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République et communauté, Jean-Fabien Spitz

mis à jour le 17/07/2007


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Les républicains objectent aux communautarisme d'engendrer une régression infra-politique propice au renforcement des inégalités et servitudes (dépendances et déférences), ce qui risque d'entraîner un repli identitaire. C'est pour éviter une telle issue que les républicains (comme chez Skinner et Pettit) tâchent de reconstruire une synthèse entre la liberté et la loi politique qui la fonde.

mots clés : philosophie, politique, droit, justice, république, communautarisme, spitz


Compte rendu


Nous vous remercions vivement, Monsieur SPITZ, de l'extrême clarté et de la forte densité de votre propos, deux qualités toujours difficiles à tenir ensemble.

Vous avez d'emblée centré ce propos sur la convergence entre républicains et communautariens à l'encontre des tenants de la République procédurale (selon des libéraux comme Rawls ou Dworkin), essentiellement caractérisée par la neutralité éthique (substantielle) d'un État seulement soucieux de la compatibilité juridique (formelle) des choix des particuliers.

Les républicains objectent à cette philosophie politique libérale qu'elle engendre une régression infra-politique propice au renforcement des inégalités et servitudes (dépendances et déférences), ce qui risque d'entraîner un repli identitaire. C'est pour éviter une telle issue que les républicains (comme chez Skinner et Pettit) tâchent de reconstruire une synthèse entre la liberté et la loi politique qui la fonde.

C'est aussi, paradoxalement, pour contrer des replis identitaires régressifs que les communautariens (notamment Sandel, dans « Mécontentement de la démocratie ») tentent de resubstantialiser éthiquement la vie politique sous la forme d'une confrontation publique seule  susceptible, selon eux, de sauvegarder le pluralisme et de promouvoir l'autogouvernement collectif comme souverain bien politique, le vivre bien l'emportant sur le seul vivre ensemble. Vous tenez donc tout particulièrement à dédouaner la philosophie communautarienne des perversions les plus régressives qu'on lui attribue le plus souvent, comme la crispation identitaire, notamment de type nationaliste.

Vous nous rappelez, toutefois, les fortes objections qui dès la fin du XVIIIè et le début du XIXè siècles (chez d'Holbach et Mme de Staël notamment) ont été faites aux communautariens, comme aux républicains, pour contrer l'impératif moral substantiel (de liberté mais surtout d'égalité) sur lequel ils fondent le vivre ensemble : un tel impératif éthique collectif ne pourrait manquer de desservir l'accomplissement des individus, dont l'aspiration légitime à l'indépendance privée alimenterait des inégalités légitimes qui se montreraient, de surcroît, le plus utiles socialement.

C'est ainsi que vous concluez votre propos sur le paradoxe libéral selon lequel c'est dans sa volonté même de participer à l'exercice de la souveraineté que le peuple finit le plus sûrement par s'aliéner à des chefs qui l'usurpent en son nom.

ÉLÉMENTS DU DÉBAT

La question a d'emblée été posée de savoir si la pensée communautarienne, bien plutôt que de s'opposer à la pensée libérale, ne s'accorderait pas avec elle au moins en ceci, qui est essentiel, qu'en justifiant la diversité culturelle de fait elle rencontre de plus en plus souvent la revendication de la liberté individuelle pour alimenter une « politique de reconnaissance » des droits (comme chez Charles Taylor) qui travaille, de fait, à la destitution du cadre juridique formel qui rend possible le vivre ensemble. La volonté louable de ne pas caricaturer les positions en présence ici, notamment en démarquant la pensée communautarienne de l'idéologie communautariste, ne fait-elle pas demeurer le propos dans le domaine théorique, d'ordre essentiellement moral en ce cas, alors qu'il pourrait paraître souhaitable de le confronter au devenir historique des pratiques politiques qui se réfèrent plus ou moins aux doctrines en question ? Si, par exemple, aucun des penseurs communautariens ne semble en appeler à une mosaïque de communautés fermées, comment ne pas reconnaître que la demande de reconnaissance de droits culturels collectifs nourrit de plus en plus de revendications d'allure séparatiste qui, à l'encontre de la repolitisation escomptée du vivre ensemble, oeuvrent à la fragmentation de l'espace public. remettant ainsi de plus en plus à la logique d'une force plus ou moins euphémisée ce qui jusque-là relevait du seul droit ?

