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le totalitarisme / les totalitarismes

mis à jour le 01/11/2019


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De l'apparition de l'adjectif italien, totalitario, à l'emploi actuel du terme totalitarisme au pluriel, la naissance et la définition d'un concept au coeur des programmes du collège - "expériences totalitaires" en 3ème - et du lycée "les régimes totalitaires" en classe de terminale.

mots clés : totalitarisme, régime totalitaire


3 expériences historiques sont  à l’origine de la notion : le fascisme italien , le national-socialisme allemand, le bolchevisme russe. Par ailleurs, la Première Guerre Mondiale, qui mobilise les sociétés en entier et qui définit à la fois des ennemis intérieurs et extérieurs, est l’une des racines du totalitarisme.

La naissance du concept

L’adjectif totalitario apparaît en italien au début des années 1920. Il désigne la tendance du parti fasciste à s’emparer de tous les aspects de la vie de chaque individu et de la nation tout entière pour les orienter vers ses fins.  Cet adjectif est d’abord utilisé par le milieu antifasciste italien pour dénoncer l’ambition proclamée du régime de contrôler la totalité de la vie de chaque individu et de la soumettre à un Etat d’un type nouveau. Mais il est repris par Mussolini et Gentile pour définir l’Etat fasciste, affirmer ses valeurs face à la démocratie libérale.

 Dans les mêmes années, on note une utilisation similaire du terme allemand « total » :  expressions « totale Krieg » (guerre totale), totale Mobilmachung (mobilisation totale), « totale Staat » (Etat total). Mais ces expressions sont peu utilisées par les nazis.

En France, la notion de totalitarisme est utilisée dans les années 1930 par les penseurs antifascistes.  L’adjectif totalitaire désigne alors une phase des régimes voués à une évolution dictatoriale. Par ailleurs, avec la collectivisation forcée quelques intellectuels de gauche commencent à ranger le stalinisme dans le totalitarisme.

Mais jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale, le terme totalitarisme désigne quasi exclusivement le fascisme et le nazisme et presque jamais le stalinisme.

 

La définition du concept

C’est après la Seconde Guerre Mondiale que la réflexion conceptuelle s’approfondit. Le principal ouvrage théorique sur la question the origins of totalirarianism  de Hannah Arendt  est publié en 1951.

Arendt établit une filiation entre impérialisme, colonialisme et régimes totalitaires. Elle définit le totalitarisme comme une forme de pouvoir inédite qui se distingue des régimes autoritaires, qui restent liés à l’existence de libertés puisqu’ils les restreignent. Le totalitarisme se distingue également des tyrannies qui suppriment toute liberté publique mais sans entièrement supprimer les libertés privées. Le totalitarisme supprime à la fois les libertés publiques (d’association, de réunion, d’opposition, de manifestation...) et la moindre étincelle de liberté privée. Chez Arendt, les camps sont l’essence même du système totalitaire. Dans les camps s’expérimente la destruction méthodique de la personne humaine (personne juridique, personne morale, personne psychologique). Arendt parle de désolation pour nommer cette épreuve d’une perte radicale des moyens de faire l’expérience d’un monde.  Elle définit un mal radical : mal qui détruit le monde à la racine. Elle montre que les camps de concentrations (utilisées en Afrique du sud) sont importés en Europe dès la Première Guerre Mondiale puis généralisés par l’Allemagne nazie et l’URSS. Ils sont le lieu d’achèvement du processus de déshumanisation et de spoliation de la personne.

Carl Friedrich et Zbigniew Brzezinski, dans  totalitarian dictatorchip and autocracy, paru en 1956 formalisent la vision du totalitarisme comme régime immuable, susceptible de s’auto reproduire. Ils définissent 6 caractéristiques :

-      Une idéologie qui s’infiltre dans tous les domaines de la vie sociale et culturelle

-          Un parti unique, organisé de façon hiérarchique et bureaucratique et dirigé par un dictateur

-          Un régime de terreur permanente assuré par une police politique toute puissante

-          Un monopole des médias

-          Un monopole de la violence étatique

-          Une planification centralisée et étatique de l’économie

Ce schéma  postule une similarité entre totalitarisme communiste et totalitarisme fasciste-nazi. Cependant, dans le contexte de la Guerre Froide, le concept prend une dimension apologétique : celle du monde libre dont les Etats-Unis sont le garant face à l’incarnation du totalitarisme : l’URSS.

