui ont contribué cependant à donner de l'élan à l'expérience.
Les élèves ont pris ainsi l'habitude de proposer leur vision d'une œuvre en début de cours, d'en lire des extraits, d'abord timidement puis avec de plus en plus de conviction. Plus guère d'hésitation à dire sa désapprobation ou son enthousiasme. Par contre l'argumentation ne suivait pas toujours...les autres élèves demandaient alors eux-mêmes les justifications ! Tous ont compris que pour pouvoir partager une opinion, une culture, il faut savoir s'exprimer avec précision et ne pas se laisser aller à des avis « à l'emporte-pièce ».
Un "salon littéraire" a également été organisé de 12H à 13H pour les autres élèves du lycée: présentation de l'expérience et de différents livres lus, réponse aux questions des participants. Plusieurs collègues sont aussi venus et ont questionné. L'assurance de mes volontaires contrastait avec les débuts. Quel chemin parcouru !
Le jeudi 5/11, dans la salle des actes du lycée, lors du débat final pour l'élection, les discussions ont duré deux heures,  parfois ponctuées de prises de position virulentes. C'était la marque d'une autonomie conquise. J'étais assistée du professeur d'histoire et de mathématiques. L'interdisciplinarité et la dimension civique ont bien fonctionné pendant l'opération et je remercie en particulier M.Blancs qui a éclairé Alias Caracalla.

 

Une ouverture enrichissante de la classe sur l'extérieur


L'expérience la plus précieuse a cependant été pour les élèves celle des rencontres.
Elles se sont succédé à un rythme  rapide et en pleine effervescence. Elles devaient être « motivantes » ; elles se sont révélées passionnantes.
Rencontre des écrivains à la 25è heure du livre au Mans les samedi 10 et dimanche 11 octobre : Guenassia, Levy, Chalandon, Haenel.
Rencontre avec d'autres écrivains à Nantes le vendredi 16/10 : Guenassia, Chalandon, Ovaldé, Foenkinos.
La découverte de la dimension humaine de la littérature ! Elle devait peut-être passer par ce contact direct, parfois humble, avec des hommes-écrivains qui ont accueilli leurs jeunes interlocuteurs et ont su étonner, captiver, émouvoir, faire sourire. Ils ont émis une vibration qui souvent faisait écho à leur roman.
Les élèves sont entrés, sans en avoir réellement conscience, dans ce vieux débat de savoir si l'écrivain vivait dans son travail, si l'homme devait être connu pour pouvoir apprécier son œuvre, si la personnalité était déterminante pour la créer ou si la fiction était entière et indépendante. Ces interrogations ont été « mises en scène », en quelque sorte, et ont abouti à des remarques pertinentes et riches.
Le plus séduisant ? David Foenkinos à l'unanimité, pour sa décontraction, son humour, son art de la digression personnelle, plus ou moins calculée. Désir de plaire ont murmuré quelques-uns, mais si réussi !
Le plus marquant ? Sorj Chalandon. Dès la 25è heure du livre du Mans, il a profondément touché. Les élèves présents ont voulu garder un contact et ont pris son email. Quelque temps après ils ont reçu un message qui a frappé toute la classe par sa beauté. Aux rencontres de Nantes, ils ont été fascinés et émus. Les premiers ont eu l'impression d'un « secret » préservé entre lui et eux. Les autres ont senti « une faille », « une blessure », selon leurs propres termes, l'engagement et « la dignité d'une lutte ». Ils ont manifesté une admiration que je n'aurais pas soupçonnée et qui révélait l'intégrité de leur sensibilité.
Ces rencontres ont donc été humainement intenses. Une preuve toute simple : les élèves ont voulu être photographiés avec les écrivains, comme si une nouvelle familiarité était née, ont fait leur reportage photo ou utilisé l'appareil numérique du lycée pour les mettre en mémoire.
La journaliste Frédérique Bréhault les a aussi rencontrés pour un échange sur son métier et les livres en compétition. Détendus, perspicaces, ils ont été à la hauteur !
Et pour finir,  j'ai appris que ces élèves iraient aux rencontres nationales de Rennes les 10 et 11 décembre. Leur incroyable déception après l'annonce des résultats des candidatures m'avait fait envoyer un mail en forme de "bouteille à la mer" à l'association, et grâce à un désistement, il a eu une suite positive.
Ce fut pour eux une récompense méritée, et savourée, avec le plaisir de « voir tout le monde ».
Faire connaître le Goncourt aux autres élèves du lycée était aussi l'un des enjeux de l'opération. L'exposition pour le CDI, a été soigneusement préparée par un groupe d'élèves volontaires, et affichée.
Le jeudi 15/10, ce fut dans un certain sens une rencontre aussi, entre les élèves et leurs autres enseignants. Tous  les collègues de l'équipe pédagogique ont accepté d'accompagner  une journée dédiée à la lecture, « un jour, un livre », et s'y sont joints pour pendant leur propre heure de cours ou de TD ou de TP.
Il s'agissait au départ de faire avancer plus vite l'opération Goncourt, en donnant du temps aux élèves au sein du lycée. Mais certains ont vu leurs élèves métamorphosés en jeune lectorat averti, et ont pris plaisir à discuter de leur livre ou de leurs travaux, ou ont lu avec eux...à la surprise cette fois des disciples !
 

information(s) pédagogique(s)

niveau : 2nde

type pédagogique : démarche pédagogique

public visé : enseignant

contexte d'usage : classe, espace documentaire

référence aux programmes :

ressource(s) principale(s)

GDL08.gif participer au Goncourt des Lycéens 20/11/2017
Chaque année, des classes de lycéens participent au Goncourt des Lycéens en relation avec les magasins FNAC de proximité (Angers, La Roche S/Yon, Le Mans, Nantes).
lecture, jury littéraire, lecture critique, prix littéraire
GDL08.gif participer au Goncourt des Lycéens 16/09/2021
Chaque année, des classes de lycéens participent au Goncourt des Lycéens en relation avec les magasins FNAC de proximité.
lecture, jury littéraire, lecture critique, prix littéraire

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