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le numérique pour progresser

mis à jour le 24/11/2015


echanger dossier 9

Au lycée Édouard-Branly de la Roche-sur-Yon, des élèves de CAP APR 1 prennent plaisir à écrire et réécrire en français grâce à un riche environnement numérique de travail. Sous la conduite de Laurent Duchez, ils développent des compétences utiles à leur futur environnement professionnel. En s’appuyant sur le numérique, la pratique de l’écriture longue, en particulier, permet de faire progresser les élèves.

mots clés : échanger, numérique en français, écriture longue, autonomie, différenciation


aurent Duchez, professeur de lettres-histoire au lycée Édouard-Branly de La Roche-sur-Yon, est confronté à l’intégration d’élèves en situation de handicap en CAP APR, et à une hétérogénéité croissante de ses classes. Certains élèves sont en situation de handicap (six élèves sur huit sont scolarisés au titre d’ULIS (Unités localisées pour l’inclusion scolaire) en terminale CAP pour cette année scolaire 2014-2015). Comment le numérique permet-il de créer des conditions favorables à l’apprentissage pour ces élèves de CAP ? Comment le numérique enrichit-il la pratique de l’écriture longue en particulier et les activités langagières en général ? Et enfin, comment le numérique valorise-t-il tous les élèves et les aide-t-il à s’insérer professionnellement ? Laurent Duchez propose et développe différentes modalités de travail avec le numérique (comme vecteur principal), pour permettre la réussite de ses élèves. Le niveau d’exigence et les activités proposées se complexifient tout au long du cycle des deux années de CAP.

De l’importance d’un accueil personnalisé

Dans la classe de Laurent Duchez, tout est mis en œuvre pour créer un cadre propice aux apprentissages. L’instauration d’un climat apaisé et rassurant pour les élèves commence dès le début des cours avec un rituel d’entrée en classe. Les élèves sont accueillis individuellement par leur professeur. Il les salue dès la porte d’entrée ; il est debout et accorde un petit mot à chacun. Cet accueil personnalisé établit un véritable climat de confiance et une relation positive. Les élèves se sentent attendus et valorisés. Ils sont accueillis individuellement, comme quelqu’un d’important. Certains élèves ont des troubles de la fonction auditive. Il est d’autant plus important de les accueillir par un face-à-face direct. Pour ceux qui ont des troubles des fonctions cognitives ou mentales, cet accueil les aide à faire la césure entre leurs cours précédents et le cours qui débute. De plus, les élèves se séparent spontanément de leur téléphone portable dans une boîte prévue à cet effet sur le bureau de l’enseignant. Puis, ils laissent leurs sacs et leurs vestes sur des tables à l’écart de la zone de travail. Ils ne gardent que les affaires spécifiques au cours de français. La gestion de classe se trouve facilitée par ce rituel. Les problèmes, les questions ou les humeurs de chacun peuvent rapidement être désamorcés. Les élèves prennent conscience “des codes et des usages sociaux”, ils expérimentent une attitude explicitement préconisée dans le programme de français du CAP. Tout est donc fait pour que le contrat didactique puisse s’établir sereinement entre le professeur et les élèves.

Une salle de classe numérique

L’organisation spatiale de la salle de classe vient renforcer l’impact de cette mise en route motivante et chaleureuse. Avec le numérique, un nouvel environnement de travail est possible. En quoi cette salle est-elle propice à la réussite des élèves ? La salle est vaste et polyvalente. Plusieurs espaces la composent. Au centre, plusieurs rangées de tables font face au TBI. Sur un côté, des tables servent au stockage des effets personnels des élèves. Et tout le reste de la périphérie de la salle est occupé par les postes informatiques. Après la phase d’accueil, chaque élève démarre sa session afin d’être opérationnel pour les va-et-vient entre l’espace de mise en commun au centre et l’espace de travail individuel sur les postes. À l’aide du TBI, le professeur explique les consignes et les objectifs de la séance. Cette mise en mouvement et ce dynamisme semblent particulièrement leur convenir. Ils entrent avec plaisir dans leur salle, se sentent responsabilisés et ils apprécient la liberté de mouvement qui leur est laissée. Grâce au numérique, elle est une véritable salle de travail, car l’élève peut y consulter des ressources, effectuer diverses activités, travailler seul ou en groupes. La plus-value de cette organisation spatiale et numérique de la classe est importante par rapport aux salles informatiques classiques encore très présentes dans les établissements scolaires. Ce type d’organisation spatiale favorise le développement de l’autonomie des élèves, car les usages du numérique induisent une répartition des élèves en ateliers, tous les élèves ne travaillant pas de façon synchrone sur la même tâche et avec les mêmes outils. Le rituel d’entrée en classe et l’architecture de la salle de Laurent Duchez contribuent donc à créer un climat rassurant, valorisant et stimulant. Il est d’autant plus important qu’en CAP une nouvelle modalité d’écriture attend les élèves : l’écriture longue.

