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L'État au Moyen-Age (XIème-XVème Siècles)

mis à jour le 20/10/2020


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La naissance de l’État en France ne s’est pas opérée de façon téléologique, passant d’une société sans État à un État royal autoritaire. Tout au long de la période, le roi donne à l’État sa spécificité symbolique. Le recours au droit permet la naissance d’un corps d’officiers qui assure la continuité de l’État. La justice, la fiscalité et la législation imposent le pouvoir, non sans limites et sans solliciter l’adhésion des sujets.

mots clés : Etat, Moyen-âge, monarchie


Claude GAUVARD - Professeure émérite d’histoire médiévale à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Florence CHAIX  - IA-IPR d’histoire et géographie, académie d’Orléans-Tours

Françoise BEAUGER-CORNU - Formatrice, missionnée auprès du service pédagogique du Château

 Compte-rendu rédigé par Jean-François Loistron (jean-franc.loistron@ac-nantes.fr) - Octobre 2020
 

 

La naissance de l’État en France ne s’est pas opérée de façon téléologique, passant d’une société sans État à un État royal autoritaire. Tout au long de la période, le roi donne à l’État sa spécificité symbolique. Le recours au droit permet la naissance d’un corps d’officiers qui assure la continuité de l’État. La justice, la fiscalité et la législation imposent le pouvoir, non sans limites et sans solliciter l’adhésion des sujets.

Louis IX jugeant l'affaire du sire de Coucy (enluminure vers 1330-50)

C. Gauvard se questionne sur le sujet : « Peut-on parler d’un Etat au Moyen âge sur la période proposée, à savoir du 11ème au 15ème siècle ? »

Elle se propose, d’abord, d’être au clair avec la définition de ce concept d’Etat :

-          Selon M. Weber : L’Etat a le monopole de la violence légitime … mais cette définition semble invalide pour le moyen-âge

-          Selon Bourdieu : l’Etat est un objet impensable, un lieu neutre difficilement cernable, plus symbolique que réel : Cette approche convient mieux au Moyen-âge car dimension symbolique est forte sur cette période

Dans les années 80, sous l’impulsion de JP Genêt et du CNRS, on approche l’Etat médiéval en fixant que l’Etat suppose une stabilité, une continuité dans la transmission ; le territoire est délimité, c’est le royaume en tant qu’espace-territoire et éventuellement en intégrant la société gouvernée…. Mais cette définition reste vague. Il faut se raison garder et éviter toute téléologie, à savoir le passage d’un Etat faible au début de la période à un Etat fort, autrement dit un passage déterminé de la féodalité vers l’absolutisme …

C. Gauvard propose alors 3 focales pour répondre à la question de départ :

  1.  Le roi et le royaume
  2. Serviteurs de l’Etat
  3. Domaines du pouvoir royal

 

1ère partie : Le roi et le royaume

Elle insiste d’abord sur la « surchristianisation » de la fonction et de la figure royale.

Le roi est un roi sacré : Dès le XIème, le pouvoir sacré du roi le place au-dessus de tout. Il a beau rester politiquement, militairement affaibli par la concurrence des seigneurs du royaume, il est sacré.

Les capétiens amplifient et codifient avec les ordines le rituel du sacre puis Charles V amplifie encore la portée du cérémonial (traité du sacre, fleur de lys, propagande autour du roi sacré … )

Le roi est Roi thaumaturge : concept plus populaire, vénération de Saint Marcoul, guérisseur des écrouelles. Cette croyance est à l’origine du pèlerinage effectué par les rois de France à l'abbaye de Corbeny le lendemain de leur sacre à Reims : le roi est un quasi prêtre … la canonisation de Saint Louis accentue le côté religieux du roi

Toutes les querelles entre le roi et le pape ne sont pas que « laïques » mais concernent aussi les questions religieuses et spirituelles (voir la question des Templiers. Le roi intervien d’abord pour les « fautes » commises par l’ordre) Cette « surchristianisation » du pouvoir royal inclut la politique envers les juifs du royaume de France.

Conclusion : l’Etat, durant la période retenue, est religieux

2nd élement : L’Etat est dynastique, hérédité, primo géniture male… en 1328 et développement sous Charles V et la loi salique retrouvée par hasard à Saint Denis…

Le royaume on pense qu’il existe au Moyen Age, on peut le mettre sur une carte mais difficulté d’avoir une perception du royaume … car le roi ne va plus dans le midi, des seigneuries sont plus fortes que le pouvoir royal …

La féodalité n’est pas une faiblesse de l’Etat comme on peut parfois le véhiculer … car les princes sont de la même famille … En fait, cela permet la délégation des pouvoirs du roi (voir la politique des apanages qui n’est pas faiblesse mais donné aux princes du sang qui ne seront pas en concurrence avec le roi…, le souverain écarte ainsi d’éventuels « concurrents »)

La notion de frontière s’épaissit en perception et se rétrécit en prenant une forme « filaire » / sillon par abandon des marches, ces zones tampon du début du Moyen-âge.

