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construire le concept d'Etat

mis à jour le 09/06/2016


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proposition de la construction du concept d'Etat de la 6e à la 3e

mots clés : Etat, cité, royaume, autorité, souveraineté, démocratie


     

     Cette proposition est le fruit d'une réflexion à partir des programmes d'Histoire du Collège pour les cycles 3 et 4. 

La réflexion a consisté à repérer quels thèmes font apparaître le concept d'Etat de façon explicite, et quels thèmes peuvent être choisis pour participer à sa construction.

« Etat » est un mot de vocabulaire qui est rapidement évoqué dans la scolarité dans nos disciplines et l’enseignement moral et civique. Il est présent dès l’école primaire dans le cycle 3.  

Dans la proposition que nous faisons, c’est son approche en Histoire qui est privilégiée. Le programme d’Histoire au collège étant une déclinaison chronologique de la 6ème à la 3ème on peut donc construire ce concept à l’appui d’un cheminement dans les différentes époques historiques en étudiant des documents qui illustrent ces périodes.

Vous trouverez ici un diaporama qui fait réflexion sur ce concept d'Etat dans le cadre de l'Accompagnement personnalisé.
















     Frontispice de Léviathan, Thomas Hobbes, 1651
 
Quelle définition pour l'Etat ? 

« L’Etat peut être défini, d’un point de vue institutionnel, comme l’autorité souveraine qui exerce son pouvoir sur la population habitant un territoire déterminé et qui, à cette fin, est dotée d’une organisation permanente. » 

Un mot et des représentations :
Cependant il est vrai que ce seul mot couvre des représentations de "puissances publiques si disparates que son usage tend à ruiner toute entreprise de clarification " selon Pierre Rosanvallon.

Vous trouverez ici une réflexion sur le concept d'Etat par période historique 


L’Etat, une notion complexe
 
Pour Max Weber, « il faut concevoir l’Etat contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire déterminé, revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence légitime. »

Le concept d’Etat qui se densifie pour les élèves à travers le programme de troisième se définit avec trois monopoles, celui de la violence légitime (Max Weber), celui du monopole fiscal (l’imposition qui crée des recettes) et son corollaire celui de la frappe de la monnaie.
Il faut se garder d’une construction de ce concept qui alimenterait une histoire type roman national et réussir à amener les élèves vers l’idée que l’Etat est à travers des invariants un concept qui se définit selon un flux et un reflux dans des contextes historiques variés. 

Selon Pierre Rosenvallon, entreprendre une histoire de l’Etat implique de prendre en compte un certain nombre d’impératifs de méthode.
Pour aborder l’histoire de l’Etat il faut éviter d’appréhender l’Etat comme un « bloc » et ne pas le ramener à son poids statistique qui agglomère des données très diverses : nombre de fonctionnaires, de ministères, montant du budget. Cela risquerait de confondre l’histoire de l’Etat avec celle d’une croissance réalisée au détriment de la société. Il ne faut donc pas globaliser l’Etat.
L’histoire de l’Etat doit aussi s’articuler entre histoire des faits et histoire des idées et des représentations sociales. L’Etat est le résultat d’une interaction permanente avec la société.
Il faut renoncer à voir dans l’histoire de l’Etat une addition d’histoires spécialisées : histoire de la réglementation économique, histoire de la police, de la monnaie. Il faut garder un cadre d’ensemble. 

L’Etat peut avoir l’image d’un gigantesque fonctionnement : le Léviathan comme le propose Hobbes. En effet, cet Etat, est celui qui a pour rôle de financer, de recenser (compter) pour dénombrer, mesurer afin de construire une statistique (l’origine de ce mot prend alors tout son sens) militaire, démographique, économique. Les enquêtes sont alors quantitatives. Ces recensements peuvent aussi aboutir à une statistique morale : compter pour la justice, cela permet de comprendre pour mieux gouverner, l’enquête est alors qualitative.
L’Etat dans sa conception française a des fonctionnaires nombreux constituant une fonction publique remplaçant une bureaucratie qui succéda elle-même aux notables. Son administration recrutée sur concours, sa haute administration est formée : création de l’ENA en 1945. L’administration de l’Etat constitue ainsi la permanence du pouvoir : l’intérêt général, alors que le Gouvernement et le Parlement sont la volonté générale. L’administration n’a connu pour limitation que l’épuration pour la réguler et la décentralisation pour la limiter.

