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"Dans ma maison" : lieu de protection ou lieu hostile?

mis à jour le 04/10/2022


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L’activité proposée vise à faire réfléchir les étudiats sur l’un des thèmes au programme de la 2e année « Dans ma maison ». Les étudiants vont réfléchir sur la maison : lieu de protection ou lieu hostile?


mots clés : séquence culture générale et expression, HDA, cinéma, horreur, écrit, maison, imagination


Sortie au Musée des Arts de Nantes en fin de semestre : travail autour d’œuvres choisies par l’enseignante en amont : les étudiants, par groupe de 2 ou 3, préparent en classe une étude d’une œuvre par groupe (courte biographie de l’artiste, présentation du mouvement artistique concerné et analyse de l’œuvre donnée). Puis, in situ, le jour de la visite, présentation de l’œuvre face au groupe.

 

Lexique de la séquence :

Réf. BO : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm

 

cocon, foyer, refuge, roulotte, bunker, yourte, bâtisse, immeuble haussmannien, immeuble de rapport, HLM, gratte-ciel, loft, domotique, pavillon, villa, manoir, château, studio, préfabriqué, baraque, cabane, bicoque, masure, taudis, bungalow, chaumière, ermitage ;

 

foyer, chez-soi, nid, refuge, pénates, lares, retraite, asile, home, confort, cosy, bien-être, Feng Shui, bricolage, restauration, promiscuité, insalubrité, nuisances ; isolement, solitude, hospitalité, sociabilité, utopie, phalanstère, confinement, gynécée, huis clos, domesticité...

 

Séance 1 Bienvenue chez moi !

Chez soi : un lieu de protection ou un lieu hostile ? 

Support : Visionner 2 extraits de Fenêtre sur cour, Hitchcock, 1954

 

a-      Générique de début

Répondre aux questions par écrit :

-          Où sommes-nous ?

-          Comment qualifier cet endroit ? donner 3 à 5 adjectifs qui le caractérisent.

-          Le personnage principal : que lui arrive-t-il ? qu’apprend-on de lui dans cette séquence inaugurale ? quel semble être son état d’esprit dans cet environnement ?

 

b-      Séquence agression finale

Répondre aux questions par écrit :

-          Qu’est-ce qui change dans l’atmosphère par rapport à la séquence d’ouverture ?

-          Que ressent le personnage principal ? est-il aussi calme et apaisé qu’au début ?

-          Comment le réalisateur rend-il palpable la peur ? citez des prises de vue et des plans qui permettent de répondre.

 

Oral : mise en commun des réponses en revoyant les séquences.

 

Vers l’écriture personnelle :


 => Ces deux sociologues proposent chacun 3 fonctions pour la maison ; quelles sont-elles?



Écrit : « Chez soi : un lieu de protection ou un lieu hostile ? »


-Lister dans 2 colonnes ce qui fait que chez soi est un lieu de protection, mais peut aussi s’avérer être un lieu hostile.

- Puis répondre de façon rédigée à la question posée, selon le principe argument-exemple. 15 lignes.

 

Séance 2 La maison de l’horreur

1-      Au cinéma :

https://youtu.be/NvxOO6Ws1Eo

Comment le cinéma américain fait-il de la maison un lieu de l’horreur ?

-          Manoir XIXe 

-          Maison sombre et qui enferme le personnage : maison piège

-          Maison organique qui se transforme : un personnage à part entière


Ex. de films choisis par les étudiants :

-          Sans un bruit, J. Krasinski, la scène de l’accouchement dans la baignoire, dans la salle de bains.

-          La plateforme, G. Gaztelu-Urrutia, prison = lieu clos.

-          Psychose, Hitchcock : le motel = lieu de mort, scène de la douche + le manoir.

-          Us, J. Peele, la maison recèle une « famille inversée », les personnages sous le joug de leurs doubles maléfiques dans leur propre maison.

-          Titanic, J. Cameron, 1997 : le paquebot et l’eau elle-même deviennent des prisons mortelles.

-          Etc.

 

1-      Et en littérature ?

Comment faire trembler le lecteur ?

Support : texte d'Edgar Poe, « La Chute de la maison Usher », in Nouvelles histoires extraordinaires, sept. 1839 (in édition DUNOD, « Tout l’exam », ouvrage de préparation à l’épreuve de CGE, traducteur non indiqué)

Edgar Poe est un maître du fantastique. Il a écrit de nombreuses nouvelles dont La chute de la maison Usher. Le narrateur a reçu une lettre de son ami qui l’invitait au manoir Usher. Il en trouve la tonalité très inquiétante et décide de le retrouver. Le récit commence dès son arrivée.

