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passeurs de mémoire

mis à jour le 18/11/2014


echanger dossier 9

Dans le département de la Mayenne, subsiste à ce jour un seul survivant de la déportation raciale. Passerelles entre hier et demain, les élèves du lycée Raoul-Vadepied d'Évron s'emparent des facettes numériques et de leurs compétences pour sauvegarder le précieux témoignage historique. Ils décident de créer un livre électronique (e-book) multimédia, en écriture collaborative, dans le cadre d'un projet d'action éducative soutenu par la Région des Pays de la Loire.

mots clés : échanger, shoah, déportation, témoignage historique, ressources numériques, livre numérique, écriture multimédia


epuis plusieurs années, Jackie Pouzin, professeur d'histoire et géographie, s'attache à sensibiliser et faire réfléchir ses élèves autour du génocide perpétré par l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Avec d'autres collègues, il impulse une dynamique de participation régulière au concours national de la Résistance et de la déportation (CNRD). Par le passé, plusieurs élèves ont été lauréats. Parmi eux, quelques-uns, convaincus de l'intérêt d'une mémoire collective, souhaitent désormais orienter leur cursus vers la recherche historique, preuve qu'ils ont perçu l'enjeu citoyen de cette transmission humaine. En cette rentrée 2012, l'enseignant réfléchit à une triple gageure : d'une part, comment valoriser la filière L (littéraire), un peu délaissée en lycée général ? Cette année scolaire 2012-2013, seuls quinze élèves s'y sont inscrits. Il s'agit là de l'un des enjeux de la réforme des lycées. D'autre part, comment préserver et transmettre le témoignage d'Abraham Fridman 1, dernier survivant de la déportation raciale en Mayenne ? L'enseignant le connaît personnellement, et monsieur Fridman, né en 1927, accepte toujours de venir témoigner dans l'enceinte du lycée. Enfin, comment dynamiser le travail de ses élèves au fil d'un projet exigeant ? La solution, originale et innovante, paraît trouvée. Ce sera un livre multimédia, au contenu interactif entièrement réalisé par les élèves : utilisation des ressources numériques sous toutes les formes (textes, graphiques, cartes, extraits sonores, audiovisuels) et des outils associés (logiciels, tablettes...). Ce livre électronique, gratuit, disponible sur le site de l'établissement, peut être lu sur ordinateur ou sur une tablette, transportable par monts et par vaux, dans la poche.

