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situer la basilique d'Évron dans l'espace et dans son environnement

mis à jour le 07/08/2013


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Extraits du dossier professeur pour situer la basilique d'Évron dans son espace (NB : la présentation en ligne ne suit pas l'ordre du dossier original)

mots clés : Moyen Âge, église abbatiale, abbaye, bourg monastique


Situer la basilique d'Évron dans l'espace

  • Un site occupé depuis l'Age du fer :
La ville d'Évron se trouve à une trentaine de kilomètres au nord-est de Laval. Trois stèles funéraires datant de l'Age du Fer y ont été découvertes entre 1985 et 1993 et attestent l'occupation ancienne du site.

  • La légende de fondation de l'abbaye
L'église d'Évron est mentionnée pour la première fois en 642, dans le testament de Saint Hadouin, évêque du Mans. Selon la légende de l'Épine, celui-ci aurait fondé le premier monastère au VIIe siècle : un pèlerin serait revenu de Terre Sainte, en rapportant du lait de la Vierge. Il se serait endormi au pied d'une aubépine après y avoir suspendu la sacoche contenant la précieuse relique. L'arbre aurait alors grandi et le pèlerin n'aurait pu attraper son bien à son réveil. Mais Hadouin, de passage en ce lieu, aurait prié en promettant de construire un monastère sur place et l'aubépine se serait courbée pour rendre son précieux fardeau. Ainsi aurait été fondée Notre-Dame-de-l'Epine, ou de l'Aubépine.

Cette légende de fondation est en fait commune à plusieurs monastères, comme celui de Saint-Mihiel près de Verdun. Saint Mihiel connaît un rayonnement particulier au IXème siècle, époque, à laquelle la légende se répand probablement jusqu'à Évron.

  • Destruction et refondation
- Centre de pèlerinage, l'abbaye est détruite lors des invasions bretonnes et normandes de la première moitié du IXe siècle.
- Deux actes mentionnent ensuite la restauration du monastère. En 981, l'établissement est confié à l'abbaye de Saint-Père de Chartres, par un certain Robert, vassal d'Eudes Ier, comte de Blois. Une charte du cartulaire d'Évron (1) de 989, indique que le relèvement des bâtiments est, au moins en partie, réalisé à cette date. Ce texte est suivi de deux confirmations : l'une du pape Jean XV (fin du Xe siècle) et l'autre de Benoit VIII (début du XIe siècle).

(1) Le cartulaire de l'abbaye d'Évron a été reconstitué par Dom Ignace Chevalier en 1668. Il regroupe des textes s'échelonnant du Xe au XVe siècle.

 
carte situation Évron

 
Le pèlerinage de Notre-Dame d'Évron

- Selon la tradition les religieux de l'abbaye exposent souvent à la vénération publique la relique du lait de la Vierge. La relique est aussi portée en procession lors des jours de calamités publiques (maladie contagieuse, pluies trop abondantes, sécheresse ...).

- Il ne subsiste cependant pratiquement aucune trace de cette piété de masse. Le document le plus ancien laissant entrevoir un pèlerinage important date de 1477. Hélie, archevêque de Tours accorde à cette date des indulgences à perpétuité à tous les fidèles qui visiteront l'église abbatiale le lundi de la Pentecôte et feront des aumônes pour sa conservation et sa décoration, après s'être confessés et avoir communié.

- Hormis une visite de Saint Louis en 1236, ce culte semble surtout attirer l'aristocratie locale. En 1495, Guy XV de Laval accorde ainsi une rente annuelle de 100 sous à l'abbaye d'Évron pour que les moines lui montrent la relique à chacun de ses passages au monastère. Le pèlerinage, à l'écart des grandes routes, peine en fait à acquérir une notoriété extra provinciale.

- L'actuel reliquaire en vermeil, offert par l'abbé François de Chateaubriand au XVIème siècle reprend le modèle du reliquaire initial. Un tube en étain, situé en son milieu, renferme « le lait de la Vierge ».
Le reliquaire
 

Situer l'église d'Évron dans son environnement au Moyen Âge



 

L'abbaye et la vie monastique

  • Une abbaye bénédictine :

L'abbaye d'Évron abrite jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, une communauté de moines bénédictins qui suivent la règle de Saint Benoît. Cette règle simple, rédigée par Benoît de Murcie au VIe siècle, met en place une vie communautaire solidement structurée. Elle organise la vie des moines autour de trois temps : la prière de l'office tout au long du jour et de la nuit, le travail et le repos. La communauté doit obéissance à l'abbé qu'elle élit. Elle compte quarante-trois religieux en 1485. Leur nombre ne cesse de décliner jusqu'à la Révolution où ils ne sont plus que douze.
 