Il y a antériorité de l’Etat sur la nation. Par son action, l’Etat a contribué à construire l’unité de la nation : système métrique, départements égaux en taille, langue commune, centralisation pour faire exister des citoyens égaux, monopole égalisateur de la monnaie, création d’une même école pour forger le sentiment national exprimé lors des fêtes nationales et avoir une culture commune. 

L’Etat au cours des deux derniers siècles se donne aussi un rôle hygiéniste, dont la réponse aux excès est la prison ou l’asile. Par la mise en place de politique de prévention à l’image de sa révolution pastorienne au XIXème siècle il fait de la santé nationale un facteur décisif de la puissance politique et militaire. En 1920, au lendemain de la Première Guerre mondiale, le ministère de la Santé est créé, en 1945 le plan Debré prend en charge à l’échelle nationale les problèmes sanitaires et sociaux. 

L’Etat providence est alors une suite logique. La lutte contre l’indigence et l’assistance aux pauvres est un objectif de l’Etat au XIXème siècle avec des hospices, des hôpitaux et des fondations charitables. Cependant à cette époque, les dépenses d’assistance et de prévoyance ne représentent qu’une faible partie du revenu national. De 1893 avec l’assistance gratuite aux pauvres, à 1945 et la création de la Sécurité sociale c’est progressivement la reconnaissance d’un droit social que l’Etat met en place. L’Etat devient ainsi « providence ».

Enfin, l’Etat est aussi régulateur de l’économie. Les politiques économiques sont des choix opérés par l’Etat dans un cadre souvent plus large : social et politique. Il peut s’agir de protectionnisme, de grands travaux, de planification ou de nationalisation comme en France en 1945.
 
Conclusion : 

L’Etat « incarnation d’un pouvoir pur pleinement souverain sur un territoire fortement circonscrit n’est plus une vision réaliste » comme l’évoque Philippe Braud dans sa préface de L’Etat de Georges Burdeau . 
Pour Y. Poncelet, lors du colloque « Apprendre l’Histoire et la Géographie à l’école », « nous sommes ici dans l’espace-clé de l’expression de la citoyenneté. »
Si nous avons fait le choix de privilégier une approche historique du concept d’Etat, H. Lussault dans ce même colloque, insiste sur la nécessité de faire prendre conscience aux élèves de la relation qui unit société, politique et espace. Il s’agit de « considérer l’Etat comme une modalité parmi d’autres d’organisation de la relation tripartite entre champ politique, société et espace. »

L’évolution récente des conditions d’exercice du pouvoir et les changements des façons d’analyser son fonctionnement ont même fait émerger une image plus complexe de l’Etat avec une construction en flux et reflux et une interaction complexe du politique, du social et de l’économique.

Bibliographie

  • Renaud Denoix de Saint Marc, « L’Etat », PUF, réédition février 2016
  • Pierre Rosenvallon, « L’Etat en France de 1789 à nos jours », édition du Seuil, février 1990
  • Atila Ozer, « L’Etat », collection Corpus, Garnier Flammarion, 1998, réédition de 2012
  • Hobbes, Leviathan, F.Tricaud, Sirey, 1971
  • Atila Ozer, L’Etat, Corpus,GF, 2012
  • Max Weber, « Le savant et le Politique », 10/18, 1996
  •  « L’Etat » de Georges Burdeau, 1970 réédité en 2009, préface de Philippe Braud
  • Dominique Borne, « Histoires de France », Documentation photographique n°8083, septembre-octobre  2011
  • Jacques Le Goff, « Saint Louis », Paris, Gallimard, 1996
  • Actes du Colloque « Apprendre l’Histoire et la géographie à l’école », avril 2011 – Quelle est la place de l’Etat-nation dans l’enseignement de l’Histoire et de la géographie ?
 
auteur(s) :

Nathalie Boilot - Valérie Lejeune

éditeur(s) :

Fabienne Joly, webmestre associé HG

information(s) pédagogique(s)

niveau : 6ème, 5ème, 4ème, 3ème, Collèges tous niveaux, Cycle 3, Cycle 4

type pédagogique : démarche pédagogique, scénario, séquence, production d'élève

public visé : enseignant

contexte d'usage : classe, AP

référence aux programmes :

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