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comment aider mes élèves à entrer dans l'échange oral ?

Dire au lycée professionnel

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Comment enseigner l'oral ? Comment étayer l'oralité des élèves ? Quelles places dans nos enseignements ?



I. L'oral, comment l'enseigner ?

  • Que fait - on quand on « parle » au LP ? 

Trop souvent réduite au cours magistral dialogué, engageant des échanges de l'enseignant vers l'élève et rarement des élèves vers les élèves, la pratique de l'oral occupe néanmoins une place importante  dans  les  programmes  de  la  voie  professionnelle.  L'autorisation  de  la  parole  de l'élève se fait la plupart du temps lors de travaux de groupes s'appuyant sur l'interaction verbale comme vecteur d'apprentissage. Enfin les oraux préparés font rarement l'objet d'un réel apprentissage de l'oral en tant que fait de langue.
Pourtant l'oralité se définit aussi par sa pluralité, il n'y a pas un type d'oralité mais bel et bien une diversité des situations et des modalités à déployer. Que font les élèves de la voie professionnelle quand  ils  parlent  en cours ? Une partie des échanges échappent parfois au  contrôle de l'enseignant. Et dans une culture de l'écrit, l'oral est souvent associé à la spontanéité, pratiquer l'oral en classe se mue alors en un cours où alternent questions et réponses, expressions de ressentis ou réflexions, et s'achève au mieux en débat improvisé. Mais le travail de la parole implique d'autres apprentissages : lire à haute voix, donner des impressions, s'exprimer dans un débat, rendre compte et exposer, jouer des rôles, créer des activités, échanger entre pairs et coopérer. Il participe ainsi activement au développement d'une intelligence interpersonnelle qui se construit lors de l'émission d'hypothèses, de la confrontation des impressions,
de l'identification du locuteur et de sa position, ou encore de l'insertion dans une situation  de communication directe prenant en compte l'auditoire. Aussi la force de l'éloquence sert des stratégies  d'argumentation.  La  construction  de  la  parole   devient  alors  construction  personnelle de l'élève qui prend confiance et affirme ses choix.

  • Mettre en place des situations développant des capacités 

Joelle Keraven classe les activités pratiquées selon cinq genres d'oralité : l'oralisation  de la parole de l'autre (théâtre, lecture, compte-  rendu), son appropriation (jeu de rôles et exposés), le débat, l'expression de sa propre parole,  une oralité réflexive ou de retour en arrière (rendre compte, traduire une pensée écrite, relevé d'indices...)

  • Proposer une évaluation constructive 

La nature linéaire du discours oral excluant tout retour en arrière rend difficile son évaluation.
En effet, comment proposer des moments d'écoute et d'analyse pour dégager des critères de réussite (réécoute comme des brouillons) ? Comment revoir ses performances pour réajuster ?
Comment  évaluer la réception et l'écoute? Chronophage, indicateurs de  réussite difficiles à expliciter ou synthétiser, l'évaluation de l'oral impose pourtant une nécessaire régulation incluant les élèves dans l'élaboration des critères de réussite, au risque sinon d'incompréhension. Il convient donc de s'interroger sur ce qui peut s'évaluer ou s'auto-évaluer, et d'avoir une connaissance  des  différentes  productions  d'oralité.  Enfin,  la  parole  fluide,  par  essence  fugace n'est-elle pas difficile à cerner, comment construire alors une trace de cette parole,  et  finalement que reste-t-il d'une séance d'oral?
L'évaluation  de  l'oral  devrait  mettre  en  évidence  des  capacités  d'action   soucieuses  des  circonstances de production et de réception (situation de communication), des capacités discursives (choix du discours et de son contenu), des capacités linguiste-discursives (l'emploi des « matériaux » qui entrent dans  la composition du message oral,  efficacité des moyens langagiers, indices de temps, systèmes verbaux...)
Si en fin  de trimestre, on peut attribuer à chaque élève une note  « générale »  d'oral sur 20,  il faut garder à l'esprit qu'il doit s'agir d'une notation positive, conçue pour encourager et développer la pratique de l'oral et non pour rebuter les élèves. Une bonne  solution serait de pratiquer l'auto-évaluation. Cette démarche possède le mérite d'amener l'élève à s'interroger sur les points forts et les points faibles de son travail oral selon cinq critères : fréquence de la participation  orale,  respect  des  autres qualité  de  l'expression  orale  (langue,  élocution),  pertinence  des  interventions  orales  (à  propos,  intérêt,  argumentation),  progrès  réalisés  dans  la participation orale.