En réponse à la question de savoir quel traitement théorique la pensée communautarienne propose des rapports de force qui travaillent la démocratie contemporaine (étudiés par la sociologie politique notamment), il a été redit que cette pensée semble bien constituer la meilleure synthèse entre la démarche procédurale susceptible de faire admettre l'intérêt bien compris qu'il y a à vivre ensemble (ne serait-ce que pour survivre) et la référence morale à un bien commun, seule réellement capable de faire reconnaître toute la dignité d'un vivre ensemble alors sublimé en bien vivre ensemble. Mais cette référence à un bien commun repose-t-elle vraiment sur une discussion publique formelle, ou ne relève-t-elle pas d'une tradition culturelle substantielle ? Si le rapport à la tradition qui alimente de plus en plus « la politique de reconnaissance » n'est pas toujours de l'ordre de la répétition dogmatique mais relève parfois d'une réappropriation interprétative, peut-on méconnaître le fait que c'est bien l'argument d'autorité qui commande finalement l'observance d'un bien perçu comme substantiel : ce qu'il peut y avoir de procédural dans la politique communautarienne ne dépend-il pas, en fin de compte, de ce qui est considéré comme fondamental et qui échappe par là à toute discussion soucieuse de la seule autorité de  l'argument le meilleur ?

Autrement dit, la nécessaire et de plus en plus urgente synthèse de l'exigence éthique de l'autogouvernement collectif (le choix substantiel de la liberté politique comme souverain bien) et de la médiation de la confrontation publique entre les diverses conceptions de ce bien (la procédure pluraliste) peut-elle vraiment être recherchée du côté de la pensée communautarienne ? Le penser n'est ce pas républicaniser la référence communautarienne puisqu'il s'agit là, précisément, de la synthèse républicaine de l'universel abstrait (la formation juridico-politique de la volonté générale par le biais du débat public selon la seule autorité de l'argument le meilleur) et de la particularité éthique (la vertu, qui est l'amour de la loi qui fonde la liberté et l'égalité), ou encore la synthèse de l'un (libéral, procédural, formel) et du multiple (communautaire, culturel, substantiel) ? Quelles sont donc, s'il y en a, les différences entre les synthèses républicaine et communautarienne de ces deux exigences, morale (le bien éthique substantiel) et juridique (le juste procédural formel) ? Et plus particulièrement : quelle est l'exacte conception communautarienne des rapports de la loi et de la liberté (puisque c'est là que se trouve l'essentiel de la version « forte » du républicanisme de filiation rousseauiste) ? Laquelle de ces deux synthèses (si l'on peut et doit quand même les distinguer) paraît-elle le mieux à même de combattre le double devenir-monde actuel d'un libéralisme procédural qui désubstantialise tout vivre ensemble (en désenchantant le monde jusqu'à produire la cécité aux valeurs qui alimente les pathologies les plus anomisantes) et d'un communautarisme substantiel qui réenchante le monde jusqu'au réarmement moral d'identités culturelles qui exigent la reconnaissance de droits collectifs spécifiques, préparant (alimentant déjà) ainsi « la guerre des dieux » (selon l'expression de Max Weber) ?

Enfin, faut-il s'interdire toute référence dans un tel débat, de plus en plus urgent, à la « République en France » (au seul profit, théorique au moins, de la « Démocratie en Amérique »), à la fois dans sa réalité historique (la laïcité, c'est-à-dire la séparation de l'État et des églises -mais aussi des communautés-, tout comme de l'école et de la société civile) et dans son idée théorique : sa fondation rousseauiste et condorcetienne, qui fait résurgence aujourd'hui dans le « débat français » à l'occasion des circonstances politiques (construction de l'Europe, affaire du voile islamique, réforme permanente de l'école ... ) ? Pourquoi cette réticence à l'égard du débat français, que semble partager la quasi-totalité des tenants français des débats américain et allemand et qui ressemble à une disqualification théorique et pratique (tout particulièrement quant à l'école qui, dans ces derniers débats, semble bien faire figure de quasi-impensé, sous le coup d'un consensus libéral-communautaire qui peut paraître bien pesant car bien pensant) ?

Rédacteur (de la synthèse) : Joël Gaubert
 
auteur(s) :

Joël Gaubert

contributeur(s) :

Société Nantaise de Philosophie

information(s) pédagogique(s)

niveau : Terminale, enseignement supérieur, classes préparatoires

type pédagogique : connaissances, leçon

public visé : enseignant, élève, étudiant

contexte d'usage : non précisé

référence aux programmes : La politique, La société, La justice et le droit, L'État

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