 

Extrait 1 :

                Pendant toute une journée d’automne, journée fuligineuse1, sombre et muette, où les nuages pesaient lourd et bas dans le ciel, j’avais traversé seul et à cheval une étendue de pays singulièrement lugubre, et enfin, comme les ombres du soir approchaient, je me trouvai en vue de la mélancolique Maison Usher. Je ne sais pas comment cela se fit, mais, au premier coup d’œil que j’ai jeté sur le bâtiment, un sentiment d’insupportable tristesse pénétra mon âme. Je dis insupportable, car cette tristesse n’était nullement tempérée par une parcelle de ce sentiment dont l’essence poétique ferait presque une volupté, et dont l’âme est généralement saisie en face des images naturelles et plus sombres de la désolation et de la terreur. Je regardais le tableau placé devant moi, et, rien qu’à voir la maison et la perspective caractéristique de ce domaine, les murs qui avaient froid, les fenêtres semblables à des yeux distraits, quelques bouquets de joncs vigoureux, quelques troncs d’arbres blancs et dépéris, j’éprouvai cet entier affaissement d’âme, qui, parmi les sensations terrestres, ne peut mieux se comparer qu’à l’arrière-rêverie du mangeur d’opium2, à son navrant retour à la vie journalière... C’était une glace au cœur, un abattement, un malaise, une irrémédiable tristesse de penser qu’aucun aiguillon de l’imagination ne pouvait raviver ni pousser au grand.

 

1- Fuligineuse = chargée de vapeur et de suie.

2- Opium = drogue.

 

 

Extrait 2 :

                Je secouai de mon esprit ce qui ne pouvait être qu’un rêve, et j’examinai avec plus d’attention l’aspect réel du bâtiment. Son caractère dominant semblait être celui d’une excessive antiquité. La décoloration produite par les siècles était grande. De menues fongosités recouvraient toute la face extérieure et la tapissaient, à partir du toit, comme une fine étoffe curieusement brodée. Mais tout cela n’impliquait aucune détérioration extraordinaire. Aucune partie de la maçonnerie n’était tombée, et il semblait qu’il y avait une contradiction étrange entre la consistance générale intacte de toutes ses parties et l’état particulier des pierres émiettées, qui me rappelaient complètement la spécieuse intégrité de ses vieilles boiseries qu’on a laissées longtemps pourrir dans quelque cave oubliée, loin du souffle de l’air extérieur. À part cet indice d’un vaste délabrement, l’édifice ne donnait aucun symptôme de fragilité. Peut-être l’œil d’un observateur minutieux aurait-il découvert une fissure à peine visible, qui, partant du toit de la façade, se frayait une route en zigzag à travers le mur et allait se perdre dans les eaux funestes de l’étang.

 

Voc. : fongosités : des pousses de champignon. Spécieuse = mensongère.

 

Extrait 3 :

                La chambre dans laquelle je me trouvais était très grande et très haute ; les fenêtres, longues, étroites, et à une telle distance du noir plancher de chêne, qu’il était absolument possible d’y atteindre. De faibles rayons d’une lumière cramoisie se frayaient un chemin à travers les carreaux treillissés, et rendaient suffisamment distincts les principaux objets environnants ; l’œil néanmoins s’efforçait en vain d’atteindre les angles lointains de la chambre ou les enfoncements du plafond arrondi en voûte et sculpté. De sombres draperies tapissaient les murs. L’ameublement général était extravagant, incommode, antique et délabré. Une masse de livres et d’instruments de musique gisaient éparpillés çà et là, mais ne suffisaient pas à donner une vitalité quelconque au tableau. Je sentais que je respirais une atmosphère de chagrin. Un air de mélancolie âpre, profonde, incurable, planait sur tout et pénétrait tout.