 


L’écriture longue dynamisée par le numérique

Une des attitudes attendues des élèves à l’issue de leur CAP est qu’ils soient capables d’“accepter de relire et de réécrire pour progresser et mener un projet à son terme”. Cette attitude est en lien direct avec l’épreuve de français de première année de CAP : l’écriture longue. “Elle débute par un travail de rédaction, l’élève est sollicité dans le cadre d’une consigne d’écriture […], c’est le premier jet” explique M.-D. Minier, doyenne des IEN-ET-EG. Le professeur propose ensuite des pistes d’amélioration individualisées. La consigne de réécriture peut être complétée par des suggestions de lecture afin d’élargir les ressources de l’élève, en vocabulaire, par exemple. À l’issue de ce deuxième jet, une mise au propre est effectuée. Cette dernière étape est systématiquement réalisée grâce à l’outil numérique. Laurent Duchez propose de réaliser toutes les étapes de l’écriture longue avec celui-ci. Quel en est l’intérêt et quels en sont les bénéfices pour les élèves ? Le numérique n’intervient pas seulement en bout de chaîne. L’élève peut dorénavant utiliser toutes les aides intégrées pour écrire (dictionnaire en ligne, correcteur orthographique…). Ces aides constituent des variables didactiques que l’enseignant peut choisir de proposer ou non en fonction des besoins de ses élèves. L’écriture longue se trouve dynamisée, et avec le numérique, les palettes d’outils se diversifient. Laurent Duchez articule également étroitement l’écriture longue et l’insertion de ses élèves dans l’univers professionnel comme le préconisent les programmes de CAP (une des quatre problématiques du programme de français de CAP est S’insérer dans l’univers professionnel).
 

S’approprier des outils et des méthodes

En seconde CAP APR, les élèves doivent se familiariser avec un nouvel établissement en général, et un environnement professionnel avec les ateliers et les cuisines en particulier. L’enseignant demande à ses élèves de rédiger un texte expliquant comment guider une nouvelle élève dans le lycée (voir annexe). En début de seconde CAP, le premier jet est effectué de manière manuscrite. Ensuite, les élèves doivent améliorer leurs textes en produisant une deuxième version à l’aide de consignes précises, comme l’utilisation de synonymes (voir annexe). L’écriture numérique est réalisée avec WordPad. C’est un traitement de texte basique qui ne comprend pas de correcteur orthographique. Ainsi, pour la mise au propre, les élèves doivent réfléchir à différents points de vigilance de la langue comme les conjugaisons, les accords, l’orthographe des mots difficiles ou encore les homophones (voir annexe). Chaque étape requiert une heure minimum de travail, et le professeur corrige les différentes productions entre chaque séance. Une feuille de consignes accompagne chaque élève afin de le guider avec méthode et rigueur dans le processus d’écriture. Quand il pense avoir répondu aux critères demandés, il le note sur sa fiche. L’élève peut consulter des ressources numériques comme des fiches d’aide créées par le professeur ou des bases de données mises en lien sur l’ENT (Espace numérique de travail). Ils peuvent par exemple vérifier leurs verbes à l’aide du correcteur 101. Il s’agit d’un logiciel québécois de correction grammaticale qui permet aux élèves de vérifier l’orthographe des mots difficiles. Le but recherché n’est pas le texte parfait, mais l’obtention d’un texte lisible. Pour l’enseignant, la compréhension des consignes et la réalisation de celles-ci est déjà une réussite pour ses élèves de CAP, qui manient la langue avec difficulté. Enfin, l’écriture numérique permet très concrètement aux élèves de garder en mémoire les trois jets de leur écriture sur le même document. Ils procèdent à des copier-coller du dernier texte écrit avant de le retravailler. De plus, les modifications sont surlignées et en gras afin de mettre en valeur ce qu’ils ont modifié. Chaque manipulation de leur texte est visible. Les progrès et le cheminement restent apparents. Le professeur peut ainsi évaluer la progression de chaque élève. Le numérique enrichit donc fortement la pratique de l’écriture longue. Dans le but de tisser des liens entre le cours de français et le nouvel environnement professionnel des élèves, le professeur propose d’autres consignes d’écriture longue tout au long du cycle. Ainsi après ce premier travail de présentation du lycée, ses élèves ont pour consigne d’écrire une nouvelle fantastique qui prend le restaurant de bioservices pour cadre. Grâce au numérique, chaque élève avance à son rythme dans le long processus d’écriture et de réécriture. Dès sa première année de CAP, il se familiarise avec l’outil numérique et ses différentes ressources.

