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Rimbaud en RAP : dire, écrire et faire vivre la poésie

mis à jour le 27/01/2020


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Et si Rimbaud vivait aujourd’hui ? Quel poète serait-il, lui qui est passé du vers à la prose, lui qui représente la modernité poétique ? Ferait-il du rap ?

Une classe de seconde a tenté cette expérience !

mots clés : poésie , rap , écriture , oralisation , enregistrement , création collective


Support : Les Cahiers de Douai (ou Le Recueil Demeny) dans Poésies d’Arthur RIMBAUD (poèmes de jeunesse).

 

Dispositif et contexte : projet réalisé sur les heures en dédoublement, sur une période de 8 semaines (8 heures par demi-groupes), dont 5 heures accompagnées par un intervenant extérieur, Mélayne HEYDON, assistant d’éducation au lycée et rappeur (intervenant « extérieur » venant de l’intérieur du lycée).

Ce travail s’inscrit en parallèle de la séquence sur la poésie : «  La poésie rimbaldienne : RIMBAUD et Les Cahiers de Douai (OI) », dans l’objet d’étude « La poésie du XIXème siècle au XXème siècle : du romantisme au surréalisme ».

 

Objectifs :

- créer un texte poétique respectant plusieurs contraintes

- actualiser la poésie rimbaldienne

- travailler la mise en voix, la mise en corps d’une création poétique, selon les techniques propres au rap

- préparer une petite forme poétique à oraliser a capella et à enregistrer pour diffusion devant les autres.

 

Déroulement :

Etape 1 – travail sur la biographie de l’auteur, sous forme poétique : création collective « bio-poétique » (production en pièce-jointe : assemblage de quatrains réalisés par différents élèves).

 

Etape 2 – démonstrations de rap sur quelques quatrains de Rimbaud et établissement de quelques règles de base (rythme, points d’appui, gestuelle).

 

Etape 3 – exercices de diction, de mise en voix et de mise en corps, à partir d’un poème de Rimbaud (dans la sélection suivante : « Roman », « Sensation », « Ma Bohème », « Ophélie I », « Le Dormeur du Val », « Rêvé pour l’hiver », « Voyelles »). Travail du texte comme une partition (pauses, intonations, points d’appui, débit : accélération et ralentissement) pour en faire une interprétation « rappée » et entraînement oral en petits groupes (conseils pour s’améliorer). Les élèves se rendent compte qu’il faut impérativement respecter la versification, structurante pour la rythmique du texte.

 

Etape 4 – Ecriture d’un texte, individuellement, selon des codes pré-établis (quatrains, rimes, 3-4 vers puisés dans le répertoire rimbaldien, langage soutenu et moderne, sonorités, paronomases, jeux sur les mots) (écrit d’appropriation). Les élèves ont réfléchi à un fil rouge pour leur poème (à partir des vers prélevés dans la section du recueil), ont ensuite été invité à se constituer une constellation de mots et à préparer des rimes (en doublette). Ce matériau sert ensuite de déclencheur d’écriture pour la création poétique.

 

Etape 5 – Constitution de binômes de travail pour lire, corriger et améliorer le texte de l’autre et pour travailler la mise en voix et la mise en rythme. Les élèves mettent des points sous les mots qui servent d’appui et des tirets pour marquer les silences. Le texte poétique devient une partition musicale.

 

Etape 6 – En cercle, exercice d’oralisation, sélection d’un quatrain rédigé individuellement et « battle » : deux élèves viennent au centre et déclament leur poème « rappé », avec l’intervention de l’intervenant extérieur qui arbitre la « battle ».

 

Etape 7 – Enregistrement du travail dans un « studio » avec du matériel professionnel, casque et micro, à partir du logiciel AUDACITY (en binôme).

 

Etape 8 – Mise en page des poèmes, constitution du livret et choix d’un ordre des pistes.

 

Etape 9 – Valorisation du travail lors de la Journée des Projets du Lycée : mise à disposition de 4 PC avec casques et livrets poétiques et vote de la meilleure prestation.

 

Prolongement :

Ce travail peut être transposé avec les œuvres au programme de première, notamment la poésie versifiée de Baudelaire, dans Les Fleurs du Mal.

 

 

Bilan :

L’aventure a permis aux élèves de prendre confiance dans le processus d’écriture et de lui donner du sens par l’oralisation. L’actualisation ancre la poésie de Rimbaud dans la modernité et lui donne une résonnance contemporaine. Certains élèves, très faibles, en production écrite, ont découvert une véritable passion, dans ces exercices de création « poésie-rap ».

Les élèves ont tous réussi à surmonter leur inhibition en se produisant devant les autres, dans le cadre des différents exercices proposés, si bien qu’ils étaient prêts à faire écouter la production finale à tous les élèves du lycée, lors de la restitution finale (valorisation lors de la restitution des projets). Ils étaient même fiers d’expliquer la démarche et leur travail.

La qualité des textes est aléatoire : le contenu est parfois au détriment du rythme, ou inversement. De plus, l’écriture, assez libre, a permis de libérer la parole et même parfois de dépasser le rap. Deux élèves de la classe ont, en effet, chanté leur poème, renouant ainsi avec la tradition orphique !