 

Extrait 4 :

                Je m’enfuis de cette chambre et de ce manoir, frappé d’horreur. La tempête était encore dans toute sa rage quand je franchissais la vieille avenue. Tout d’un coup une lumière étrange se projeta sur la route, et je me retournai pour voir d’où pouvait jaillir une lumière aussi singulière, car je n’avais derrière moi que le vaste château avec toutes ses ombres. Le rayonnement provenait de la pleine lune qui se couchait, rouge de sang et maintenant brillait vivement à travers cette fissure à peine visible naguère, qui, comme je l’ai dit, parcourait en zigzag le bâtiment depuis le toit jusqu’à la base. Pendant que je regardais, cette fissure s’est élargie rapidement ; - il survint une reprise de vent, un tourbillon furieux - ; - le disque entier de la planète éclata tout à coup à ma vue. La tête me tourna quand je vis les puissantes murailles s’écrouler en deux. - Il se fit un bruit prolongé, un fracas tumultueux comme la voix de mille cataractes, - et l’étang profond et croupi placé à mes pieds se referma tristement et silencieusement sur les ruines de la maison Usher.

 

1-      Extraits 1 et 2 : Surligner tous les éléments décrivant la Maison Usher.

Quelles sensations sont associées à ce que voit le narrateur ?

En quoi peut-on dire que la description de ce manoir crée une atmosphère de mystère ?

2-      Extrait 3 : Relever les champs lexicaux de la hauteur et de l’obscurité.

                Pourquoi peut-on dire que le narrateur ressent un certain malaise dans cette chambre ?

                Cette chambre a-t-elle l’air « normal » ? pourquoi ?

3-      Extrait 4 : Il s’est visiblement passé quelque chose entre l’extrait 3 et l’extrait 4, puisque le narrateur dit : « Je m’enfuis de cette chambre et de ce manoir, frappé d’horreur. » Raconter en 10 à 20 lignes le passage manquant.


 

 

Séance 3 Un peu de vocabulaire

Identifier précisément un type d’habitat.

 Voici divers habitats :


Oral : chaque étudiant choisit trois mots de la liste. Donner les raisons qui ont poussé à choisir ces 3 types d’habitats : parce que c’est là que vous aimeriez vivre ou au contraire car cela vous interroge… soyez explicites. Argumentez !

 

Décrire un tableau : Magritte, « L’Empire des lumières », 1954

https://www.fine-arts-museum.be/fr/la-collection/rene-magritte-l-empire-des-lumieres

 
-Dans un 1er temps, écrivez ce que vous souhaitez à la découverte de ce tableau. Que voyez-vous ? Que ressentez-vous ?

- Qu’est-ce qui est en mesure de nous étonner ?

- Quelles symboliques sont associées à la lumière ? à l’obscurité et la nuit ?

- Que peut nous dire l’auteur en mêlant les deux ici ? Quel peut être son message ?

 

Séance 4 Vers l’écriture personnelle :

Travail seul ou à 2.

Recherches préalables par groupe de 2-3, et à partir du voc. de la séance :

1-      Quels lieux de vie précaires existent-ils ?

                Qu’est-ce qui justifie leur création et leur utilisation ?

 
Bunkers, tentes, yourtes, roulottes, camping-car…

 

2-      Lesquels sont-ils utilisés de nos jours par des populations plus aisées que celles qui les ont créées ? Pour quelles raisons ?

3-      Réfléchir à ce sujet d’écriture personnelle :

 

Comment un lieu de vie initialement précaire devient-il prétexte à une vie de luxe ? (Roulotte, bunker, tente, camping-car...)

Plan proposé par les étudiants (travaux de groupes)

I-                    Quels lieux de vie initialement précaires existent-ils ? qu’est-ce qui explique leur existence ? (les étudiants ont travaillé à partir des habitats suivants : habitat troglodytique et grottes préhistoriques – roulotte des gitans au Moyen Age – yourte mongole – bunker 2nde guerre)

II-                  Comment expliquer l’appropriation de ces habitats par des populations qui n’en ont pas la nécessité ? (propositions des étudiants : un moyen pour des gens aisés de « sortir de leur zone de confort » - la recherche de découverte d’habitats traditionnels, puisque le monde moderne est trop aseptisé et impersonnel – recherche de l’insolite pour se déconnecter du quotidien)

 

Séance 5 Localiser et dater

Distribuer fiche « quiz habitats »

Sauriez-vous attribuer un siècle ou une époque à ces habitats, et donc les replacer dans un ordre chronologique de construction ? Qu’est-ce qui vous a permis de le faire ?


 

Séance 5 Maison – réclusion



https://vagabondageautourdesoi.com/2022/03/03/van-gogh-3/



         


1-      Identifier chacun des documents : auteur.trice, titre, année de parution, genre…

2-      Résumer les doc. 1 et 2. Surligner dans chacun des docs les groupes de mots qui vous paraissent définir la situation de chacune des personnes ou des groupes de personnes dont il est question.

