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miroir, mon beau miroir !

mis à jour le 18/01/2012


echanger dossier 9

Accompagner l'orientation des élèves, notamment en lycée professionnel, nécessite qu'élèves et enseignants aient des outils à même de donner une image des parcours individuels de chacun, une image à la fois précise sans être figée. Gageure ? C'est à cette entreprise que les enseignants de certaines sections professionnelles du lycée Europe-Schuman se sont attelés. Pour cela, ils ont mis au point un portfolio numérique.

mots clés : orientation, compétences, passerelle, port folio numérique


Depuis 2008, dans le cadre de la réforme de la voie professionnelle, des enseignantes de ce lycée se sont engagées dans une expérimentation, accompagnées par des inspecteurs. Ce travail collectif a conduit les classes de seconde, puis progressivement les autres niveaux, à disposer d'un outil commun de suivi : le portfolio numérique. Aujourd'hui, ce dernier sert de "coffre de voyage" à chacun des élèves et des enseignants. On y trouve les fichiers mis à disposition par le professeur : des formulaires à renseigner pour l'orientation et le suivi des stages, des tutoriels liés aux contenus des différentes disciplines ou d'autres fichiers-ressource. Mais le portfolio héberge aussi des documents que l'élève pourra déposer à son tour. Ce support est donc une ressource qui porte l'image de l'itinéraire de chacun (voir annexe).

Carte aux trésors

À partir du site du lycée, chaque élève accède à son propre espace, protégé par un mot de passe. Une fois sur le réseau pédagogique, il peut accéder à un ensemble de dossiers qui constitue la structure fixe du portfolio, et comporte, à ce jour, cinq rubriques qui sont comme autant de sphères complémentaires. La première est une sphère personnelle où l'élève se présente et indique ses centres d'intérêt. À la fois sociale et professionnelle, elle réunit des dossiers qui centralisent tout ce qui concerne son orientation, qu'il s'agisse des recherches de stage et/ou de leur suivi. En fait, ces dossiers permettent de conserver une image individualisée du parcours de formation de chacun. Dans certains documents, l'élève remplit des champs fixes grisés alors que d'autres parties sont laissées à sa libre utilisation qu'il adapte à ses besoins. Ce portfolio comporte également un volet plus pédagogique, puisque l'élève y retrouve des éléments concernant le diplôme du BEP dans un dossier Examen, et des documents pédagogiques nécessaires à la préparation du baccalauréat.

Comment en est-on arrivé là ?

Cette expérimentation pédagogique et technologique s'inscrit donc dans le cadre de la réforme de la voie professionnelle mise en œuvre en 2009. De ce fait, en baccalauréat professionnel, les cursus sont désormais organisés en trois ans. L'équipe pédagogique anticipe et prépare alors l'expérimentation, qui est étendue dès 2008 à toutes les filières de l'établissement. Les enseignants des sections à vocations administratives et commerciales décident d'organiser les spécialités de quatre classes de seconde autour d'un tronc commun. Ce dispositif pivot à valeur de socle permet de prendre en charge les réalités d'une orientation fluctuante. Les élèves arrivent du collège sans avoir toujours un projet d'orientation très affirmé : la classe de seconde est vécue comme un moment d'infléchissements et de maturation tant personnels que professionnels qu'il convient d'accompagner. Il faut donc inventer des outils qui permettent de garder trace des orientations, du parcours de formation, mais aussi des compétences acquises. C'est ainsi que naît l'idée d'un portfolio "papier" pris en charge par le professeur principal et qui, déjà, comporte les différentes rubriques de l'actuel outil numérique. Ce support s'avère particulièrement pertinent avec l'existence des stages passerelles de fin d'année, qui constituent des remises à niveau pour permettre à certains élèves de "basculer" vers la première de leur choix. Chacun s'accorde à reconnaître l'intérêt de la démarche, mais aussi la lourdeur de cet outil qu'il faut ranger, entreposer alors qu'il doit être accessible à la fois pour les élèves, les enseignants et les familles. Dès lors, la forme numérique s'impose et les différentes rubriques subsistent tout en se transformant continuellement.