Recherches journalistiques

En naviguant sur le livre numérique Passeurs de mémoires, le lecteur traverse l'histoire avec une imprégnation visuelle et auditive forte. En effet, tout au long de l'année, les lycéens de terminale L sont devenus auteurs-journalistes de terrain. Dès le lancement du projet, fin septembre, les modalités de production du e-book sont précisées. Par groupes de deux, les élèves vont s'engager dans l'écriture du livre multimédia articulé autour de sept thématiques, correspondant aux sept étapes majeures vécues par Abraham Fridman : la vie à Paris, Drancy, Auschwitz, Birkenau, Struthof, Buchenwald, le Lutécia (voir annexe). Chaque binôme d'élèves choisit une de ces thématiques et se charge d'en écrire le contenu à partir de multiples documents et des témoignages rencontrés. Sur les heures d'AP (aide personnalisée) ou chez eux en autonomie, ils doivent constituer la trace écrite d'ici fin février : trois paragraphes, auxquels se réfèrent plusieurs liens interactifs (écoute d'interviews, extraits de documentaires, annexes cartographiques...). Le contenu n'est pas exhaustif, l'enjeu consiste bien à mettre en exergue les possibilités complémentaires du numérique, en corollaire d'un projet profondément humain. Dès le mois d'octobre, Abraham Fridman vient au lycée, devant les élèves, pour une conférence pleine d'émotion. Il vient à la rencontre de la classe et d'autres lycéens, le temps d'une conférence-témoignage. Les adolescents prennent leurs premières notes, posent de multiples questions. Monsieur Fridman retrace, à soixante-dix années d'intervalle, son parcours hors du commun. Pendant la guerre, il vit à Paris. Il est arrêté le 22 juillet 1944 pour être interné à Drancy, puis déporté à Auschwitz par le convoi du 31 juillet 1944 (le dernier !). Ce convoi comprend mille trois cents personnes dont trois cents enfants. L'exposition "C'étaient des enfants" 2 de l'hôtel de ville de Paris évoque cet épisode douloureux. Une semaine après la rencontre-conférence avec Abraham Fridman, fin octobre, toute la classe part à Paris pour s'immerger dans cette exposition, puis au mémorial de la Shoah. Les binômes poursuivent leur travail de relevé d'informations et de prises photographiques. Peu à peu, les traces écrites des sept chapitres se profilent, relues et étayées par l'enseignant. En février, le groupe visite le nouveau mémorial de Drancy, où un nouveau survivant déporté, Jacques Altman, leur évoque son passé poignant. Des prises de son viennent immortaliser la rencontre. Enfin, en mars, c'est à Auschwitz, puis à Buchenwald et enfin au camp de Struthof que la classe suit le sillage d'Abraham Fridman. Le projet est devenu partie intégrante du groupe-classe, car selon Jackie Pouzin, "un témoignage vécu, et vivant, est toujours bouleversant". Des cartes illustrent également le propos, enrichies après corrections et commentaires des autres membres du groupe. Si une certaine liberté pour construire le chapitre est laissée à l'initiative des élèves, chacun doit néanmoins reformuler ou consolider son contenu en fonction des remarques des camarades qui relisent également le travail des autres. Ceux-ci le font spontanément lors des heures d'AP, tel un comité éditorial, ou à tout autre moment de la journée. Ainsi, cette carte de déportation plus que sommaire, survolée, a été modifiée sur logiciels de cartographie (géoportail comme image de fond puis édugéo en montage) pour trouver une place digne de ce nom dans le livre collectif. De lui-même, l'élève auteur a pu constater la trop grande légèreté de son travail et y remédier, en progressant sur sa maîtrise des outils numériques. L'aide personnalisée trouve ici tout son sens.

Une écriture à quinze mains...

Aidé de trois collègues (M. Péan et F. Philippon en lettres, ainsi que M. Peilloux en philosophie), Jackie Pouzin a déposé en amont son projet d'e-book dans le cadre d'un Projet d'action éducative (PAE) soutenu par la Région des Pays de la Loire, en partenariat avec la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. En cela, il engage la classe à une restitution orale en amphithéâtre le 22 mai, à Angers. Devenir passeur de mémoire à l'heure numérique n'exclut pas, loin s'en faut, la maîtrise de la compétence orale. Au début du projet, lors de la présentation de l'e-book et des modalités générales, les élèves se souviennent, en souriant, de leur légère indifférence : "Bon, on va faire un exposé sur la Shoah, c'est du travail scolaire en plus, et dire que ce n'est même pas noté !". L'absence de notation classique les a même déconcertés. L'enseignant explique qu'il souhaite, par ce chemin, permettre une écriture personnelle, intime, totalement libérée. Le sujet du génocide, extrêmement sensible et pudique, doit trouver les mots sans entrave aucune. "Finalement, si ça avait été noté, on aurait eu un but obligé. Là, on s'est tous appliqués parce qu'on s'est investis vraiment, individuellement", complète une élève. D'ailleurs, cette méfiance initiale s'est éclipsée dès l'aube du premier face-à-face avec Abraham Fridman, en octobre. La mise en situation réelle, dans un vrai projet humain, rend les élèves acteurs ; dès lors, ce sont eux qui vont devenir des porteurs de savoir. Ce sont eux qui, à leur tour, vont évoquer les pages sombres de l'Histoire, mélangées aux siennes ; son enfance parisienne, son internement à Drancy, aux camps d'Auschwitz, de Buchenwald, de Struthof. C'est l'occasion rare d'entendre le message d'un homme, d'écouter une existence singulière. Les objets à l'étude au programme d'histoire s'entrecroisent et font sens : le rapport des sociétés à leur passé, l'historien et le patrimoine parisien, l'historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale. En superposant les textes documentés qu'ils écriront à quinze mains, les confidences recueillies aux ressources multimédia actuelles, les lycéens comprennent l'enjeu de leur implication dans ce livre hors pages.