3-      Que ressentez-vous à la vue du doc 3 ? Quel lien faites-vous avec le doc 2 ?

4-      Doc. 4 : Que ressentait le personnage avant sa métamorphose et son enfermement dans sa chambre ? Que devient à présent sa chambre ?

5-      Pourquoi d’après vous la maison peut-elle devenir un enfer ?

 

Réutilisez les éléments cités dans la séance 1, puis tirez de ces documents-ci des arguments pour répondre à la question.

Produire une réponse argumentée (intro + 3 paragraphes argumentés + conclusion).

Texte ramassé et évalué.

 

 

Séance 6 Maison – refuge

Début de séance :

Quels programmes télévisés consacrés à la décoration et au « home-staging » connaissez-vous ? En quoi peut-on dire qu’ils traitent de l'intérieur comme d’un « cocon » ?

 

Doc. 1 Œuvre de Bansky, artiste anonyme de street-art, pendant le confinement, photo postée sur instagram. Avril 2020, « My wife hates when I work from home”

https://polture.com/index.php/2020/04/18/loeuvre-de-bansky-durant-le-confinement/

 

Doc. 2 Photo du Palais idéal du Facteur Cheval, fin XIXè, début XXè. Art naïf.

https://www.facteurcheval.com/

 

Avril 1879. Ferdinand Cheval, facteur rural âgé alors de 43 ans, butte sur une pierre si bizarre lors de sa tournée qu’elle réveille un rêve. Véritable autodidacte, il va consacrer 33 ans de sa vie à bâtir seul, un palais de rêve dans son potager, inspiré par la nature, les cartes postales et les premiers magazines illustrés qu’il distribue. Parcourant chaque jour une trentaine de kilomètres pour ses tournées en pleine campagne, il va ramasser des pierres, aidé de sa fidèle brouette. En solitaire, incompris, il inscrit sur son monument “travail d’un seul homme”. Son palais de rêve est achevé en 1912.

 

Document 3 Gaston Bachelard, La Poétique de l'espace, 1957

                Dans ces conditions, si l'on nous demandait le bienfait le plus précieux de la maison, nous dirions : la maison abrite la rêverie, la maison protège le rêveur, la maison nous permet de rêver en paix. Il n'y a pas que les pensées et les expériences qui sanctionnent les valeurs humaines. À la rêverie appartiennent des valeurs qui marquent l'homme en sa profondeur. La rêverie a même un privilège d'autovalorisation. Elle jouit directement de son être. Alors, les lieux où l'on a vécu la rêverie se restituent d'eux-mêmes dans une nouvelle rêverie. C'est parce que les souvenirs des anciennes demeures sont revécus comme des rêveries que les demeures du passé sont en nous impérissables.

                Notre but est maintenant clair : il nous faut montrer que la maison est une des plus grandes puissances d'intégration pour les pensées, les souvenirs et les rêves de l'homme. Dans cette intégration, le principe liant, c'est la rêverie. Le passé, le présent et l'avenir donnent à la maison des dynamismes différents, des dynamismes qui souvent interfèrent, parfois s'opposant, parfois s'excitant l'un l'autre. La maison, dans la vie de l'homme, évince des contingences1, elle multiplie ses conseils de continuité. Sans elle, l'homme serait un être dispersé. Elle maintient l'homme à travers les orages du ciel et les orages de la vie. Elle est corps et aime. Elle est le premier monde de l'être humain. Avant d'être « jeté au monde » comme le professent les métaphysiques rapides, l'homme est déposé dans le berceau de la maison. Et toujours, en nos rêveries, la maison est un grand berceau. Une métaphysique concrète ne peut laisser de côté ce fait, ce simple fait, d'autant que ce fait est une valeur, une grande valeur à laquelle nous revenons dans nos rêveries. L'être est tout de suite une valeur. La vie commence bien, elle commence enfermée, protégée, toute tiède dans le giron de la maison.

 

1-       Ce qui est susceptible d’exister ou pas, ce qui n’est ni vrai ni faux.

