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Helper et résistante : regards croisés de deux historiennes de la Seconde guerre mondiale

mis à jour le 20/10/2021


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A l’occasion des rendez-vous de l’histoire de Blois (Jeudi 7 octobre 2021), Dominique Missika et Claire Andrieu ont présenté leur ouvrage, dans un dialogue croisant leurs recherches et leur passion pour ce métier d’historienne. Les deux ouvrages viennent éclairer l’histoire de la 2nd Guerre mondiale en rendant hommage à ceux et celles qui ont risqué leur vie pour en sauver d’autre, helper et résistante.

mots clés : helper, résistante, Seconde guerre mondiale



Résistantes. 1940-1944 de Dominique Missika - Gallimard – Ministère des Armées, 270 p. 29 €



Tombés du ciel. Le sort des pilotes abattus en Europe, 1939-1945, Claire Andrieu, Paris, Tallandier / Ministère des Armées, 2021, 512 p., 23, 90 €.

 

Les auteurs

Dominique Missika est éditrice et historienne. Elle siège à la fondation de la mémoire de la Shoah, membre du comité scientifique du Mémorial de Caen et de la maison d’Izieu.

Claire Andrieu est professeur des Universités à Sciences Po Paris. Historienne spécialiste d'histoire politique et sociale du XXème siècle et plus particulièrement de l'histoire de la Résistance. Elle est l'auteur de Pour l'amour de la République. le club Jean Moulin, 1958-1970 (Fayard, 2002) et a co-dirigé entre autres les ouvrages Pierre Sudreau, engagé, technocrates, homme d'influence (PUR, 2017) et La Résistance aux génocides. De la pluralité des actes de sauvetage (Presses de Sciences Po, 2008).
 


 

La Résistance a-t-elle un genre ? En se posant la question de cette manière, Dominique Missika ancre ses recherches dans le renouveau historiographique sur le conflit mondial en privilégiant d’une part, le rôle de l’acteur (l’actrice) et la question du genre face à une action – la résistance – souvent identifiée au résistant masculin.
C’est à une galerie de portraits de femmes, étayée par un remarquable corpus d’archives photographiques que nous invite l’auteur. En effet, elle nous donne à comprendre l'étonnante métamorphose de toutes ces femmes devenues résistantes.
Leur travail de l'ombre prit de multiples formes :

  • Sortir les internés des camps comme Madeleine Barot qui sauva de nombreux enfants,
  • Héberger ou exfiltrer les aviateurs alliés comme Andrée de Jongh, à l'origine de la Ligne Dédée, qui deviendra le réseau Comète, ou Marie-Louise Dissard, 59 ans, insoupçonnable patronne d'une boutique de colifichets à Toulouse.
  • Préparer des explosifs comme France Bloch-Sérazin, renvoyée de l'Ecole nationale de physique-chimie parce que juive.
  • Intercepter des lettres de dénonciation à la Gestapo comme Marie Dauriac, employée des PTT, qui récupérait aussi les listes des abonnés sur écoute.
  • Confectionner des journaux clandestins comme Hélène Viannay, qui chaque nuit imprimait Défense de la France dans les caves de la Sorbonne...
 

Ces résistances furent aussi nombreuses à tomber sur « le champ de bataille » de l’armée des ombres. Ce fut le cas de Marianne Cohn, qui laissa un poème bouleversant, « Je trahirai demain » lien, ou cette anonyme dont le portrait surgit graffité sur les murs du fort de Romainville, où près de 4000 femmes furent enfermées. [photo]
Après le conflit, ces résistantes ont peu partagé leurs faits et leurs exploits. L’ouvrage richement illustré de Dominique Missika synthétise un hommage qui leur est enfin rendu.
 


Portrait graffité
au Fort de Romainville
 
 

L’ouvrage de Claire Andrieu a pour point de départ une question historique simple : quel sort les civils font-ils aux aviateurs abattus au-dessus de leur territoire durant la Seconde Guerre mondiale ? En maniant avec rigueur et inventivité les sources, l’auteur observe les similitudes et les écarts entre contextes et pays. Ces études de terrain qui donnent à voir les actes de résistance in situ accomplis pour venir en aide aux Alliés tombés montrent le rôle décisif des femmes. Lors de la rencontre de Blois, Claire Andrieu a mis en perspective la résistance féminine en écho à l’ouvrage de Dominique Missika.

L’historienne montre à partir de nombreux exemples (démarche empirique) que l’arrivée au sol d’aviateurs alliés déclenche souvent le même type de réaction : d’abord cacher les aviateurs et les aider à s’évader. Ces deux objectifs nécessitent des tâches lourdes et répétitives qui témoignent de l’engagement des civils – les helpers - découvrant les aviateurs : recherche de vêtements civils adaptés, de nourriture, de médecins…. Ainsi, Claire Andrieu restitue la signification politique de leur action, qu’elle reconnaît comme fait de résistance à part entière car ayant pu se concevoir en autonomie face aux autorités françaises et allemandes.

Pour un compte rendu détaillé de l'ouvrage, voir l'article d'André Loez dans la vie des idées lien dont la conclusion explique en quoi cet ouvrage renouvelle l'historiographie de la 2nd guerre mondiale : "Les apports les plus importants du livre tiennent certainement à son usage systématique et raisonné de la comparaison, afin de dénaturaliser les phénomènes étudiés : face aux aviateurs abattus, ni le secours ni la violence ne sont des attitudes sociales évidentes ou naturelles. Les dénaturaliser, c’est-à-dire les repolitiser. À rebours de lectures universalisantes de la guerre, qui assignent par généralisation à ses acteurs des positions homogènes, l’auteure défend une analyse en termes de cultures politiques, construites sur le moyen terme, et mises à l’épreuve par l’événement guerrier."

 
auteur(s) :

jean-françois loistron, webmestre associé

information(s) pédagogique(s)

niveau : tous niveaux

type pédagogique :

public visé : non précisé

contexte d'usage :

référence aux programmes :

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