  • Les bâtiments monastiques


L'abbaye forme un vaste complexe de bâtiments enfermés à partir du XIVe siècle dans un enclos, élargi en 1577, encore visible sur le plan cadastral napoléonien de 1837.

Mais en dehors de l'église abbatiale, il reste peu de choses du monastère médiéval : quelques arcatures romanes dans une cour et l'ancien logis abbatial (XVe ou début du XVIe siècle). Tous les autres bâtiments sont plus récents.

Nous avons en fait très peu de renseignements sur la disposition du monastère médiéval.
Cependant les plans d'un projet de reconstruction datant du XVIIe siècle, nous livrent quelques informations précieuses sur l'abbaye à cette époque. Parmi les différents projets imaginés par le frère André, figure en effet un plan qui, selon toute vraisemblance, dresse un état des lieux de l'abbaye au début des années 1640 et nous permet donc d'appréhender la disposition ancienne du monastère :

- le logis abbatial s'élève à l'est des bâtiments conventuels et est séparé d'eux par un mur ;
- le cloître situé au flanc nord de l'église est un carré régulier encadré à l'est par un premier corps de bâtiment qui semble avoir initialement abrité le dortoir au nord, par l'ancien réfectoire en ruines; à l'ouest, par le cellier ;
- plus au nord encore, au-delà du réfectoire, s'ouvre une seconde cour de service avec la cuisine et le nouveau réfectoire ;
- à l'entrée de l'abbaye, se trouvent des écuries et les chambres des hôtes.


La reconstruction de l'abbaye n'intervient finalement qu'au XVIIIe siècle. Réfectoire, dortoir et salle du chapitre sont installés dans un nouveau bâtiment situé à l'ouest. Le cloitre cesse alors d'être le centre de la vie monastique. Un nouveau logis abbatial perpendiculaire à l'église est commencé en 1726 mais reste inachevé ; les travaux s'interrompent en 1744.
Plan cadastral napoléonien d'Évron de 1837, Archives Départementales de la Mayenne.

le plan cadastral d'Évron

1 - Église abbatiale 3 - Grange dîmeresse
 2 - Les halles 4 - Tracé de l'enclos de 1577
 
  • Le bourg monastique

o Naissance et développement


- Le développement de l'agglomération d'Évron est la conséquence directe de la renaissance de l'abbaye. C'est un exemple caractéristique de bourg monastique, assez important pour l'époque. Les textes lui donnent le nom de ville et sa population peut être estimée à 400 habitants (800 à Mayenne, 1400 à Laval, 1200 à Château-Gontier à la même date) selon l'enquête royale de 1328.

- Dès 994, Hugues comte du Maine octroie aux moines le privilège d'une foire, le jour de la Nativité de la Vierge, et un marché tous les jeudis de l'année, pour favoriser l'essor commercial du bourg. Des halles en bois sont construites en 1225, sur le cimetière primitif à la suite de la supplique adressée à l'évêque du Mans par les moines, qui se plaignent de la vente de bestiaux, de l'étalage de marchandises, de l'établissement de bancs de boucherie en ce lieu. Un nouveau cimetière est alors établi entre l'église abbatiale et l'église Saint Martin. Remplacées au XVe siècle, les halles sont détruites en 1898.
les halles d'Évron photographiées à la fin du XIXe

Halles, église et ancien évêché pris des halles, Médéric Mieusement, mai
1878
Ministère de la culture, Médiathèque de l'architecture et du Patrimoine.
 
o L'enceinte.


- L'abbaye et le bourg ne semblent pas fortifiés à l'origine. Le sire de Foulletorte, vassal de l'abbé d'Évron est alors tenu de lui donner asile. S'appuyant sur plusieurs témoignages, Jean Brodeur évoque cependant l'existence possible au XIe siècle, d'un donjon entouré de fossés. Il en situe les vestiges sur une parcelle nommée « Le Pavillon » sur le cadastre de 1837. Ce donjon aurait été renversé pendant les guerres contre les Anglais. Les fossés auraient été entièrement comblés en 1780 pour faire place à des jardins.