 

 

Document 4 : Henry Bordeaux, La Maison, 1910 (écrivain savoyard, 1870-1963)

La trame du roman s'appuie sur la cohabitation de trois générations dans la maison familiale.
Ce foyer qui abrite des vivants, fut aussi celui des morts de la famille, dont le souvenir imprègne les murs.
Henry Bordeaux défend une conception large du foyer, que l'on entretient, que l'on se transmet, qui est habité, au sens spirituel du terme, comme un feu dont la flamme est surveillée en permanence, la famille ne s'éteint jamais si ses gardiens l'alimentent. Heureux ceux qui partagent un feu, car ils sont reliés pour toujours à un lieu, une maison, une histoire, des personnages.

 

      Où vas-tu ?

      À la maison.

Ainsi répondent les petits garçons et les petites filles qu'on rencontre sur les chemins, sortant de l'école ou revenant des champs. Ils ont des yeux clairs et luisants comme l'herbe après la pluie, et leur parole, s'ils ne sont pas effarouchés, pousse toute droite, à la manière des plantes qui disposent de l'espace et ne sont pas gênées dans leur croissance.

      Où vas-tu ?

Ils ne disent pas « Nous rentrons chez nous. » Et pas davantage « Nous allons à notre maison. » Ils disent la maison. Quelquefois, c'est une mauvaise bicoque à moitié par terre. Mais tout de même c'est la maison. Il n'y en a qu'une au monde. Plus tard, il y en aura d'autres, et encore n'est-ce pas bien sûr.

Et même de jeunes hommes et de jeunes femmes, et des personnes d'âge, et des gens mariés, s'il vous plaît, se servent encore de cette expression. A la maison, on faisait comme ci, à la maison, il y avait cela. On croirait qu'ils désignent leur propre foyer. Pas du tout : ils parlent de la maison de leur enfance, de la maison de leurs père et mère qu'ils n'ont pas toujours su garder ou dont ils ont changé les habitudes, et c'est tout comme, mais qui est immuable dans leur souvenir. Vous voyez bien qu'il n'y en a pas deux…

[…] Cependant je n'ignorais pas qu'on lui donnait d'autres noms qui pouvaient retentir avec un son plus riche aux oreilles d'un enfant. […] Et pendant la crise que je raconterai, quand on suspendit à la grille un écriteau déshonorant, on pouvait lire sur l'inscription Villa à vendre. Villa, hôtel, château, palais, comme tous ces termes majestueux, malgré leur prestige, sont incolores ! A quoi bon emberlificoter la vérité ? La maison, cela suffit. La maison, cela dit tout.

                […] Avant qu'on ne l'eût restaurée, je l'ai montrée à une dame, à une dame de Paris […]. Elle pouvait s'attendre à Versailles ou tout au moins à Chantilly. Or, quand je la conduisis, dûment stylée, exaltée et mise au point, devant l'immeuble incomparable, elle osa me demander sur un ton de surprise « Est-ce bien ça ?» Je compris son désappointement. Je l'ai raccompagnée avec politesse jusqu'à sa voiture, mais je ne l'ai pas revue depuis lors, je n'ai jamais supporté de la revoir. On n'est pas d'accord avec les étrangers sur les lieux ni sur les choses de son enfance. Il y a des différences de dimensions. Leurs yeux ne savent pas regarder, et il faut les plaindre. A la place de la maison, ils n'aperçoivent, eux, qu'une maison. Comment, donc, pourrait-on s’entendre ?

 

Document 5 : Joachim du Bellay, « Heureux qui comme Ulysse », Les Regrets, Sonnet XXXI, 1558

 

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestuy-là1 qui conquit la toison2,                               1 : celui 2 : Jason et la toison d’or

Et puis est retourné, plein d'usage et raison,                              

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

 

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison,

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

 

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,

Que des palais Romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

 

Plus mon Loir3 gaulois, que le Tibre latin,                                     3 : La Loire

Plus mon petit Liré4, que le mont Palatin,                                     4 : ville de naissance de du Bellay en Anjou

Et plus que l'air marin la douceur angevine.

 

 

 
auteur(s) :

Isabelle Estienne, Lycée Monge-La Chauvinière Nantes

information(s) pédagogique(s)

niveau : bts

type pédagogique : scénario, séquence

public visé : enseignant

contexte d'usage : classe

référence aux programmes :

 * Références aux programmes/compétences :

L’activité permet de travailler l’ensemble des capacités définies par le programme de culture générale et d’expression : communiquer oralement, travailler la langue orale et écrite, s’informer – se documenter, appréhender un message, réaliser un message, apprécier un message ou une situation.

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