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étudier la Troisième République à partir d'un tableau

mis à jour le 26/04/2013


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Le tableau Devant « le Rêve » de Paul Legrand, conservé au Musée des Beaux Arts de Nantes,  offre de nombreuses entrées pour étudier la Troisième République dans les années 1880-1890 aussi bien au collège qu'au lycée.

mots clés : République, 1870, presse, nationalisme, amitié franco-russe


Une ressource pour étudier la Troisième République

Devant « le Rêve » témoigne de l'ancrage républicain et nationaliste de la France à la fin du XIXe siècle et permet de mesurer l'impact considérable de la presse, en premier lieu celui de la presse populaire illustrée, à l'occasion d'un événement, le voyage du tsar Nicolas II en France en 1896.
 

Devant « Le Rêve »


Devant « Le Rêve » , Paul Legrand

Devant « Le Rêve » 1897, Paul Legrand
Huile sur toile 134 x 105 cm
Musée des Beaux-arts de Nantes


Paul Legrand, peintre de Salon


Le tableau est signé Paul Legrand. Exposé en 1897 au Salon des artistes français, il fut acheté par la Ville de Nantes pour son futur musée des Beaux-arts dont l'inauguration était prévue en 1900. La même année, une gravure d'après le tableau était publiée dans le journal La Famille.

Paul Legrand est né à Vitry-sur-Seine et fut l'élève de Gérôme et de Saint-Pierre (Musée municipal des Beaux-Arts : catalogue, Marcel Nicolle, Nantes, 1913). Il exposa régulièrement au Salon dans les années 1890-1900. Il semble s'être d'abord spécialisé dans le genre du portrait mais présenta aussi des scènes de la vie quotidienne. Le livret indique qu'il habitait au 42 rue d'Orsel à Paris. Il est parfois confondu avec Paul-Emmanuel Legrand qui exposait au Salon à la même époque.

Une scène de rue à Paris sous la Troisième République



C'est l'heure du goûter. Des écoliers, tous des garçons, se sont arrêtés devant un kiosque à journaux après la sortie de l'école. Sous l'oeil de la vendeuse, ils fixent avec attention une image accrochée sur la gauche du kiosque que l'un d'eux, portant béret, désigne avec son pouce : il s'agit d'une gravure en couleur d'après Le Rêve, célèbre tableau patriotique peint en 1888 par Edouard Detaille.

Tout autour de cette gravure sont accrochées d'autres images publiées dans les suppléments illustrés de la presse populaire de l'époque, le Petit journal et le Petit Parisien. Elles permettent de dater la scène car elles sont toutes en rapport avec le tsar Nicolas II et le voyage qu'il fit en France au mois d'octobre 1896.

Autre élément de datation, une reproduction du portrait officiel du président de la République Félix Faure est placée bien en évidence, sur la droite du kiosque. Elle masque en partie les grands titres de la presse quotidienne (le Petit Caporal, l'Intransigeant, l'Écho de Paris, le Gaulois, le Figaro, la France, le Temps, le Vélo, l'Éclair...) accrochés verticalement.

Un ancien combattant, portant l'uniforme des pensionnaires de l'Hôtel des Invalides, s'éloigne vers la droite en traînant une jambe de bois ; il est entièrement absorbé par la lecture du journal qu'il vient d'acheter. Le fait qu'il soit en partie coupé par la bordure de la toile accentue l'impression qu'il sort de scène.

Une simple image de la vie quotidienne ou un tableau programme ?


Réalisé en 1896-1897, le tableau de Legrand rend hommage au Rêve d'Edouard Detaille, oeuvre emblématique du nationalisme revanchard des années 1880. Sous les dehors d'une scène de la vie quotidienne, il répertorie, sans grandiloquence, quelques aspects significatifs de la politique menée par les gouvernements des années 1880-1890 : le service militaire (loi de 1889 renforçant l'universalité de la conscription), l'école républicaine (lois Ferry de 1881-82), la liberté de la presse (1881), l'alliance franco-russe (1893) et même l'expansion coloniale. Son message, calqué sur l'idéologie des Républicains opportunistes au pouvoir, peut se résumer ainsi : grâce aux réformes de la République et à sa politique d'alliance, la France est à nouveau sûre d'elle-même, elle peut avoir confiance en son avenir et ne craint plus aucune menace. La présence du portrait du président de la république Félix Faure sur le kiosque vient appuyer la démonstration.
Le tableau, s'il n'est pas explicitement revanchard, témoigne de l'adhésion d'une grande partie de la population aux valeurs de la République. Quelques mois avant les grands déchirements de l'affaire Dreyfus, il rend compte de l'aspiration à l'unité nationale, instrumentalisée par les gouvernants et entretenue par la presse, qui entoura la visite du tsar.
 

