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apport théorique

Introduire le jeu par la pratique théâtrale

Ce texte propose un éclairage théorique provenant de travaux de recherche concernant le jeu et l'apprentissage.

Si apprendre en jouant est une pratique courante dans certains pays scandinaves où les Instructions officielles (IO) insistent sur son recours pendant toute la scolarité, en France, sa place est plus problématique. Pourtant, le jeu en éducation est une histoire très ancienne. Pendant la période de l’Humanisme et de la Renaissance, il est associé à l’apprentissage. Rabelais fait jouer Gargantua aux cartes pour apprendre les mathématiques. Au XVIIIe siècle, Rousseau l'envisage dans ses réflexions philosophiques de façon ludique. Au XIXe siècle, des théoriciens prônent l’apprentissage par l’action. Ils déterminent que dans le jeu, l’intérêt se trouve dans l’activité même qui s’y déploie, alors que dans le travail, il est orienté vers le but à atteindre. Mais il faut attendre le XXe siècle pour que le jeu ne soit plus du tout considéré comme une activité futile ou simplement récréative, mais bien comme un support d’apprentissage. Pour y parvenir, il est nécessaire de respecter les étapes fondamentales du jeu. "Il doit être libre, circonscrit dans un espace-temps le différenciant de la vie courante et suscitant des relations de groupes" 1. Avant le jeu, les élèves imaginent ; pendant le jeu ils jouent ; ceux qui ne jouent pas regardent activement ; après le jeu ils échangent. Ainsi, dans ce cadre bien défini, les joueurs, à partir d’une proposition émanant de l’enseignant, se préparent et s’engagent ensemble dans une démarche dont ils ont la responsabilité individuelle et collective. Ils expérimentent devant les autres ce qu’ils ont imaginé. Le jeu devient alors un essai. L’échange de points de vue qui le prolonge est dénué de jugements de valeur. Cette fonction du jeu permet une expérimentation de soi et des autres dans une relative sécurité qui permet l’émergence de possibilités insoupçonnées 2.

Pratique théâtrale ou jeu dramatique

À ce stade, il faut distinguer les notions de jeu dramatique et de pratique théâtrale. Le jeu dramatique en éducation (Drama In Education) est un concept anglo-saxon qui utilise les ressources, les techniques et les méthodes du théâtre. Toutefois, il s’en distingue à plusieurs niveaux : Il n’a pas comme but une représentation devant un public étranger à la classe ; il existe une relation acteur / spectateurs, car les élèves jouent les deux "rôles" ; il ne faut pas pour pratiquer des connaissances préalables et des techniques du comédien.

Le jeu dramatique est une école du Je

Il permet un développement personnel. "C’est en œuvrant dans ce domaine que l’éducateur peut avoir quelques chances de modifier les données en améliorant la communication interindividuelle et en restaurant la confiance en soi" 3. À travers ses jeux, l’élève se forge une personnalité. "Le jeu dramatique est un lieu de fiction qui permet aux enfants d’expérimenter des comportements d’adultes… Il est rare que les enfants construisent des jeux dont les personnes sont des enfants. Tout le monde sait que l’enfant inscrit dans le jeu sa dynamique de développement, de construction personnelle, de connaissance du monde et des autres" 4.
Aussi, le jeu dramatique est une école de l’action. L’enfant peut ainsi mettre en action ses sensations, ses émotions, son intelligence et ainsi structurer sa personnalité naissante 5. Il doit être considéré comme "un instrument pour atteindre plus efficacement les objectifs fixés" 6. De même, c’est un jeu social, car les élèves jouent en fonction de ceux qui sont en même temps qu’eux sur scène. L’action individuelle ne prend sens que si elle est intégrée à celle des autres. C’est un jeu de maîtrise de l’espace-temps, car ils découvrent la place qu’ils occupent dans un espace donné. Ils doivent aussi tenir compte du temps et ainsi prendre conscience de l’ordre des actions et de leur durée.
C’est enfin un jeu d’écoute et d’esprit critique, car ceux qui ne jouent pas doivent être attentifs au jeu de leurs camarades pour intervenir lors des échanges et donner des conseils constructifs et respectueux. L’élève-spectateur a donc un rôle actif. Il prend conscience de l’existence d’autres approches possibles que la sienne.