Enfin l'élaboration de critères de réussite et d'évaluation s'inscrit en regard des capacités mises en jeu : qualité du tri de l'information, oublis éventuels dans la prise de parole avec des retours en arrière, hiérarchisation de l'information, explications, commentaires, la mise en voix du discours oral (niveau sonore, débit, diction, registre de langue, élocution, intentions et intelligibilité du discours, expressivité, lexique, ton, contrôle de soi...)

  • Quelques exemples de productions orales préparées avec leurs critères d'évaluation 

II . Comment étayer l'oralité des élèves ? 

Le langage de  certains  élèves n'est pas le langage courant. Il reflète une méconnaissance des règles  syntaxiques,  un  lexique  pauvre  émaillé  de  mots  vulgaires.  Ces  élèves  n'en  ont  pas conscience car c'est ainsi qu'ils se parlent entre eux. Je me heurte donc à un manque de civilité,  à  des erreurs de français,  à  un développement lacunaire,  à  une parole atone, parfois désorganisée. De fait, la maîtrise de l'oralisation n'est pas une finalité en soi pour eux.

  • Par des situations formatrices pour mes élèves ? 


  • Par une pédagogie de projet et une progressivité des apprentissages

Par  une  pratique  régulière  et  structurée,  les  compétences   se  construisent  progressivement.
Ainsi, les projets sollicitant l'oralité des élèves s'avèrent être de bons moteurs d'apprentissages et d'ancrage de pratiques discursives oratoires.
Ainsi, il est possible de construire un parcours progressif sur trois ans en Bac, allant de l'expression de ressentis à la mise en scène d'un discours délibératif.


En Seconde : L'expression  de ressenti  (cercle de lecture, boite-  livre...)  peut se travailler par  l'écoute  de lectures audio (parcours de personnage : un parcours de lecture lu en audio), la  lecture  à  haute  voix,  la  reformulation,  l'interview  de  professionnels  dans  le  cadre  de  la construction de l'information...On peut imaginer la proposition  de  cercles  où  chaque élève d'un groupe lit un passage de texte et fait un geste. Cela donne une déclamation collective et une chorégraphie succincte qui nécessite que l'on fasse attention à l'autre car il ne faut pas de temps d'arrêt pour la fluidité du texte et du jeu.  La joute oratoire autour d'un livre est une pratique intéressante qui suppose au préalable la réalisation d'une critique et qui change de la  fiche de lecture. L'oral en Seconde est donc fortement centré sur la restitution.


En Première : Apprendre à débattre et construire sa parole dans le respect d'autrui appuient la  formation  citoyenne  des  élèves.  De  multiples  activités  peuvent  être  imaginées :  Dire   un réquisitoire ou plaidoyer (oral étayé par une préparation écrite), participer à des débats académiques ou départementaux, soutenir un rapport de stage, analyser des discours audio (combat contre l'injustice), lire un texte engagé en mettant le ton et en le jouant, écouter le passage d'une émission de radio en lien avec un objet  d'étude (homme face aux... : émission science publique avec ses très bonnes introductions). L'accent est mis sur la reformulation d'idées, l'expression d'une stratégie d'argumentation.


En  Terminale,  l'épreuve orale de contrôle exige d'être capable d'analyser une œuvre et de la présenter à l'oral.

Les élèves sont placés  en situation  pour utiliser ces procédés : production  d'un discours argumenté à l'oral autour d'un axe de lecture d'une œuvre : par exemple « En quoi la lecture de la Peste interroge-t-elle le lecteur sur le Mal et la barbarie ? ». Je pense qu'il faut un travail en groupe  (sur une même œuvre) afin qu'ils définissent des critères et évaluent.  Cette modalité permet au professeur circuler, d'observer, de prendre des notes.
Il est attendu des élèves de Terminale qu'ils sachent  mettre en scène leur parole dans un discours, qu'ils soient capables de prendre en compte le point de vue d'autrui et d'entrer en contradiction. L'objet  d'étude  la  « parole en spectacle » permet  une analyse plus fine des procédés oratoires nécessaires à toute dialectique.

