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histoire des arts : une année d'enseignement

mis à jour le 14/06/2011


projet histoire des arts

Quelques enjeux d'enseignement de l'Histoire des Arts avec en premier lieu la question de l'œuvre d'art et de sa place dans les savoirs et les apprentissages au Collège.

mots clés : évaluation, bilan, interdisciplinaire, carquefou, HdA, Histoire des Arts


un bilan sur la mise en œuvre de l'enseignement de l'Histoire des Arts au cours de l'année 2010/2011

On ne peut dresser le bilan d'une année d'enseignement de l'Histoire des Arts sans au préalable en rappeler quelques enjeux importants et en premier lieu s'interroger sur le sens de l'œuvre d'art et sa place dans les savoirs et les apprentissages au Collège. Sans nul doute les pratiques, les cultures personnelles et professionnelles des enseignants sont hétérogènes, les représentations mêmes de ce que l'on nomme œuvre multiples. Se posent dès lors des questions qui menacent la mise en place sereine, équilibrée de ce dispositif nouveau au sein des équipes pédagogiques. Comment, par exemple, éviter que l'œuvre soit perçue comme simple support d'un contenu disciplinaire et, qu'au contraire, celle-ci permette de tisser des liens autant conceptuels que sensibles entre les différents enseignements ? Comment à la fois donner à penser et à voir en utilisant des stratégies didactiques et des champs notionnels différents, pour permettre à l'élève de construire un regard personnel, distancié, voire critique ? Il s'agit bien de mettre en place un travail interdisciplinaire cohérent et ouvert. C'est l'un des enjeux majeurs de cet enseignement.

La Philosophie de l'Art et l'Esthétique apparaîtront utiles, en dehors du seul cercle des spécialistes, pour penser l'œuvre d'art qui nous fait face, instituée car toujours à un seuil de visibilité fragile, en deçà et au delà de toute parole. D'une certaine manière nous ne la percevons que dans un va-et-vient paradoxal, fait d'éloignements et de rapprochements successifs. Par les images, les mots, les discours, qu'ils soient savants ou non. Je mets l'œuvre à distance en la situant dans son contexte, sa généalogie, sa postérité. Je m'en approche pour mieux saisir sa présence matérielle, ses qualités perceptives. Elle résiste car je ne peux en appréhender toutes les dimensions, condamné d'avance à l'incertitude de toute interprétation. Comme l'exprime Maurice Merleau Ponty dans son dernier écrit L'Oeil et l'Esprit, essai lumineux sur les rapports entre l'objet d'art, sa perception et la condition même de spectateur : Chaque création change, altère , éclaire, approfondit, confirme, exalte, recrée ou crée d'avance toutes les autres (2).

Face à la complexité de toute œuvre comment porter un discours intelligible, qui conserverait une part de spontanéité ? Et pour revenir au cadre scolaire, quelle place accorder à la pratique de l'oral ? Le fait que l'élève doive idéalement conduire une réflexion transversale sur l'œuvre qu'il appréhendera la plupart du temps sous forme de documents et de reproductions, et non par ce contact direct si précieux dans l'espace du Musée ou autres espaces culturels, n'apparaîtra pas ici comme le moindre des paradoxes à surmonter. Aussi, il n'est à ce titre pas inutile de rappeler qu'une œuvre - quel que soit le médium ou le domaine artistique concerné - ne possède pas comme seule fonction d'illustrer l'Histoire, elle s'en affranchit souvent, notamment à l'entrée du XXème siècle avec la naissance des Avant Gardes. Subjectivité de l'artiste, remise en cause de l'Illusionnisme et des académismes de toutes sortes, fonction critique face aux sociétés bourgeoises et l'ordre établi, abolition des frontières entre les disciplines (3) en sont quelques-unes des manifestations les plus évidentes. L'invention du cinéma et la conscience d'une nouvelle Modernité induisent, par exemple, de nouveaux rapports au réel dans les Arts Visuels ou la Littérature. Questions artistiques qui traverseront le XXème siècle et peuvent facilement s'inscrire dans l'enseignement de l'Histoire des Arts en classe de 3ème.