Le concept est porté par les intellectuels européens sur les campus américains et  assure le passage de l’antifascisme à l’anticommunisme. L’antitotalitarisme devient l’anticommunisme.

En France,  le concept est considéré comme un concept de droite et s’efface au profit du concept d’impérialisme (cf. contexte décolonisation, Bandung).

 

Les remises en cause du concept

Dans les années 1970, une école d’historiens révisionnistes (Moshe Lewin, Sheila Fitzpatrick, Stephen Cohen) s’attache à montrer que le régime stalinien gouvernait le pays non pas par la terreur uniquement mais par une adhésion d’une partie de la société et que subsistaient de larges zones d’autonomie.

En Allemagne, les travaux de Martin Broszat ou Hans Mommsen sur l’histoire du quotidien montre une société loin d’être totalement homogénéisée par le totalitarisme nazi. On trouve en Allemagne une gamme d’attitude depuis l’adhésion enthousiaste au régime jusqu’à l’opposition la plus résolue.

Le concept de totalitarisme est donc remis en cause par des historiens anglo-saxons et allemands.

Dans les mêmes années et à l’inverse, en France et en Europe de l’Est, le concept revient. En 1973, Soljénitsyme publie L’archipel du goulag et le totalitarisme devient la clé de lecture du XX° siècle. Le concept est également populaire dans les milieux de la dissidence en Europe de l’est. Vaclav Havel propose le concept de post-totalitarisme pour qualifier la situation de la Tchécoslovaquie : dans le régime post-totalitaire c’est la mémoire de la terreur plus que la terreur elle-même qui étouffe la société civile.

 

L’apparition du pluriel

Avec la chute de l’URSS et l’ouverture des archives, la comparaison entre les divers régimes totalitaires est l’objet d’études. Cette histoire comparée des totalitarismes dévoile un certain nombre de différences essentielles entre les régimes fasciste, nazi et stalinien :

-          Violence : en URRS, elle est dirigée contre la société civile ; c’est une violence qui désarticule et brise le corps social. En Allemagne, elle est  dirigée vers l’extérieur, l’étranger, les races inférieures dans un élan de conquête de l’espace vital.

-          Forme variée et amples de résistance sociale sous le stalinisme / adhésion majoritaire au nazisme en Allemagne. (l'historiographie actuelle allemande s'attache toutefois à la mise en valeur des différentes formes de résistance).

-          Goulags : camps de travail forcé dans une économie esclavagiste/ centres de mises à mort nazis : centres industriels de mise à mort.

 

Le terme totalitarisme est donc aujourd’hui employé au pluriel. C’est un concept incontournable en science politique, il comble une lacune du vocabulaire politique (typologie des formes du pouvoir). En Histoire, le concept reste insuffisant car il bute sur la complexité et l’épaisseur d’un social que le politique n’est pas parvenu à absorber. A l’instar du concept de féodalité, le totalitarisme est un idéal type.

 

Bibliographie

Enzo Traverso, Le totalitarisme, Seuil, 2001

Johann Chapoutot, Le nazisme. Une idéologie en actes, La Documentation Photographique, n° 8085, janvier 2012

Krzysztof Pomian, article « Totalitarisme » dans la Revue Vingtième siècle, vol. 47, juillet-septembre 1995, pages 4-23 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_0294-1759_1995_num_47_1_3177

Les totalitarismes, Textes et Documents pour la Classe, n°1048, 15 janvier 2013

 

 
auteur(s) :

Elodie Soubise, membre de l'équipe espace pédagogique

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