Au fil des  années,  il semblerait opportun  de proposer aux élèves des ressources lexicales (des tournures de phrases, des mots qui reviennent à l'oral et qui structurent la parole  dans une  situation  contextualisée).  Sans  heurter  les  sensibilités,  pourquoi  ne  pas  synthétiser  les types d'erreurs rencontrées en faisant repérer les mimiques, les répétitions, les tics de langue  ?
Le professeur pourrait aussi disposer d'un discours enregistré avec des fautes qui ressembleraient à celles de ses  élèves, ou  le produire.  Ce travail pourrait permettre la mise en œuvre d'une analyse grammaticale d'un discours et serait porteur de sens car très concret.
Enfin le programme de baccalauréat professionnel tend à l'éclosion d'attitudes civiques, à la pratique  du  débat  citoyen  dans  une  éloquence  au  service  des  idées  et  en  interférences avec autrui. La place accordée à l'apprentissage de l'oral est donc capitale.

III. Quelle place dans nos enseignements ? 

L'évaluation de l'oral participe dans la voie professionnelle à l'obtention de plusieurs épreuves d'examens : en Histoire-Géographie-Education civique pour le CAP, puis à l'épreuve orale de contrôle en Bac professionnel.
  • Au CAP : oralité, insertion, altérité 

Le programme pose clairement ce qu'est l'échange oral en trois mots clés :  écouterréagir, s'exprimer.  Cela présuppose  le  choix  d'un  destinataire identifié, une utilisation correcte des codes de la langue et une prise en compte des usages sociaux et personnels. Les élèves sont enclins à dire et à se dire, mais aussi à prendre leur place dans les débats contemporains. Continuer et améliorer l'apprentissage de la langue en CAP, c'est donner aux candidats les moyens de se construire en parlant d'eux, de s'insérer  socialement et professionnellement, de fonder des savoirs en rendant compte...

Les activités orales se structurent autour de  quatre axes :  l'apprentissage de la voix  (clarté, diction, lecture à haute voix ...), l'écoute et la prise en compte de la parole de l'Autre (prendre des  notes,  suivre  un  débat,  reformuler,  commenter,  réfuter),  l'affirmation  de  soi  dans  le groupe et dans l'univers professionnel  (se présenter, expliquer, raconter une activité, tenir un rôle), l'échange et l'action orale.

  • Au Baccalauréat professionnel : oralité, civilité, et rapport au Monde 

En  Histoire-Géographie-Education  civique,  les  situations  de  participation  orale  des  élèves alternent  les  oraux  spontanés  comme  l'interrogation  en  début  de  séance,  les  situations d'échanges  autour d'une recherche en groupe et les oraux préparés comme l'exposé, le débat, le jeu de rôles ou encore l'écoute et le questionnement d'un intervenant  extérieur.  Lorsque les élèves restituent les connaissances de la séance précédente,  les questions  peuvent être posées soit par le professeur, soit par les élèves. Il est important de les faire reformuler et clarifier (mesurer la compréhension d'un mot, d'une notion). Un élève qui pose les questions peut être évalué sur la pertinence et la clarté de ses questionnements. Mis au travail sur des dossiers documentaires  autour  d'une  problématique  et/ou  d'une  tâche  complexe,  les  élèves  peuvent dans la relation entre pairs échanger et construire leur restitution. La critique des documents mène à la présentation synthétique des informations contenues dans la série documentaire, à la  reformulation  d'idées  et  au  compte-rendu.  Puis,  pour  raconter  ou  décrire,  il  convient  de produire un récit vivant et de faire vivre les personnages, les situations. Lors des  débats, un thème de réflexion  est proposé aux élèves, avec un dossier de documents variés (mis à disposition par le professeur ou recherchés par les élèves), par exemple sur la laïcité ou la justice.
Un élève peut être désigné " président de séance ", et aura comme tâche de donner la  parole aux autres élèves en appliquant les règles d'équité. Ainsi expression limpide sur un sujet donné, l'écoute d'autres opinions démontrent les qualités propices à la prise en compte des arguments  et  objections  pour  modifier  ou  nuancer  son  point  de  vue.  Lors  de  jeux  de  rôles,  les élèves s'identifient à des personnages, à des catégories sociales, à une situation historique ou à une situation actuelle (par exemple : un procès en cour d'assises).