Comment dès lors porter le projet d'une culture partagée en évitant le plus petit dénominateur commun ? L'objectif pourra sembler difficile à atteindre dans les contraintes imposées par cet enseignement qui ne constitue pas une véritable discipline mais qui s'inscrit dans celles existantes - au risque des raccourcis et des confusions - , sans moyen ou temps de concertation nouveau. Aussi, prendre conscience de ces difficultés ou ces contradictions doit permettre de faire des choix appropriés dans les contraintes - notamment horaires - propres à l'Histoire des Arts (décider de ce qui est important, synthétiser, rester au cœur de sa discipline) et aller dans le sens de l'Artistique (à penser comme question ouverte sur soi et le monde).

 

l'enseignement de l'Histoire des Arts et sa mise en place pour l'année 2010-2011

Au Collège Gérard Philipe de Carquefou trois demi-journées de concertation en février et juin 2010, suivies de trois réunions - les premières en septembre et décembre sur la mise en place des contenus, la dernière en février 2011 sur l'évaluation du futur oral pour la classe de 3ème - ont pu donner une certaine cohérence au projet Histoire des Arts pour l'année 2010-2011. Ainsi les enseignants de l'équipe Histoire des Arts (une vingtaine au total) ont pu rapidement, à partir des programmes et de la chronologie retenue par ceux-ci, faire le choix d'un thème fédérateur unique pour chaque niveau. Une entrée simple, ouverte, connectée pour chacune à une ou deux thématiques des programmes du texte relatif à l'organisation de l'enseignement de l'Histoire des Arts. A titre d'exemple, en 5ème, sur la période d'étude du IX au XVII ème siècle le thème fédérateur choisi est celui du Portrait, thème qui met prioritairement en jeu (sans exclure les autres) les thématiques "Art, espace, temps" (3) et « Art, ruptures, continuités » (4) pour les 6èmes, Mythes et récits merveilleux ; pour les 4èmes, Révolutions et Arts. Cette structure, une fois mise en place, a été communiquée ; chacun pouvant, au fil de l'année, renseigner un tableau récapitulatif des projets dans la salle des Professeurs. Des échanges réguliers ont donc eu lieu, entre disciplines bien sûr mais aussi à l'intérieur d'une même discipline. Pour ce dernier point ce fut surtout le cas en Histoire, trois professeurs ayant, par exemple, construit collectivement deux fiches de travail sur Guernica et le contexte historique large dans lequel l'œuvre de Picasso prend place (Guerre d'Espagne, situation en Europe, chronologie, pour le niveau 3ème). Sans compter les multiples discussions et échanges électroniques entre les enseignants concernés par les différents projets de classe.

 

les projets

Il est intéressant, au terme de ce travail collectif, de spécifier davantage les projets menés. Pour cette année de mise en place, le niveau 3ème a été privilégié, et ceci est dû aux contraintes d'organisation et à la nouveauté du dispositif. Le thème Arts et Témoignages étant décliné en problématique commune (Art, un Contre Pouvoir ? L'Artiste face à l'événement historique ? Art, Récits et Relecture(s) de l'Histoire,...).

Les projets sur les autres niveaux de classe ont été plus modestes et ponctuels, en dehors d'un projet annuel d'une classe de 5ème associant Mathématiques, Histoire et EPS autour de l'étude de l'architecture de deux stades (Nantes et Saint Denis) et de deux tombeaux : celui des parents d'Anne de Bretagne (style encore très médiéval) dans la cathédrale de Nantes et celui de Louis XII et d'Anne (style Renaissance) dans la Basilique Saint Denis.

Toutes les classes de 3ème ont donc travaillé sur Guernica de Pablo Picasso (d'autres œuvres ont été aussi travaillées), avec des variantes et des choix différents en fonction des équipes. Il est intéressant de constater qu'à partir d'une même œuvre des parcours et des axes de travail différents ont été pratiqués. Les Professeurs d'Histoire et d'Arts Plastiques ont systématiquement participé aux projets construits autour de l'œuvre de Picasso, sur toutes les classes. Les premiers ont prioritairement traité du contexte de la Guerre d'Espagne, des éléments s'y rapportant de manière évidente dans l'œuvre . Les professeurs d'Arts Plastiques se sont, quant à eux, concentrés sur l'Analyse plastique de l'œuvre, sa généalogie (le Cubisme picassien notamment), ses liens avec des œuvres du passé. Dans plusieurs classes le professeur d'Espagnol a travaillé une biographie de Picasso avec les élèves, ce qui a permis un apport de vocabulaire et de connaissances.

