Aujourd’hui, il fait
beau à Cleveland. Le soleil brille. C’est jour de fête
: le printemps est arrivé.
Pour célébrer l’événement, nous
avons tous rendez-vous au café le Phillies. Je me prépare.
J’ai mis ma robe rouge. Au café, je vais retrouver
Jack, mon meilleur ami. Nous nous connaissons depuis l’école
maternelle. Un jour, en milieu d’année, il est arrivé
d’Angleterre. Sa mère l’a déposé
à l’école. Il avait peur des autres et eux ne
le comprenaient pas. Moi, j’ai pris mon courage à deux
mains et je me suis avancée vers lui. Je lui ai dit :
« Bonjour, moi c’est Luna, j’ai cinq ans et demi.
Et toi ?
- Moi, c’est Jack.
- Tu viens d’où ?
- De Londres. On est partis pour le travail de mon père.
Ils sont où les autres ?
- Viens vite, ils sont rentrés. »
Depuis ce jour, nous sommes inséparables.
J’arrive enfin au
café. J’aperçois Royan, le barman, à
travers la vitre. Il me connaît grâce à Jack
; ils sont très liés.
Justement le voilà. Il est sur le seuil du café. Il
tient une petite boîte entre les mains ; il la tend à
Louis d’un air anxieux. Je vois Louis le prendre par l’épaule
, lui dire quelque chose qui lui redonne le sourire. Louis lui rend
la boîte et ils s’apprêtent à entrer. C’est
alors que je m’approche à pas feutrés pour surprendre
Jack.
« Bonjour Luna, comment vas-tu ?
- Comment as-tu su que j’arrivais ?
- Louis m’a prévenu.
En passant la porte du café, je demande à Jack :
- Que tenais-tu dans ta main, tout à l’heure ?
- Rien, ce n’est pas important.
- Tu es sûr ? Tu avais l’air inquiet…
- Non, non, pas du tout… »
J’arrive au
comptoir. Je salue Royan et commande un diabolo fraise pour me rafraîchir.
Il est 22h30, tout le monde est parti. Il ne reste que Jack qui
est assis à côté de moi, Louis qui se tient
comme d’habitude à l’angle du comptoir pour pouvoir
regarder Royan laver des verres. Tous me regardent, je ne sais pas
pourquoi.
« Pourquoi me regardez-vous ?
Jack me prend la main.
- Je voudrais te poser une question.
- Laquelle ?
- Ce n’est pas facile.
- N’aie pas peur. Je ne vais pas te manger tout de même
!
- Je me lance, dit-il après avoir poussé un profond
soupir. Voilà, ça fait longtemps qu’on se connaît…
- Oui, je sais.
- Ne m’interromps pas, s’il te plaît ! Je voulais
te demander si comme moi tu souhaites que nos vies soient liées…bref,
si tu veux qu’on se marie… »
Je ne sais que répondre. Je l’aime mais peut-être
pas assez.
« Tu as le temps de réfléchir. Ne te presse
pas surtout. »
Je suis confuse. Je prends la bague entre mes doigts. Jack, à
côté de moi, tient son verre de whisky dans la main
droite et une cigarette de la main gauche. Royan essuie des verres
et Louis finit le sien.
C’est comme si le temps s’était arrêté.
Ce moment où ma réponse est indécise. Peut-être
oui, peut-être non…je ne sais pas ou plutôt je
ne sais plus.
Avant, je m’étais toujours dit que, s’il me proposait
un jour de l’épouser, je dirais oui sans hésiter.
Mais là, tout est confus. Ma raison me dit oui quand mon
instinct me dit non …ou inversement. C’est un grand
vide. Toutes les lettres bougent, les mots se mettent à résonner
dans ma tête. J’ai peur de savoir.
Delphine Gaudefrin.
professeure, Sylvia Pierre-Seiller,
Lettres
collège Louis Pasteur, St Mars la Jaille
janvier à juin 2005