... reliées et connectées à distance

Pour illustrer chacun des sept dossiers constituant le futur e-book, les élèves peuvent, à leur guise, intégrer du son (extrait sonore ou interviews en format mp3), de la vidéo (à partir de liens internet), des photographies prises au fil de l'année, et bien entendu des textes et graphiques informatifs. D'un point de vue technique, c'est une élève volontaire, Mélanie, qui est chargée de mettre en place une plateforme sur Google (logiciel Google drive). Le choix de cette plateforme s'est fait conjointement avec les élèves, dans la mesure où elle s'applique à un travail collaboratif de grande envergure (partages simplifiés de documents, écritures à plusieurs mains avec suivi des modifications en ligne, intégration de tous les types de docs : photos, sons, textes...) ; les transferts de fichiers lourds ou en grand nombre y sont simples. De plus, elle est compatible avec les tablettes et smartphones, utilisés par les adolescents, dans une logique de BYOD 2. Une fois le livre numérique finalisé, les potentialités de e-lyco serviront à en partager la lecture et à montrer les coulisses du projet. Aidée de son professeur, Mélanie crée donc un compte sur la plateforme avec des dossiers partagés, accessibles à tous les enseignants et élèves du projet. Dans cet espace, chaque lycéen dispose d'un traitement de texte, tableur... Une fois qu'il est en ligne, chaque élève du binôme peut corriger, amender son document et lire ceux des autres. Chacun peut stocker et partager ses supports sur cette plateforme, au moment où il le souhaite ; chez lui le soir, le week-end ou durant la journée au lycée. Cette extension temporelle facilite la capacité à développer son expression personnelle et à utiliser de manière critique les ressources en ligne (intranet de l'établissement). De la même manière, chaque enseignant peut lire et corriger les documents à distance, finaliser la mise en forme, lorsque le temps manque en cours. Jackie Pouzin précise pourquoi la quantité documentaire attendue n'est pas exhaustive (trois paragraphes) : il n'est pas question ici d'un archivage encyclopédique. La trace visible du travail de l'élève étant l'objectif central, le professeur interdit tout "copier-coller" et n'accepte que les productions personnelles. Pour développer leur autonomie et leur organisation temporelle, les élèves ont reçu dès l'automne un planning annuel (voir annexe). Ce travail collaboratif, à deux d'abord, puis avec tout le groupe, n'est pas forcément aisé. Certains élèves avouent qu'ils auraient préféré rédiger seuls, en intimité. Au sortir de la visite des camps, chacun est touché au fond de lui-même et les mots ne viennent pas, ou plus. L'autre n'a pas forcément le même point de vue. La notion de focalisation subjective, évoquée en cours de français, trouve ici un écho délicat. Il faut savoir s'exprimer avec clarté en respectant la vision de l'autre. Sur le créneau d'AP, les élèves et les enseignants se retrouvent ensemble pour mesurer les doutes, questionnements et avancées autour du projet, soit une heure sur environ six semaines dans l'année ; moments privilégiés de face-à-face direct.

E-book, d'accord, mais livres d'abord !