L’autre est l’étranger, le royaume devient le territoire royal

2nd partie - les serviteurs de l’Etat

Dès l’époque carolingien. La transition entre carolingiens et capétiens n’a pas été un bouleversement intégral comme l’a écrit Duby (autour de l’an mil), c’est davantage une continuité des structures et du personnel

Le changement vient essentiellement de : 

  • Le développement du droit romain au 12ème (code justinien) : le roi a besoin du droit pour asseoir son autorité… donc on cherche à justifier en puisant dans le code romain théodosien
  • La naissance des universités -  Paris 1215, Orléans 1219, …ou on enseigne le droit romain, droit de l’empereur… et on justifie ainsi les prérogatives royales.

Manifestation par de nouvelles méthodes de gouvernement : la procédure d’enquête (voir Louis IX), par le développement des cadres admins à 2 niveaux : central et local. La curia regis est peu à peu remplacée par parlement, chancellerie, chambre des comptes, chambre des aides … les instituions se fixent à Paris alors que le roi continue le «nomadisme »….

A l’échelle locale : baillis et sénéchaux, souvent des nobles … donc partent à la guerre et sont remplacés par des « vice-baillis » et donc cela développe un fonctionnariat local, formé au droit, … cheville ouvrière de l’Etat. Ces hommes ont conscience de faire parti de l’Etat car ils font partis du corps du roi.

Certains sont élus, idées aristotéliciennes en mouvement

Leur nombre s’accroit, puis au milieu du 14ème s., ralentissement sans affaiblissement de l’Etat. Arrivée à une certaine maturité de personnel (en effectif et en « formation »)

Conscience de leur mission : Défendre le prince et la res publica et le bien commun

Ex : les légistes de Philippe le Bel : Juristes formés à Montpellier, nobles ou anoblis … il adoptent le « surchristianisme » de la fonction royale (voir plus haut)

L’Etat a tenu bon : exemple pendant la folie de Charles VI, par exemple la signature du roi remplacée par la chancellerie

3ème partie - Domaines du pouvoir royal

 1er élément de construction de l’Etat : Juger

Le roi n’est pas le juge suprême car justice des seigneurs et religieuse mais main mise de la justice royale en particulier au pénal, par ex la peine de mort, sur l’enquête et le témoignage (par ex ordalie exclues en 1215),

Autre exemple : première Lettre de grâce en 1304 avec Philippe le bel

2nd élément : le Prélèvement fiscal.
Le roi ne peut plus vivre de son domaine car doit payer ses officiers nouveaux. Les guerres ont accru le besoin fiscal. Nécessité de compter avec le consentement des sujets …. Donc l’Etat est-il autoritaire ou démocratique pour prélever… ? un choix doit être fait … c’est l’Etat autoritaire qui l’emporte mais pas avant 1440, Charles VII.

3ème élément du renforcement de l’Etat : Légiférer

1ère ordonnance royale - 1154 - Louis VII

Le roi légifère peut par le mode d’ordonnance générale

La répétition presque liturgique des ordonnances montre que l’Etat peut fonctionner, elles sont plus symboliques qu’efficaces sur le terrain.

 

Conclusion : le monopole de l’Etat reste cependant il est fragile car le roi ne la prend motu propio (de lui-même), il faut pour prendre un acte royal qu’il ait une requête (dans plus de 99% des cas).

Nous ne sommes pas sortis de l’approche de l’Etat du don : gouverner au Moyen-âge, c’est donner aux autres pour asseoir son autorité ! L’Etat garde une consistance floue et symbolique comme disait Bourdieu

Dans la construction de cet Etat, pas de téléologie qui ferait aller l’Etat d’un point A à un point B de manière rectiligne. On peut détacher deux temps forts : Philippe le bel (1285-1314) et le milieu 14ème s.

L’Etat médiéval n’est pas un Etat froid et tyrannique (comme le dit M. Weber… « monopole de la violence légitime… »)

L’Etat reste pragmatique, concret : « l’état est comme un jardin dans lequel le roi règne » … en bon jardinier

 

Proposition pédagogique


F.Beauger-cornu, professeure et formatrice de l’académie d’Orléans-Tours, Formatrice, missionnée auprès du service pédagogique du Château propose une démarche à partir de l’exemple des comtes de Blois

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Compte-rendu rédigé par Jean-François Loistron (jean-franc.loistron@ac-nantes.fr) - Octobre 2020

 

 

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