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L'intelligence artificielle en cours de français

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Cet article propose une réflexion sur la place et les enjeux de l'IA en cours de français.

IA et littérature

Philippe Vasset dans Exemplaire de démonstration (2002) ou plus récemment Antoine Bello dans Ada (2016) imaginent un monde dans lequel des intelligences artificielles écrivent des romans. Et ce n’est pas vraiment de la science-fiction. On pense par exemple à la société Open AI d’Elon Musk qui développe depuis 2020 « GPT-3 », un modèle de langage capable de produire des écrits poétiques et fictionnels. Il est probable que les expérimentations à venir amèneront des résultats de plus en plus complexes et réussis. Le recours à l’IA dans le processus d’écriture interroge, et ces questionnements idéologiques inquiètent et fascinent. L’artificialité a-t-elle une place dans le domaine de la création ? L’humain peut-il/doit-il concevoir une IA qui produise des écrits non stéréotypés ? Le travail de l’écrivain risque-t-il d’être sous-traité à une intelligence artificielle capable de faire passer sa production pour humaine ? Autrement dit : l’IA sera-t-elle le « prête-plume » du XXIe siècle ? Les robots inventeront-ils une nouvelle littérature ? Comment l’écrivain du XXIe siècle, en relation quotidienne avec les intelligences artificielles, peut-il réinventer son art ? Laissons pour l’instant le dernier mot à Aurélien Bellanger : « Quand j'écris, c'est comme si je domestiquais ma propre intelligence artificielle. Et peu importe qu'elle soit dans mon cerveau ou dans un serveur. L'essentiel, après tout, c'est que nous nous entendions bien. »

En cours de français

  • l’IA comme objet de réflexion
Les programmes de français offrent la possibilité de faire réfléchir les élèves aux enjeux de l’intelligence artificielle. En classe de 3e, le questionnement complémentaire « Progrès et rêves scientifiques » peut permettre d’interroger la relation entre humains et IA à travers l’étude de dystopies littéraires ou cinématographiques.

La lecture de la nouvelle d’Alain Damasio Scarlett et Novak (2021) semble par exemple tout à fait appropriée : « Novak court. Il est poursuivi et fuit pour sauver sa peau. Heureusement, il a Scarlett avec lui. Scarlett, l’intelligence artificielle de son brightphone. Celle qui connaît toute sa vie, tous ses secrets, qui le guide dans la ville, collecte chaque donnée, chaque information qui le concerne. Celle qui répond autant à ses demandes qu’aux battements de son cœur. Scarlett seule peut le mettre en sécurité. À moins que… Et si c’était elle, précisément, que pourchassaient ses deux assaillants ? » (présentation de l’éditeur). Laïla Methnani, IAN Lettres de l’académie de Grenoble, propose une séquence sur Scarlett et Novak dans un article du Café pédagogique ou sur son blog personnel. L’analyse d’extraits de films peut également être intéressante à mener avec les élèves de 3e : Minority Report (Spielberg, 2002), Her (Jonze, 2015), I Robot (Proyas, 2004), Ex Machina (Garland, 2015)… Le professeur de français peut également s’emparer de l’entrée du cycle 4 « Vivre en société, participer à la société » pour interroger les collégiens sur la force des réseaux sociaux et les sensibiliser aux algorithmes de recommandation (des IA!) sur lesquels ils s’appuient. Avec des élèves de 5e on ancrera ce travail dans le questionnement « Avec autrui : familles, amis, réseaux », avec des élèves de 3e : « Dénoncer les travers de la société ».

  • l’IA comme outil pour l’écriture et l’étude de la langue

Le professeur de français peut se servir d’outils utilisant l’intelligence artificielle dans le cadre de l’étude de la langue. Certains collègues expérimentent ainsi l’exploitation de bots littéraires : les élèves sont invités à constituer des banques de mots et à élaborer des structures syntaxiques permettant à l’IA de former des phrases de manière aléatoire. Pour que la production soit correcte et cohérente, les élèves affinent leurs demandes en termes d’accords au sein de la phrase ou de conjugaisons.

Ces productions peuvent s’inspirer d’auteurs : l’IA écrit alors à la manière de Prévert ou d’Apollinaire. Sur Twitter, on peut aller voir le résultat d’un « atelier de conception aléatoire de fragments sparnaciens » (par Caroline Bertelle @CarolineBertel5). Ces expérimentations aboutissent à des créations poétiques qui rappellent des approches antérieures à l’IA : on pense par exemple à l’OULIPO, singulièrement à Cent mille milliards de poèmes, « machine à fabriquer des poèmes » imaginée par Raymond Queneau, qui introduit l’aléatoire et le calcul mathématique dans la composition poétique.

Des applications proposent un parcours d’apprentissage différencié en étude de la langue : l’intelligence artificielle permet de faire progresser l’élève en s’adaptant à son niveau. Dans le premier degré, certains enseignants de l’académie de Nantes ont ainsi testé lalilo. Un tableau de bord permet de récupérer les résultats des élèves pour repérer finement leurs difficultés et donc cibler leurs besoins par compétences : étude du code, compréhension, fluence, étude de la langue. Pour les collégiens et les lycéens, Adaptiv’Langue, expérimenté dans certaines académies actuellement, propose cinq modules d’apprentissage : la syntaxe, l’orthographe, le lexique, le verbe et la logique. Les premiers retours laissent apparaître que les exercices proposés par ces applications ont des avantages, notamment en termes de différenciation et de travail en autonomie, mais qu’ils doivent être considérés comme des supports qui complètent le travail réalisé en classe, sans le remplacer. Si l’utilisation de ces applications se développe, une formation ou du moins un accompagnement des enseignants pourrait être pertinente, afin de partager une réflexion sur l’intérêt pédagogique.

 

Gwenaëlle Leray-Paturaux

 

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