- Les premières grandes transformations autour de l'abbatiale sont provoquées par la guerre de Cent Ans. Entre 1367 et 1369, l'abbaye est ainsi fortifiée par les moines. Les habitants sont aussi sollicités et tenus au guet. Les fortifications englobent probablement l'abbatiale et les bâtiments claustraux et sont peut-être doublées par un système de fossés selon la tradition - Des marques de pont-levis peuvent être observées sur le portail de l'église.
Mais ce système de défense n'empêche pas l'invasion anglaise de 1418.

- Une nouvelle enceinte, plus vaste, est construite en 1577 au moment des guerres de religion, après l'invasion d'Evron et le pillage du trésor de l'abbaye par l'armée de Bussy. Les moines creusent des fossés et construisent une muraille de cinq pieds de large et quinze pieds de haut (1m60 sur 4m90 environ) dont le tracé apparaît clairement sur le cadastre de 1837. Deux porches permettent l'accès au complexe religieux. L'enceinte englobait l'église Saint Martin et l'ensemble de l'enclos monastique, contournait probablement la grange dîmeresse, pour rejoindre le porche principal sud, selon la carte de Jean Brodeur établie en 1991 à la suite de sa campagne de fouilles.

- Les fossés sont comblés au XVIIe siècle. Des constructions viennent alors se plaquer contre le mur d'enceinte.
Carte synthétique d'Évron, de J. Brodeur, in Étude documentaire dactylographiée du bourg monastique d'Evron, Nantes, 1991.


carte Evron

cliquez sur la carte pour l'agrandir
et voir la légende

 
  • Les possessions de l'abbaye

o Le seul établissement local d'origine mérovingienne.


- Selon Sébastien Legros, « L'abbaye d'Evron, seule représentante bénédictine dans le Bas-Maine dispose [...] d'un statut localement très spécial. » Elle est le seul établissement local d'origine mérovingienne qui n'a pas définitivement disparu à la fin du Haut Moyen Age. Sa restauration en 989, unique en son genre dans le Bas-Maine, détermine le devenir de l'établissement et l'organisation de son groupement prieural.
- La charte de 989, confirmée par celle de 1125, montre la volonté manifeste des moines de récupérer un ensemble spécifique d'églises ancrant l'abbaye dans le passé évangélisateur de la région. A travers ce travail de récupération, l'objectif est d'attacher l'abbaye à la mémoire des anciens monastères mérovingiens ou carolingiens locaux.
- La carte des établissements monastiques du premier tiers du XIIe siècle permet ainsi de distinguer un premier ensemble de prieurés sur les marges du domaine abbatial destinés à en resserrer le contrôle (Trans, Champgeneteux, Bais, Voutré, Torcé, Marigné, Saint-Denisd'Orques) alors qu'un deuxième ensemble incorpore de vieux sanctuaires monastiques (Entrammes, Saint-Ouen, Changé, Champ-de-la-Vigne).


o L'attraction mayennaise

Un lien étroit s'établit en outre entre les moines d'Evron et le lignage mayennais à partir du début du XIIe siècle et de l'arrivée de Daniel de Marmoutier, à la tête de l'abbaye. Les seigneurs de Mayenne choisissent alors l'abbatiale d'Évron comme mausolée. Juhel Ier fonde par ailleurs le prieuré de Berne aux portes de sa cité entre 1120 et 1161. L'ancrage historique de l'abbaye explique l'intérêt des seigneurs mayennais à son égard. Ils y trouvent, selon S. Legros, une marque de légitimité et l'opportunité d'assumer une fonction bienfaitrice dévolue traditionnellement aux comtes ou vicomtes à un moment où le lignage se recentre sur ses possessions mayennaises après les tribulations de Geoffroy de Mayenne au XIe siècle. Mais les dons des aristocrates constituent avant tout un viatique pour l'au-delà. La rédemption de l'âme reste la principale motivation des donateurs.

bas-côté roman de la basilique
 
o Le patrimoine ecclésiastique et foncier de l'abbaye

Fondés entre le XIème et le XIIIème siècle, les prieurés regroupant généralement deux ou trois moines, sont des centres d'exploitation visant d'abord à assurer la pérennité de la communauté monastique et ensuite à approvisionner l'abbaye.