Le plus souvent, suivant l'exemple de Picasso artiste - témoin de l'Histoire (expression communiquée aux élèves), les projets Histoire des Arts se sont déroulés à un moment précis de l'année, respectant la progression et la chronologie des Programmes d'Histoire. L'œuvre est étudiée à un instant t et les professeurs des autres disciplines concernées s'adaptent à cette contrainte (contrainte qui a empêché la mise en place de certains projets, à repenser pour les prochaines sessions). Un même projet peut accompagner l'élève sur une séquence ou sur une période plus longue de l'année ; avec l'avantage de pouvoir être enrichi, et d'y voir associer davantage d'enseignants. Cela a été le cas pour une classe de 3ème, avec le thème Henri Cartier Bresson, photographe témoin de l'Histoire, des images du fondateur de Magnum ayant régulièrement été étudiées dans le cours d'Histoire (sur L'Espagne Républicaine, Le Front Populaire, La Seconde Guerre Mondiale, La Décolonisation, La Mort de Gandhi, la Société de Consommation et Mai 1968) et reprises dans le cours d'Arts Plastiques. Ce dispositif a été apprécié par les élèves, qui semblent y avoir vu une plus grande cohérence et ont mieux perçu ce qui était attendu d'eux, en terme de connaissances notamment. L'avantage d'un travail de plus longue durée étant, aussi, de pouvoir mettre ces derniers dans une situation de recherche (pour cette classe : exemple de la biographie de Cartier Bresson), ce qui permettra de mieux évaluer les capacités et les attitudes des élèves, leur autonomie, leur esprit d'initiative (programmes officiels).

 

les temps d'évaluation et l'oral

Il convient de distinguer les temps d'évaluation à l'intérieur des disciplines (temps d'échanges et de verbalisation autour des œuvres, contrôle de connaissances, recherches documentaires, autre) et ce temps particulier de l'oral qui a eu lieu le 22 Avril. L'équipe du Collège Gérard Philipe a pu se réunir en Février en vue de la préparation de l'épreuve du DNB. La grille d'évaluation (5) a été élaborée et débattue lors de cette réunion, puis avalisée par le Chef d'établissement qui, rappelons-le, fixe en dernier ressort les modalités de l'épreuve. Sur toutes les classes de 3ème de deux à quatre projets ont été menés sur l'ensemble de l'année (plusieurs disciplines sur une même œuvre ), il a été décidé que l'épreuve consiste en un oral individuel, sur une œuvre choisie par l'élève parmi celles étudiées. Cinq minutes en suivant un cadre fixé par les enseignants, les examinateurs disposant ensuite de dix minutes pour poser des questions sur les autres œuvres présentes dans le classeur et sur les liens établis avec la thématique abordée en classe.

Le temps d'oral a laissé apparaître une réelle préparation, même modeste, de l'immense majorité des élèves, y compris ceux qui connaissent le plus de difficultés scolaires. Les informations minimales qui permettent de caractériser l'œuvre (type de production artistique, moyens techniques, date, lieu,...) ont le plus souvent été citées. Les élèves les plus fragiles pour ce qui est de la maîtrise de la Langue ont effectivement été en plus grande difficulté : la qualité de l'expression, la présence d'un champ lexical relativement large, et une capacité minimum à réagir face à l'imprévu s'avèrent indispensables à toute pratique de l'oral. Ce qui pourra permettre à l'équipe enseignante de repenser ou d'ajuster les contours de l'épreuve. Le fait que les classes n'aient pour beaucoup pas rencontré les œuvres réelles mais appréhendé celles-ci sous forme de reproductions a entraîné quelques confusions et contresens lors des prestations orales ; sur les dimensions des œuvres, l'effet physique qu'elle produisent dans l'espace réel de leur lieu de monstration ou de diffusion. Il apparaît de fait nécessaire de sensibiliser davantage les élèves aux différents moyens de reproduction d'une même œuvre, surtout visuelles (image numériques, affiches, cartes postales, agrandissements, échelle 1, détails,...).