Afin de se construire une base de documentation solide, les élèves disposent d'une malle aux livres, apportée par Jackie Pouzin, composée d'ouvrages personnels. Plus de trente livres de tailles variées sont proposés en accès libre, au cœur même de la salle de cours : magazines d'histoire, essais, reportages photographiques, condensés d'exposition, témoignages et fictions sur le génocide (voir annexe). L'objectif, abordé en parallèle avec les collègues de lettres, consiste à amplifier la culture générale des adolescents en filière littéraire, bien au-delà des œuvres au programme de littérature. À la fin du projet, le professeur comptabilise un minimum de trois documents empruntés par élève, avec un maximum d'une dizaine d'ouvrages pour certains adolescents ; un enrichissement certain ! Ainsi, un groupe d'élèves fait le choix d'intégrer un extrait de Si c'est un homme, de Primo Levi, pour appuyer son chapitre sur Auschwitz. Sans le projet et la malle à livres, il ne l'aurait peut-être pas lu. Parallèlement, la malle mystérieuse contient des DVD. Pour compléter leurs informations, les lycéens investissent la sitographie proposée par l'enseignant. Au fil de leurs recherches autonomes sur la Toile, ils peuvent également rajouter des documents ou des sites, dont ils ont vérifié les sources, avec un esprit critique. Ainsi, cette carte des principaux itinéraires des convois à destination d'Auschwitz trahit la réflexion autour d'un réseau ferré existant, offrant les meilleures potentialités d'acheminement pour l'armée nazie. Le travail préalable de l'élève se retrouve sur la version finale du livre numérique. Les interfaces fonctionnent par clics. Sur ordinateur, le player (lecteur du e-book) peut décider du degré de profondeur de sa lecture. Contrairement à un livre papier, il n'est plus obligé de lire de façon linéaire pour parcourir l'ouvrage. S'il s'ennuie, il peut passer aux pages suivantes et accéder directement au dossier qui l'intéresse. Si un sujet le captive, il peut choisir d'aller plus loin et d'élargir sa documentation en cliquant sur les ressources complémentaires proposées à l'écran (voir annexe). Ici, il trouve un extrait de reportage de France TV éducation (site libre de droit) sur la première rafle à Paris du 14 mai 1941, là, une interview d'Abraham Fridman.

Le e-book, s'il reste bien un livre, propose des supports audio-visuels, des possibilités de cartes interactives que ne peut apporter son ancêtre en vélin. Par ailleurs, l'e-book garde la trace des lectures effectuées : on peut ainsi savoir si l'on a parcouru trente ou soixante-dix pour cent de la totalité du livre. Cela permet de mesurer la progression de la lecture et de stimuler les lecteurs moins ardents.
 

Au son de multiples voix

À chaque étape du parcours, des activités d'écriture et de mise en voix sont envisagées (voir annexe). Le 26 mars, quelques jours après la fin du voyage, les professeurs demandent aux adolescents de produire un texte sonore à la façon du Je me souviens, œuvre publiée en 1978 par Georges Pérec. En trente minutes, ils doivent retracer leur expérience d'Auschwitz, par exercice de mémoire. Je me souviens, les salles remplies d'objets appartenant à ceux qui furent sacrifiés. Les cages en verre s'étendant sur des mètres de long, remplies jusqu'au plafond. Les noms sur les valises. "Je me souviens, l'odeur de la mort et le poids pesant sur mes épaules dans le four de Birkenau". Ainsi s'exprime Ilaya, élève de terminale. À l'instar des autres textes rédigés, ces lignes peuvent être mises en voix par les lycéens eux-mêmes. Avec un juste esprit d'analyse, Emmanuelle commente ce travail d'oralisation : "L'intonation de la voix, sur un sujet grave, ne peut être que descendante. Pour certains mots ou passages importants, je m'étais mis des flèches ascendantes sous le texte, pour amplifier ma voix. Malgré tout, par pudeur et pour ne pas trop en rajouter, j'ai essayé d'adopter un ton neutre, sans pitié. Ce n'est pas facile d'évoquer une pluie de puces qui tombent des baraquements des déportés, et de pas se laisser aller à la tristesse, la colère ou l'émotion. Mais, il fallait rester digne. Je m'y suis reprise à plusieurs fois pour adopter un ton qui me semblait juste".

Chacun, chacune, lit son texte à voix haute devant toute la classe ; alors, les commentaires guident et améliorent la lecture : moins vite, plus de pauses, d'articulation. Certains élèves ont eu l'idée de rajouter une atmosphère, un fond sonore. Finalement, après concertation du groupe, la classe décide que non ; on lit le témoignage d'un homme, on est des passeurs de mémoire, on n'a pas le droit d'influencer l'auditeur par des bruitages subjectifs. Côté technique, les élèves utilisent leur smartphone ou un enregistreur, tout simplement. En salle informatique équipée du logiciel Audacity, ils enregistrent leurs fichiers son en format mp3, les retravaillent et effectuent eux-mêmes le montage. En plus des compétences techniques développées, tous adhèrent au fait que, par leur voix ou celles de déportés, la version numérique offre un plus indéniable au lecteur, et à l'auditeur.




