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histoire nationale ; histoire européenne ?

mis à jour le 12/11/2008


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Les 11° rendez-vous de l'Histoire de Blois étaient, cette année, consacrés au thème  « Les Européens ». Quelques notes en guise de compte rendu.

mots clés : Europe, construction européenne, compte-rendu, BLois


 L'Inspection Générale de l'éducation nationale proposait  un débat autour de la question :

« Histoire nationale ; histoire européenne ? »


Alain Bergounioux, Joelle Dusseau inspecteurs généraux d'histoire et géographie, Sylvie Guillaume  enseignante d'histoire contemporaine à l'université de Bordeaux, Anne Dulfy professeur à Sciences Po. et Jacob Vogel professeur de l'histoire de l'Europe et du colonialisme à Cologne  participaient à cette rencontre.

L'Europe a-t-elle une histoire ? C'est avec cette première question, à priori surprenante, que le débat fut ouvert. Et force fut de constater que la réponse était plus complexe qu'il n'y paraissait dans un premier temps.
 
Des origines ...

En effet l'empire romain avait pour centre la Méditerranée et était plutôt tricontinental qu'européen. Pendant les temps de la féodalité, ce fut surtout la culture qui pu servir de lien entre les peuples, pensons à l'art roman et gothique, quant aux Humanistes de la Renaissance s'ils se considéraient  comme membres de la République des lettres - une réalité européenne - ils étaient bien les seuls de leur temps à concevoir le monde ainsi.
Enfin des guerres multiples opposèrent les Européens mais alors nous ne pouvons que considérer  ces rapprochements entre ces peuples comme  bien paradoxaux !

En ce qui concerne l'Europe du XIX° siècle, elle  était avant tout aristocratique et monarchique.  C'est  à la même période dans les milieux de la bourgeoisie, peut - être plus ouverte au monde,  que naît l'idée d'un mouvement transnational. Cette tradition aboutira à la création de la SDN.
Dès le début des années Vingt, le sentiment de déclin et de divisions domine chez certains Européens. Cela conduit quelques penseurs à approfondir une réflexion géo-historique au sujet de l'Europe. La Belgique est souvent au centre de ces réflexions. Sa situation particulière en fait un espèce de microcosme du continent. Pour l'historien belge Henri Pirenne, par exemple, la Belgique ne peut exister véritablement qu'en prenant conscience de son rôle européen.

Un premier point fort en guise de consensus se dégage à ce point du débat : avant l'entre deux guerres il n'y a pas d'histoire commune de l'Europe. L'Europe est bien la fille des désastres du XX° siècle.

... à l'Entre deux guerres

          L'échec de la politique de A. Briand est ici révélatrice et nous rappelle qu'il faut toujours tenir compte du contexte pour analyser une situation historique.
Briand, homme de centre gauche même s'il fut aussi un collaborateur de Jaurès, joua un rôle considérable quant à la progression de l'idée européenne. Il s'agissait pour lui de faire entrer l'Allemagne dans la SDN pour ancrer celle-ci à l'Europe. Il travailla dans ce but avec son homologue allemand Stressman. Mais quand ce dernier  meurt en 1929, Briand perd son principal interlocuteur. Cela ne l'empêche cependant pas de présenter un projet d'union fédérale européenne ... le 5 septembre 1929. Dès le mois d'octobre le mauvais vent de l'histoire économique qui soufflait alors d'Amérique rendait caduque ce plan novateur qui semblait devoir être oublier au cimetière des utopies.

        
 
L'impact de la guerre froide sur l'idée d'union en Europe.

Avec la seconde guerre mondiale le contexte change de nouveau. Les résistants, et parmi eux tout particulièrement les socialistes, ont rêvé d'Europe entre 1940 et 1945.  Le nouveau concept d'Europe se forge dans la période de la guerre froide et, au centre des enjeux de cette dernière, autour de la question de la situation de l'Allemagne.

L'union du vieux continent est alors portée par les États-Unis d'Amérique alors que pour K. Adenauer l'Europe est un moyen pour l'Allemagne de retrouver une situation d'égalité de droits, d'être considérée comme un allié et non plus comme une puissance vaincue.

Pour le Français Guy Mollet, le très anglophile leader  de la SFIO depuis 1946, l'Europe ne peut se penser qu'avec le Royaume-Uni mais celui-ci refuse le projet européen et l'union en se rétrécissant se bâtit autour du couple franco-allemand. La réconciliation franco-allemande était indispensable au projet d'union, pour certains elle en était même l'objectif, elle devient le cœur de cette union atlantiste et très anti-communiste.

Immédiatement cette Europe est ballotée par un contexte mouvant.

Au congrès de La Haye en mai 1948 réuni, sous la présidence de  Churchill qui en appelle à la fondation des « États-Unis d'Europe », les tenants d'une Europe fédérale s'opposent aux Unionistes favorables à une coopération étroite entre États. Mais le « coup de Prague » a déjà eu lieu depuis deux mois, l'Europe unie reste un rêve, l'heure est à la partition du continent.

 La guerre de Corée éclate et les États-Unis n'ont pas les moyens d'intervenir partout. Ils militent alors en faveur du réarmement de l'Allemagne. Mais le projet de la CED suscite maints débats et oppositions y compris en Allemagne, ce qu'on ignore le plus souvent  dans cette France qui finit par repousser le projet de la Communauté Européenne de Défense qu'elle avait mis sur pied et à propos duquel elle avait déployé bien des énergies pour convaincre ses partenaires.

Au cours de ce début des années 1950, cette union qui n'est pas soutenue par les opinions publiques et qui est très critiquée par les milieux intellectuels est plus le fruit de la contrainte et de la nécessité que de l'enthousiasme des peuples.

L'Union européenne fut une opportunité pour le Bénélux et pour la RFA.

La construction européenne est toujours faite d'arrières pensées, mais ces dernières ne sont pas toujours illégitimes ni contradictoires bien qu'elles puissent être différentes.
 
L'Après guerre froide.

Autre leçon à retenir de cette histoire : l'union est un compromis marqué par le réalisme et le pragmatisme, née de la guerre froide. Elle n'a pas de coloration idéologique propre et lorsque la guerre froide disparaît, un sentiment de malaise renaît vis à vis de cette Union et de ses objectifs ; quelle union ? Pour quel rôle dans l'espace maintenant mondialisé ?


Si chaque pays s'est construit autour de son récit national il convient maintenant de construire le récit de l'Europe. Les historiens y ont leur rôle à jouer. Ils peuvent s'appuyer pour cela sur les mutations de l'histoire et sur les nouvelles représentations de la jeunesse européenne. Celle-ci ne connaît pas la notion de frontières ou de passeport. Il existe bien dans l'Union aujourd'hui trois générations (au sens historique du terme) celle de la guerre, celle d'avant 1989, celle d'après la chute du mur de Berlin ! L'espace européen participe aussi à la construction d'une identité de l'Europe.

Le débat fut conclu par l'évocation du dernier article de Bronislaw Gérémek (Voir : M. Rocard, N. Gnesotto (dir.), Notre Europe, Laffont, 2008.)   qui en appelait  à travailler à la constitution d'une mémoire commune, d'une approche historique scientifique  des regards croisés des Européens.
 
auteur(s) :

Christophe Rabu

information(s) pédagogique(s)

niveau : Terminale, 3ème

type pédagogique : connaissances

public visé : enseignant

contexte d'usage : non précisé

référence aux programmes : La construction européenne.

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