Le travail se prépare en groupes. Lors des mises en commun  il est possible de prendre des notes à partir d'une fiche-guide.


Ainsi, le programme de Français invite directement les élèves à entrer dans l'échange oral et à exprimer leur conviction, leur engagement et leur désaccord,  à prendre en compte la parole d'autrui et à s'impliquer de manière conscience dans les propos tenus.  Amené à prendre position à l'oral dans des débats de société au nom de valeurs, l'élève apprend donc à intégrer dans son discours l'avis de spécialistes ou les exemples tirés des fictions qu'il a lues « Prendre en compte le point de vue de l'autre, le reformuler objectivement  ».  Placé en situation d'orateur, il doit écouter pour répondre, recourir à la modalisation pour soutenir son point de vue, confronter  les  points  de  vue  antagonistes  lors  de  débats  en  classe  ou  télévisés,  lors  de  tables rondes pour prendre en compte les différentes positions autour d'un sujet. Le programme est bâti selon une logique qui amène à se construire dans le débat : présenter  son opinion  (en  seconde), entrer en  contradiction avec autrui, s'impliquer dans son propos  (en  première), confronter ses valeurs aux valeurs collectives (en classe terminale).


On rencontre enfin cette capacité fondamentale, « situer la visée d'une parole dans son contexte ». « Comprendre comment la mise en scène d'une parole contribue à son efficacité » : il s'agit là de la capacité essentielle pour argumenter, en réception et en production.
En réception : ce qui m'a convaincu quand j'ai entendu ce discours, vu cette image, assisté à cette scène, n'est peut-être pas si convaincant « à froid » ; il s'agit donc de réexaminer pour penser « juste ». En production : je n'oublie pas que l'adhésion de mon interlocuteur, de mon lecteur, dépend de la qualité de mes arguments mais aussi de leur mise en  spectacle (rhétorique à l'écrit, mise en scène à l'oral), je travaille donc aussi cet aspect de mon discours.
C'est pourquoi il est probablement judicieux d'essayer les transpositions de discours politiques à une autre époque, de mettre en voix une prise  de position, un extrait de théâtre à partir d'un carnet de mises en scène.

Pour conclure

L'oral dans les programmes de la voie professionnelle a pour objectif de construire une culture ouverte  sur le monde. Les situations d'oralité servent aussi à réactiver des savoirs méthodologiques : mémorisation, travail de la voix, du corps,  travail sur l'espace, l'expressivité...La pratique de l'oral  permet de diversifier les situations d'apprentissage, elle rend les cours  plus  vivants  et  les  élèves  se  sentent  davantage    impliqués.  L'intelligence  interpersonnelle se développe et  l'apprenant  devient capable de s'évaluer  mais aussi d'évaluer autrui. La prise de parole  devient une  prise de risque encadrée et accompagnée qui rassurel'élève tout en  le préparant  à la vie d'adulte et aussi à gérer l'imprévu. La dimension argumentative de l'oral  est  donc  fortement  inscrite  dans  les  programmes,  et  si  l'oral  peut  préparer  l'écriture, l'écriture peut aussi étayer l'oralité  (c'est le cas notamment dans la préparation des débats ou l'entrainement à la lecture expressive par exemple).  Enfin l'entrer dans l'échange oral participe fortement à la construction de compétences civiques et sociales, car la maîtrise de l'oral implique  une  connaissance  des  règles  du  discours  et  des  civilités.  Les  pratiques  d'oralité favorisent donc la socialisation et la coopération.  Elles consolident l'estime de soi  et favorisent  le plaisir d'apprendre à dire et  à  dépasser les obstacles pour s'incarner au présent.
 

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