La thématique de l'événement dans le tableau

 
Le tableau de Legrand permet d'aborder plusieurs aspects de la notion d'événement :

  • le micro-événement de la vie quotidienne :
un groupe d'écoliers qui s'arrête devant un kiosque pour admirer une image, micro-événement témoignant d'un élan patriotique

  • la mémoire de l'événement :
l'événement passé, traumatique, qu'il faut surmonter, la défaite de 1870. Événement à peine suggéré (Le Rêve de Detaille et la figure de l'ancien combattant) mais toujours présent à l'esprit, dont le souvenir « travaille » la société en profondeur, qui sert de justification à la politique des gouvernements et sous-tend les programmes scolaires

  • l'événement qui fait l'actualité :
le voyage du tsar Nicolas II en France. Un événement fabriqué par le pouvoir politique, relayé et amplifié par la presse. Chaque étape du séjour représente un événement en soi. C'est un événement qui laisse une trace culturelle (développement de la russophilie) et qui s'inscrit dans la mémoire collective.
Qu'est-ce qu'un événement ?

 
« En histoire, l'événement a une durée qui va bien au-delà de la simple temporalité des faits qui le constituent. Quand arrive un événement, il a été chargé par des perceptions et des sensibilités qui se sont formées avant qu'il ne survienne ; l'événement ensuite a son temps propre, mais à l'intérieur de ce temps ceux qui le fabriquent ou le subissent le vivent dans un contexte temporel et historique qui contient à la fois son passé, sa généalogie, sa forme présente et aussi la vision du futur que se font ceux qui y adhèrent ou le refusent. Un événement s'exerce dans une assez longue durée à travers des relations sociales et politiques aux effets structurants ; de plus il génère une mémoire. L'événement ne peut se définir qu'à travers un système complexe de temporalités. »

Arlette Farge (résumé d'un article), in Terrain n° 38, mars 2002, Qu'est-ce qu'un événement ?

 

Les grandes lois de la IIIe République évoquées dans le tableau


Les lois scolaires 1881-1882
- Loi du 16 juin 1881 instaurant la gratuité de l'enseignement primaire.
- Loi du 28 mars 1882 rendant obligatoire « l'instruction primaire [...] pour les enfants des deux sexes âgés de six ans révolus à treize ans révolus ».

La loi sur la liberté de la presse de 1881

« L'imprimerie et la librairie sont libres ». C'est ainsi que l'article 1er de la loi promulguée le 29 juillet 1881 et publiée le lendemain au Journal Officiel proclame la liberté de la presse. L'article 5 précise : « Tout journal ou écrit périodique peut être publié, sans autorisation préalable et sans dépôt de cautionnement ». Rarement une loi consacrant des libertés fondamentales avait suscité une si faible opposition : elle est adoptée à la Chambre des députés par 444 voix pour et seulement 4 contre. Scellant l'alliance des républicains, opportunistes, modérés et radicaux, toutes tendances réunies, la loi sur la presse fait partie d'un ensemble de lois destiné à installer définitivement la République, dans les moeurs et dans les esprits [...] »
Plus tard, des lois furent votées pour « pour réprimer la propagande et les menées anarchistes ». Ces lois du 12 décembre 1893 et du 21 juillet 1894 dites lois « scélérates » furent décriées par l'opposition de gauche car elles limitaient la liberté d'expression acquise en 1881.
Source : Patrick Eveno

Les lois sur le service militaire

- Loi Cissey du 27 juillet 1872 : rétablissement du service national universel d'une durée fixée par tirage au sort, les « mauvais numéros » faisant cinq ans, les « bons » un an.
- Loi Freycinet du 15 juillet 1889 : suppression du tirage au sort, le service actif est ramené à trois ans mais certaines inégalités demeurent : les hommes issus des grandes écoles et les séminaristes ne font qu'un an de service.
- Loi du 21 mars 1905 : service militaire national, personnel, obligatoire et égal d'une durée de deux ans. Les dispenses et exemptions diverses sont abolies mais demeure la possibilité de sursis pour les diplômés.
 
auteur(s) :

Bruno Hérody, chargé de mission au Musée des Beaux-arts de Nantes

éditeur(s) :

Claudie Ferchaud

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