 

bilan et prolongements possibles

L'Histoire des Arts oblige le travail en équipe ; les temps de réflexion qui ont eu lieu lors de réunions banalisées (deux-demi journées en début d'année scolaire) ont permis une mise en place progressive des projets. Rapidement, dès Octobre, des équipes ont pu se constituer. Cette relative anticipation a pu permettre d'aborder l'évaluation orale avec un certain recul. La grille thématique établie en Octobre a joué pleinement son rôle et apporté une réelle lisibilité et une communication satisfaisante en salle des Professeurs. Le classeur papier Histoire des Arts pour toutes les classes et tous niveaux, a été utilisé de manière plus irrégulière, particulièrement sur le niveau 6ème et le Cycle Central. La mise en place d'un porte-documents numérique pourra à terme permettre une meilleure lisibilité des contenus pour tous  (6).

Les enseignants ont relativement apprécié l'épreuve orale, avec un réel investissement de la part des élèves (le fait que ces derniers l'aient préparé individuellement semble y avoir joué un rôle non négligeable). Les résultats obtenus sont globalement satisfaisants et quelques prestations remarquables ont eu lieu, témoignant d'un réel engagement réflexif. Les contours de cet oral donnent déjà lieu à de nouvelles discussions et il apparaît important de ne rien figer pour les prochaines années alors que nous sommes encore dans un temps de mise en place.

Une réelle dynamique s'est donc engagée au Collège Gérard Philipe pour cette première année d'enseignement de l'Histoire des Arts, ce qui s'est traduit par de nombreux échanges et une meilleure connaissance de ce qui se pratique en dehors de sa propre discipline. Aussi, la préparation de cours et l'exercice de l'oral ont permis aux enseignants d'enrichir leur culture personnelle, et même de découvrir des œuvres et des démarches jusque là inconnues. De fait, il importera que davantage de disciplines s'engagent dans cet enseignement (Lettres, Sciences,...), en dehors des seules disciplines artistiques et de l'Histoire, dans le respect des programmes (7).

 

1 - L'œuvre doit être unique pour celui qui la perçoit et susciter le désir de vouloir, au-delà de la satisfaction immédiate, "approfondir les raisons de sa jouissance", tel que l'avait bien saisi Paul Valéry, et non voir se combler par avance ce désir par le discours commun explicatif. In Au delà des images, les œuvres de Gilbert Pélissier

2 - L'Oeil et l'Esprit de Maurice Merleau Ponty, éditions Gallimard, 1964

3 - Entre le Cinéma et les Arts Plastiques par exemple. Le Surréalisme, entre autres mouvements, le montre avec évidence.

3 - Pistes possibles dans cette thématique : Le Portrait image d'un corps réel, mortel ou imaginaire ; la question de la Mimesis ; le portrait comme œuvre de commande ; le portrait et l'importance nouvelle accordée à la subjectivité de l'artiste au moment de la Renaissance,...

4 - Pistes : L'émergence du Portrait à la Renaissance et la question du statut de l'œuvre, du rapport à son destinataire ; le Portrait religieux et profane ; nouvelles représentations du corps dans l'espace renaissant, classique, baroque,..

5 - Voir en Annexe

6 - Les porte-documents numériques permettront, au delà de la seule intégration des TICE, une conservation de tout ce qui aura été produit et travaillé par l'élève sur l'ensemble de son parcours au Collège, fournissant également une précieuse base documentaire

7 - A titre d'exemple, sur l'ensemble du niveau 3ème, pour l'année 20010-2011 : l'Histoire est présente dans plus de 80 % des cas, les Arts Plastiques et les différentes Langues dans près d'un projet sur deux, l'Éducation Musicale dans un projet sur quatre.

 
auteur(s) :

hugues blineau, professeur d'arts plastiques, collège Gérard Philippe, Carquefou

information(s) pédagogique(s)

niveau : tous niveaux

type pédagogique :

public visé : non précisé

contexte d'usage :

référence aux programmes :

documents complémentaires

Les projets du collège Gérard Philippe pour l'année 2010/2011.
Fichier pdf à télécharger 117 Ko
histoire des arts - épreuve oral - DNB - 22 avril 2011
grille d'évaluation - fichier pdf à télécharger - 18 ko

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