Interface

Dans ce travail, s'est imposée l'idée de donner à chaque élève la possibilité, à tout moment, d'avoir accès à son dossier pour le modifier ou le compléter. C'est à cette tâche que s'est attelée Isabelle Noyer-Charpentier, professeur de comptabilité et d'exploitation des transports. En septembre 2009, elle commence à utiliser le portfolio numérique pour le suivi de stage de ses élèves et leurs orientations en cours de cursus. Aujourd'hui, il est proposé à l'ensemble de l'établissement, et se présente sous une forme en partie stabilisée. Pour cela, en amont, ce professeur a créé, à partir d'un simple traitement de texte, une arborescence de dossiers dans le dossier Portfolio hébergé sur le réseau pédagogique du lycée. Chaque dossier contient des fichiers texte. Le fichier central, comme une table des matières, propose des liens hypertexte sur lesquels il suffit de cliquer pour arriver sur un autre dossier ou pour ouvrir un fichier texte. C'est par cet accès seulement que professeurs et élèves peuvent en modifier le contenu puisque l'accès web ne permet que la consultation. Pour l'instant, il suffit donc de disposer de l'ensemble de l'arborescence des dossiers sur une clé USB, procédure simple à l'usage. Le personnel informatique (un professeur déchargé qui tient le rôle de webmaster sur le site du lycée, un informaticien qui entretient les machines et le réseau, et un chef de travaux qui gère l'activation de l'ENT pour chaque élève de seconde et les exportations de base d'élèves, et qui forme les collègues pour tout ce qui se passe sur l'ENT ou le réseau pédagogique) travaille néanmoins à la mise en place d'une procédure qui placerait l'accès web de chaque élève sur le futur ENT, connu sous le nom d'e-lyco. Cela devrait ainsi permettre une consultation publique, comme pourraient le faire des entreprises susceptibles d'accueillir l'élève en stage ou de le recruter en fin de formation. En attendant, lors d'un entretien en entreprise, l'élève peut d'ores et déjà apporter ses données sur un disque amovible et présenter son portfolio.

Sphère personnelle : qui suis-je ?

Sous la houlette du professeur principal et avec la participation des enseignants de la classe, chaque élève commence son année de seconde notamment en se présentant. Dans le portfolio, on retrouve une fiche assez classique intitulée "Je suis". Elle recense toutes les informations qui concernent chacun. L'énonciation à la première personne est de rigueur. L'élève y mentionne aussi bien ses démarches en matière de stages que ses petits boulots ou activités personnelles. La seconde des fiches est plus originale puisqu'elle amène l'élève à faire le lien entre ses attitudes en classe et une attitude en entreprise. Professionnelle donc ! (voir annexe). Pour faciliter cette prise de conscience, une autoévaluation critériée amène à un engagement d'évolution en termes de savoir-être. Dans ce même état d'esprit, les élèves sont aussi amenés à établir leur profil en matière d'apprentissage. Pour cela, ils ont recours à un travail en ligne. Cette forme de bilan de compétences se voit facilitée par le fait que l'accès à la ressource se fasse par un simple lien numérique. Dans la même logique, l'équipe des enseignants a constitué un concours sur le règlement intérieur et aborde ainsi une réflexion sur les compétences et attitudes psycho-sociales de chacun. Avec toutes ces fiches qui balisent son parcours de l'année, l'élève est donc amené à réfléchir sur les facettes de sa personnalité, de son image, avec l'avantage que chacun (élèves, enseignants, et pas seulement le professeur principal) accède à ces éléments.

Sphère orientation : "où vais-je"?

En seconde, et plus spécifiquement avec le professeur principal, on ouvre le volet Orientation professionnelle. Un premier dossier est intitulé : Je découvre le milieu professionnel. Il recense les activités dans ce domaine, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur du lycée. Un premier point d'étape est fait lors de la semaine d'intégration. Le dossier élève propose questionnaires et nécessaires phases de rédaction de bilan. Il est complété lors des phases de stages dites PFMP, autrement dit Période de formation en milieu professionnel. Le second dossier s'intitule : Je travaille mon orientation. Là encore, les étapes sont autant de jalons. Dans un premier temps, on reformule les intentions initiales. Puis, après avoir rempli des tableaux-bilans à l'issue de chaque PFMP, on réalise des bilans partiels qui confirment ou non les choix initiaux. Au fur et à mesure que l'on progresse dans l'année, on peut voir apparaître les termes de changements d'orientation, de réorientation avec un travail sur les motivations. Enfin, l'étape finale est l'argumentation motivée, argumentée, du choix pour la classe de première. On le voit, ce travail trouve sa justification dans l'importance des traces qui gardent la mémoire des étapes et des choix successifs, des doutes et des décisions. Mais il s'appuie aussi sur l'intériorisation liée à l'écriture elle-même. Pour Mme Noyer, en classe de première, l'intérêt principal réside dans le suivi individualisé de ces PMFP, autant d'ailleurs dans la phase d'accompagnement des recherches que dans celle des comptes rendus. Cela étant, l'outil s'avère surtout décisif en terminale où les travaux effectués en entreprise servent de base à la construction du projet présenté à l'examen. Pour cela, il faut que l'élève ait mis à jour ses données auprès du professeur, en transférant les fichiers nouveaux ou modifiés. De ce fait, celui-ci peut, à tout moment, prendre connaissance de l'évolution en cours. Alors, le temps en situation de face à face pourra se trouver plus efficace et se limiter à donner de nouvelles consignes ou à faire préciser des zones restées dans l'ombre.