Leur patrimoine s'articule autour de trois éléments :
- une église (pour prier) et les droits afférents (notamment les dimes) (1)
- des bâtiments prieuraux (un toit pour vivre en sécurité) associés à un espace foncier détenu en propre ou exploitable par le biais de droits d'usage dans les bois, les vignes et les moulins,
- des droits seigneuriaux, les moines s'efforçant d'établir leur immunité. Les installations banales (four, moulin, pressoir) qui dépendent des moines sont souvent situées en dehors de l'enclos prieural.

Les indications de faire valoir direct monastique sont très limitées dans la documentation, selon S. Legros. Les moines travaillent à la construction de maisons, participent aux semailles, aux récoltes, à la fenaison. Ils possèdent en propre des animaux et se consacrent à l'élevage porcin comme au prieuré de Berne qui compte trente bêtes en 1242. Ils entretiennent aussi, sans doute, des porchers. Des boeufs sont évoqués ponctuellement dans la documentation.
Mais le travail des familiers des moines est en fait déterminant dans l'exploitation agricole des prieurés - la documentation ne mentionne pas de moines convers. Les moines remettent des terres, pour l'essentiel à des exploitants, tenanciers, hôtes et bourgeois.
Les prieurés assument donc davantage une fonction de rassemblement de la rente foncière qu'une fonction agricole.

(1) ND d'Evron patronne 44 églises puis 46 selon les confirmations épiscopales puis pontificales données en 1125 et 1144.
 
o Le cycle des fondations


Commencé vers 1040, le cycle des donations laïques s'achève brusquement à partir des années 1130
dans le Bas-Maine. Les litiges se développent à chacune des successions seigneuriales. La décennie 1170 est particulièrement tumultueuse pour N.D d'Evron. En 1178, Hamelin de Chaources s'oppose ainsi aux moines du prieuré de Marigné, réclamant certaines coutumes sur leur maison et sur leurs hommes. Le règlement de ce litige est connu par la version de l'évêque du Mans, Guillaume de Passavant. Hamelin finit par abandonner pour partie ces coutumes, se réservant la haute justice sur les hommes des moines, huit jours de corvées pour la moisson et huit jours pour les vendanges, la garde de son château, l'aide et le service militaire en cas de guerre.


Dans la deuxième moitié du XIIe siècle, les intérêts laïcs et monastiques se dissocient en effet
. Les seigneurs se défient à la fois de la montée en puissance de l'autorité royale et des privilèges prieuraux accordés aux Bénédictins. Soucieuse de bloquer le développement de la seigneurie monastique, l'aristocratie locale réserve désormais ses largesses aux chanoines réguliers et aux Cisterciens. Le seigneur de Mayenne fonde ainsi au début du XIIIe siècle l'abbaye cistercienne de Fontaine-Daniel et transfère les moines de Mayenne à Fontaine-Géhard.

Ce tarissement des dons auquel s'ajoutent une série de mauvaises récoltes dans la deuxième moitié du XIIe siècle, l'affaiblissement du cens et le contrecoup des rebellions, entraîne la disparition des prieurés de l'abbaye d'Evron placés en position d'écart : la Croixille et Champ de la Vigne, en 1224.


Au début du XIIIe siècle, les seigneurs reprennent cependant leurs donations
comme à Bais, Neau, Origné, ou Berne. Dans les années 1230, le prieuré de Vaiges reçoit un moulin, des dimes, une rente et un setier d'avoine, celui de Cheméré, une maison et une vigne. Ce cycle se perpétue jusqu'à la fin du siècle, mais sans grande ampleur.


On assiste en effet au repli des prétentions bénédictines dans la première moitié du XIIIe
. L'instabilité politique chronique s'estompe. La mise au pas des ambitions prieurales et de celles des barons s'achève. Les moines conservent leurs fonctions religieuses mémorielles, notamment envers les lignages avec lesquels ils sont traditionnellement liés (donations sollicitant le service annuel d'anniversaires en faveur du donateur) et se déconnectent des enjeux politiques.
arc-boutant

le chœur gothique
 
auteur(s) :

Elisabeth Poisson, Enseignante chargée de mission Coordination territoriale à l’éducation au patrimoine du pays d’art et d’histoire Coëvrons-Mayenne

éditeur(s) :

Claudie Ferchaud

information(s) pédagogique(s)

niveau : 5ème

type pédagogique : activité de découverte

public visé : enseignant

contexte d'usage : sortie pédagogique

référence aux programmes :  II- L'Occident féodal, XIe - XVe siècle 

thème 3 - La place de l'Église

ressource(s) principale(s)

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