 

« J’ai adoré le rap. Je n’aime pas écrire d’habitude mais penser au rythme m’a aidé et j’ai fini par écrire 4 textes ! » (Nathan)

« J’ai prolongé le travail chez moi. Je me suis enfermé dans ma chambre pour m’enregistrer de nouveau, avec une instru. J’avais mis des matelas contre les murs pour une meilleure acoustique et un casque. » (Léonard)

 
auteur(s) :

Brémaud Jérémie, Professeur agrégé, Lycée Livet (Nantes)

information(s) pédagogique(s)

niveau : tous niveaux, --- LYCÉE ---, Lycée tous niveaux, 1ère

type pédagogique : préparation pédagogique, travaux pratiques, production d'élève

public visé : non précisé

contexte d'usage : classe

référence aux programmes :

haut de page

 

Quelques productions :

Dès sa jeune enfance, Arthur,

Déjà, s’exerçait à l’écriture

Et de son talent l’insolent

Stupéfia le monde d’émerveillement.

 

Alors qu’il n’était point encore mûr

Grandissait en lui le goût de l’aventure

S’enfuyant, revenant, voulant croquer la liberté

Enivrant, rayonnant, il voulait déjà tout goûter.

 

Il tenta sa chance,

Pour devenir Poète

Et mener sa vie avec cadence

Avec une soif de conquête.

 

Il voulait vite s’en aller,

S’enfuir, partir, voyager,

Il a donc couché sur le papier

Tous ses rêves, toutes ses pensées.

 

A Paris Verlaine l’accueille

De la fougue de ses pensées

Les poètes l’ont rejeté

Mais toujours il écrit ses feuilles.

 

La liberté lui dit

De continuer sa vie

Au gré du vent, au gré de ses envies,

Avec son ami, bien loin de Paris.

  

De la Belgique à l’Angleterre,

Ils vivent dans la misère

Et finissent par se séparer

Quand sur lui, il se fait tirer.

 

Il fait de la poésie un voyage

Puis de son grand voyage un poème,

Loin de la vie de bohème,

En quête d’absolu, peut-être un mirage.

 

La force l’animait

L’envie de voyager l’obsédait

Incompris était ce génie

Ses poèmes et sa vie ne seraient-ils que folie ?


 

Balade infinie.

 

Je me présente, Arthur Rimbaud, je suis écrivain,

Les Cahiers de Douai, je les connais bien.

Ces poèmes, je les ai écrits d’un air adorable

Bienheureux, j’allonge les jambes sous la table.

 

Lorsque la faim me gagne, je cherche à me nourrir

Du beurre et du jambon, étant à moitié froid

Syllabes, vers croches ou rimes, plein de choses qui font rougir

Mes mots sont une source d’inspiration auxquels je crois.

 

Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines

Donc pour moi, mon pire ennemi est la bruine

Dans les chemins coloriés par le printemps

S’il y a mauvais temps je ne perds pas de temps.

 

Arthur, Arthur, Arthur, Arthur, Arthur

On m’a toujours dit de rester entre quatre murs

Arthur, Arthur, Arthur, Arthur, Arthur

Tu sais tu es tu es tout jeune, tu n’es pas assez mûr.

 

Pour toutes ces choses d’adultes

Jm’en fiche de vos duplicatas

Veux-tu devenir adulte ?

Non, ça c’est pas pour moi.

 

L.L.

 

La jeune liberté

 

On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

On n’écoute plus papa, on n’écoute plus maman.

On aime sortir le soir pour revenir le matin.

Puis on remet ça demain avec tous les copains.

 

La sève est du champagne et nous monte à la tête.

A la sortie de boite on n’a plus trop sa tête.

Et quand on se réveille on a la gueule de bois.

Un vers de jus d’orange et on va taffer en bas.

 

Passe une demoiselle aux petits airs charmants.

Elle vous tape à l’œil mais a d’jà un amant.

Et puis trois jours après, vous ne l’oubliez pas.

Elle repasse en bas mais vous n’y allez pas.

 

L.D.

 

Prise de conscience.

 

Un chant mystérieux tombe des astres d’or,

Rosés enivrantes recouvrent les sept merveilles,

Mythe et rêve, douce berceuse en ton oreille,

Dieu créa folie du haut de son mirador ;

 

Immensité du vide inspire la folie,

Immensité du monde crie au mystère,

Horreur plus que cruelle, reflet de notre ère

Pourrie, dont le vaste essor cesse d’accroître.

 

Tes grandes visions étranglaient ta parole,

Vie d’illusions, riche en chimère, boussole,

De ta vie, si fade, si laide d’amères aveux,

puis l’infini terrible effare ton œil bleu.

 

Vie futile, infime glacé dans son désarroi,

Monde de folie bercé de doux mensonge,

Qui jadis émergeant dans l’immense clarté,

Les Dieux écoutent L’Homme et le monde infini.

 

S.C.

 Je m'en allais les poings dans mes poches crevées :  



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