Un ressort pédagogique

Le portfolio offre une possibilité de penser autrement le temps de l'apprentissage : il permet d'échapper au découpage strict par séances, séquences, trimestre ou par année. Certes, les cours suivent un temps linéaire, mais l'outil permet aux élèves de réaliser leurs apprentissages à leur rythme. Pour cela, le professeur est amené à "déposer" un tutoriel qu'il a élaboré en fonction des élèves qu'il connaît bien. Il leur propose ainsi un travail en autonomie, balisé par ses soins. Ce tutoriel facilite la démarche de l'élève, il l'accompagne comme un professeur pourrait le faire, mais à distance. Tout le talent du pédagogue réside dans le fait d'avoir anticipé les situations de blocage qui feraient naufrager ce travail en autonomie, tout en favorisant l'émergence d'un sentiment d'aventure dont les élèves sont friands. Dans cette perspective, les enseignants doivent donc prévoir leurs travaux et ceux des élèves en pensant en amont à l'archivage dans ce dossier Examen. Il faut donc réfléchir du point de vue de l'enseignant à une hiérarchisation des documents, mais aussi à une codification commune des intitulés qui permettra un classement pertinent. C'est ainsi que chaque fichier doit être enregistré de manière uniforme : nom de l'élève et de l'enseignant, date avec année mois et jour, nom du fichier. L'ordre choisi favorisera ou non certaines utilisations ; le tout est donc de l'anticiper. Un vrai travail d'équipe ! L'élève doit aussi savoir si ces documents sont des cours, des ressources ou des aides pour des travaux oraux, par exemple. Il faut tout faire non seulement pour constituer ses dossiers en vue de l'examen, mais aussi pour que les documents puissent être valides même si l'on change de classe ou d'enseignant.

Une application : le dossier examen du passeport pour les langues

Autre avancée permise par ce support, c'est donc la possibilité d'intégrer dans le dossier des contenus qui vont pouvoir constituer une base de travail et de documents pour présenter le BEP ou le baccalauréat professionnel. Le format numérique et l'insertion de liens hypertexte permettent des avancées pédagogiques intéressantes, particulièrement dans l'esprit du passeport des langues européen. Ce passeport doit être pris en charge par l'élève lui-même, et centraliser les compétences langagières validées sur le cursus de trois ans. À la sortie du collège, les élèves ont validé leur LV1 avec un niveau A2 qui correspond au statut d'utilisateur élémentaire ; à la sortie du baccalauréat professionnel, ils doivent avoir passé le seuil B1, soit celui d'un utilisateur indépendant. Pour certains, plusieurs évaluations sont nécessaires, pour d'autres, c'est le temps de préparation qui varie pour accéder à la validation. Pour cela, un espace "mon passeport de langue anglaise" est désormais intégré au dossier examen de chaque élève. Certains documents sont en consultation. D'autres peuvent être modifiés par l'élève. À l'enseignante de décider des fichiers que les élèves pourront modifier, personnaliser ; à elle aussi d'effectuer le suivi des validations.

Trop classe !

Alors, au moment où ce portfolio quitte sa phase expérimentale et prend sa vitesse de croisière, quels enseignements en tirer ? D'abord, Sandrine Lumeau tient à souligner l'effet d'adhésion aux travaux que représentent cette forme de support et sa visibilité. En regardant cette image, mieux, cet album, tout se passe comme si l'élève se sentait valorisé dans son image même. Parallèlement, c'est aussi l'image de l'enseignant, avec lequel il partage cet outil, qui semble revalorisée. Du côté de la pratique pédagogique, l'outil agit comme un aiguillon : lorsque l'on construit une fiche, un cours, un exercice pour la classe, la perspective est immédiatement posée de savoir comment il peut être amélioré pour être intégré au portfolio de l'élève. Cette réflexion pousse aussi à l'échange au sein de l'équipe. Pas de place à la médiocrité non plus ! Alors, une panacée ? Il n'est pas question de se leurrer sur le travail demandé et sur la volonté de tous à utiliser ces outils. Mais une autre question, liée à la confidentialité, cette fois, se pose aussi : la consultation en libre accès par les familles. En effet, en l'état actuel des choses, l'outil reste la propriété de l'élève avec un accès restreint et protégé. La consultation par la famille, qui serait dans une certaine mesure souhaitable, nécessiterait donc un accès plus ouvert, mais néanmoins limité. Dans ce cadre, les questions générales des interférences entre espace privé et espace public nécessitent réflexion.
 
auteur(s) :

C. Riou

contributeur(s) :

S. Lumeau, I. Noyer-Charpentier, Lycée Europe-Schuman, Cholet [44]

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