Le jeu dramatique, un outil au service des apprentissages

Par le jeu, les participants créent leurs propres scénarios, travaillent en petits groupes sous la forme d’ateliers centrés sur la créativité. Il faut qu'un climat calme règne pour que la communication soit établie et que l'échange et la coopération puissent se faire. Dans ce bon climat relationnel, on pourra plus facilement comprendre les gestes de l'autre, jouer avec l'autre et devant l'autre. L'enfant prendra du plaisir à être vu sans crainte et prendra du plaisir à voir le jeu de l'autre. Alors, la prise de risque devient plus facile. Chaque participant acquiert de la confiance. "Ces conditions sont favorables aux apprentissages. Ainsi conçu, le jeu motive l’apprenant, structure et consolide ses connaissances, favorise le changement de comportement et des attitudes dans la classe" 7. Le jeu dramatique est un outil d’apprentissage 8, mais il est aussi "une expérience esthétique qui sollicite de manière globale et fait intervenir différentes formes de connaissances et de savoirs" 9. Il favorise le plaisir d’apprendre et de savoir, il est donc une aide précieuse dans la maîtrise des connaissances et des compétences.

Le jeu dramatique modifie le statut de l’enseignant dans sa classe : la proposition

Mais, c’est le contexte d’apprentissage, l’appropriation du jeu par l’enseignant et son exploitation avec les élèves qui rend l’outil intéressant, et non le jeu lui-même. Or, les enseignants font peu jouer leurs élèves, en classe. La crainte de ne pas terminer le programme ou tout simplement d’avoir la sensation de perdre son temps peut expliquer en partie ce constat. Un certain nombre d’entre eux sont pourtant convaincus de l’impact positif du jeu sur les apprentissages. Ils aident alors leurs collègues afin qu’ils puissent s’approprier cette manière d’enseigner qui modifie en profondeur le rôle tenu dans la classe.
En effet, "dans l’activité du jeu dramatique, la volonté de transmettre un savoir ne semble plus première". Le professeur ne distribue plus les connaissances. Il ne donne plus de consignes, mais il émet une proposition de jeu. Celle-ci est fondamentale. "Elle cadre un champ d’expériences et permet aux joueurs de décider de leur parcours en fonction de leurs possibilités (…). Elle considère l’élève comme une personne en formation qui se constitue en fonction des problèmes qu’il rencontre et qu’il identifie comme étapes à franchir. En faisant cette proposition, l’enseignant fait confiance à l’autre et l’appréhende comme un sujet autonome, non contraint (…) car gardant à l’esprit qu’il s’agit de joueurs, les participants peuvent refuser de jouer. À défaut de quoi il ne s’agit plus d’un jeu et la valeur formative de l’activité est menacée. Cela peut poser problème, dans une classe" 2. Néanmoins, un échange peut alors se construire pour connaître les motivations du refus. Ce dernier permet à l’élève d’intérioriser les raisons de son refus et sans doute de mieux le comprendre, et pourquoi pas, de le dépasser lors d’une autre séance.
Par ailleurs, l’enseignant accompagne les élèves dans leurs expériences. Il a le choix d’être le plus proche possible de ses élèves en s’incluant dans le jeu, ou au contraire, il peut introduire une distance objective pour observer et guider la pause réflexive indispensable pour que le jeu puisse entraîner de réels apprentissages. Pendant ce temps de jeu, les élèves ont toute latitude pour construire et émettre des propositions qui seront toutes accueillies. Ensuite, une phase de formalisation est nécessaire. Les élèves ont besoin d’analyser ce qu’ils ont fait. L’enseignant met en évidence pendant cette phase les apprentissages réalisés et les valide afin de les réinvestir.
1. Huizinga (Johan), Homo ludens : essai sur la fonction sociale du jeu, Gallimard, 1995.
Caillois (Roger), Les jeux et les hommes : le masque et le vertige, Folio Essais. Poche, 1992.

2. Page (Christiane), Le jeu dramatique : de la proposition au choix, Revue française de pédagogie, n° 130, 2000.

3. Landier (Jean-Claude), Expression dramatique, Théâtre, Hatier, 1991.

4. Oberlé (Dominique), Jeu dramatique et développement personnel, Retz, 1989.

5. Grosset-Bureau (Claude), Christophe (Suzanne), Issac (Chantal), La lecture par le jeu dramatique, Armand Colin-Bourrelier, 1986.

6. Winnicott Wood (Donald), Jeu et réalité, Gallimard, 2002.

7. Sauvé (Louise), Une analyse des écrits sur les impacts du jeu sur l'apprentissage, Revue des sciences de l'éducation, Renaud Lise & Gauvin Mathieu, 2007.

8. Ryngaert (Jean-Pierre), Le jeu dramatique en milieu scolaire, De Boeck, 1996.

9. Page (Christiane), Éduquer par le jeu dramatique : pratique théâtrale et Éducation, Issy-les-Moulineaux : ESF, 2006.


Les références bibliographiques 5, 7, 8 sont les plus importantes et les plus faciles d'accès.
Les autres références sont plus spécialisées et donc complémentaires pour un approfondissement.

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