Une situation authentique d’écriture en CAP

En terminale CAP, l’objectif est plus exigeant. Les écrits professionnels sont au cœur de l’activité d’écriture, et le numérique en est le support indispensable. Une véritable interaction entre les cours de français et l’avenir professionnel des élèves se met en place. Huit élèves reviennent de leur premier stage de deuxième année. Après avoir échangé à l’oral, ils doivent rechercher les qualités attendues pour exercer leur future profession. Le correcteur 101 2 leur permet de trouver des synonymes et de se créer ainsi une fiche de vocabulaire suffisamment riche. Cette activité permet de verbaliser les éléments de cette expérience professionnelle récente. Ensuite, le professeur propose aux élèves une tâche globale complexe : se rendre à un entretien de sélection préliminaire à une période d’essai. Le professeur attend des élèves qu’ils soient capables de réaliser toutes les démarches nécessaires à cet entretien. Ils doivent répondre au mail, confirmer leur venue et joindre une lettre de motivation. Les élèves ont pour objectif de produire ces deux textes toujours en écriture longue. De plus, avant même de rédiger le premier jet de leur réponse au message, ils doivent se créer une boîte électronique. Pour ces élèves en grande difficulté et en situation de handicap, la compétence 4 du socle commun des compétences (Brevet informatique et internet, domaine n° 5 : Communiquer et échanger) n’est pas encore acquise. Ils n’ont pas l’expérience de l’écriture et de l’envoi d’un courrier électronique et ils ne savent pas associer une pièce jointe. Deux écrits sont donc travaillés afin de réaliser la tâche globale complexe proposée par l’enseignant.

Répondre à un courrier électronique : une écriture collaborative

Quatre adultes sont présents pour aider les huit élèves de la classe à créer leur boîte électronique pendant une séance de deux heures. Cette première étape franchie, les élèves reçoivent un message les conviant à un entretien d’embauche (voir annexe). L’analyse du message s’effectue sans l’outil numérique. Il s’agit pour les élèves de mettre au jour les éléments attendus dans la réponse. Ils établissent ensemble une carte heuristique avec tous les critères du mail de réponse comme, par exemple, se montrer enthousiaste. Ensuite les élèves font des allers-retours avec l’outil numérique pour enrichir leur connaissance avant même de rédiger. Une recherche sur les adverbes est effectuée, par exemple, pour pouvoir communiquer son enthousiasme dans la réponse au mail. La consultation d’une fiche-outil sur les formules de politesse est également réalisée. Les élèves se questionnent sur les meilleurs éléments à sélectionner pour leur réponse. Puis vient le premier jet, la première rédaction. Ce travail est effectué immédiatement avec l’outil numérique. Les élèves de terminale sont habitués à cette procédure mise en place dès la seconde. Le deuxième jet s’effectue de manière collaborative (voir annexe). Grâce au TBI, le professeur projette tous les premiers jets de la classe. Les élèves doivent alors retrouver les éléments les plus positifs qu’il faut garder dans chaque production. Ils échangent entre eux, argumentent. Ce partage est valorisant, car tous les textes sont lus, chacun peut donner son avis. Enfin, la mise au net est effectuée. Mais avant d’envoyer leur message de réponse, les élèves doivent rédiger le document à joindre : la lettre de motivation.

L’écriture longue au service des écrits fonctionnels

La rédaction de la lettre de motivation complète les exigences, pour les élèves, par rapport à la réponse au courrier électronique de l’employeur. Une fois encore, la proximité des outils numériques dans l’espace de travail leur permet de trouver des éléments de réponse en autonomie et à leur rythme. Pour respecter les codes de la lettre, ils peuvent ainsi consulter un dossier sur le sujet. Les critères d’évaluation sont établis en collaboration avec les élèves sous forme, une nouvelle fois, de carte mentale. Après le premier jet, le professeur propose un corpus de texte sur le thème du travail avec par exemple la fable Le laboureur et ses enfants de Jean de La Fontaine ou un extrait La Bête humaine d’Émile Zola. En les analysant, les élèves enrichissent leur vocabulaire. Une synthèse globale des lectures et repérages des élèves est réalisée sur le TBI. Chaque élève vient annoter le texte qu’il a analysé. Enfin vient la mise au net. Le correcteur 101 est toujours utilisé pour les verbes. Cependant pour cette tâche globale complexe (rédaction de plusieurs écrits fonctionnels pour répondre à une invitation, à un entretien d’embauche), le professeur a permis aux élèves d’utiliser Open Office. Ce traitement de texte les place dans une situation plus réelle que WordPad utilisé précédemment. Et le recours à ce logiciel traditionnel permet d’alléger la charge de travail des élèves (fautes d’orthographes soulignées). Dans cette tâche, la recherche systématique de toutes les fautes de langue n’est pas la priorité. Les élèves peuvent enfin répondre au message et joindre leur fichier. Ils doivent demander un accusé de réception. Le professeur leur signale par courrier électronique qu’il a bien reçu leur réponse. Les élèves sont incités à relever régulièrement leur messagerie. Au-delà de l’écriture longue, cette tâche les conduit donc petit à petit vers des réflexes professionnels. En généralisant l’usage du numérique et en utilisant divers outils numériques, en particulier pour l’écriture longue, Laurent Duchez pose les jalons d’une écriture numérique. Elle donne du temps aux élèves de CAP, du temps pour apprendre à écrire. Comme le dit le professeur “Il faut du temps pour qu’ils intègrent”. De vrais progrès sont effectués chez ses élèves en termes de savoir, de savoir-être et de savoir-faire. Enfin, le bénéfice pour leur insertion professionnelle est évident grâce au soin apporté aux choix des situations d’apprentissage.


1. Certificat d’aptitude professionnel agent polyvalent de restauration.
 
auteur(s) :

A. Herrier

contributeur(s) :

L. Duchez, Lycée Édouard-Branly, La Roche-sur-Yon [49]

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