Multi-média multi-ressources

Par extension, la version e-book, si elle reste imprimable dans un format livresque plus traditionnel, offre des capacités pour des publics divers. La version sonore peut s'adapter à un public déficient visuel. Que ce soit sur tablette ou sur ordinateur, des icônes permettent une fonction loupe, grossissant à l'envi les caractères (voir annexe). Contrairement à ce que l'on pourrait penser de prime abord, la lecture sur grand écran n'a rien à envier aux petits caractères des livres papier en format de poche. Pour un lectorat âgé, comme c'est le cas des témoins de la Seconde Guerre mondiale, la version numérique permet un grossissement des caractères adapté à leur vue parfois défaillante. Le fait que des ressources sonores soient également accessibles leur offre un contact privilégié avec le contenu de l'œuvre. Au sein de leur livre numérique, les élèves de la terminale littéraire font également le choix d'intégrer un extrait d'une émission diffusée sur France Inter, "Le grand entretien", avec pour invitée Marceline Lordidan-Ivens, jeune résistante déportée. Mises à leur disposition par Jackie Pouzin sur la plateforme collective, les cinq heures de ce témoignage titanesque ont pu être écoutées et réécoutées en dehors du temps scolaire. Alors, les élèves ont sélectionné un passage descriptif du voyage en wagon à bestiaux, en conscience. Pour son texte lu, Océane choisit d'employer le pronom personnel de la première personne je, pour redonner vie aux paroles entendues du dernier voyage d'un déporté vers l'enfer concentrationnaire : "Je vis défiler le nom des dernières villes françaises".

L'élève comprend l'engagement personnel de ce pronom sujet et en accepte la portée. La grammaire s'illumine ! Certes, tous les témoins rencontrés ne sont pas venus au lycée d'Evron, mais les adolescents, incarnés, ont rapporté et immortalisé leurs paroles. À l'extrême, en installant un module complémentaire (read speaker) sur l'ordinateur, tous les textes écrits deviennent audibles. Sur les tablettes iPad, les applications natives (inhérentes) possèdent déjà cette capacité de mise en voix. On peut ainsi l'écouter en balade ou durant les trajets en transports en commun. Certes, la voix artificielle reste un peu mécanique et monocorde, mais cela peut constituer une alternative tout à fait intéressante pour public adulte ou élèves déficients visuels : le e-book devient audio-livre. Ne manquent plus que l'odeur surannée des feuillets jaunis et la douceur du grain de la page...

Libre électronique

Ce livre électronique au format ePub (acronyme e Pub pour "publication électronique") est libre de droit. Ce format ouvert permettant de stocker des livres électroniques est destiné à être consulté sur internet, ou lu sur une tablette tactile. Il répond en cela aux nouvelles habitudes d'un public adolescent féru de nouvelles technologies. Plus largement, il est accessible aux autres élèves de la cité scolaire, mais aussi à ceux de la région des Pays de la Loire, via la plateforme e-lyco. Passeurs de mémoire d'une ère barbare qu'ils n'ont pas connue, les lycéens acteurs du projet deviennent coauteurs à destination des nouvelles générations ; celles qui n'ont connu que la paix dans un cadre européen. Ils prennent la pleine mesure de leur citoyenneté. À toute heure et en tout lieu, ils peuvent "partager" une page qui leur plaît particulièrement en l'envoyant simultanément sur la boîte électronique d'un correspondant (voir ci-dessous). De cette manière, les élèves de la classe ont pu extérioriser leurs productions à l'extérieur du lycée, et bien au-delà des frontières mayennaises. Il s'agit aussi d'un lien familial intergénérationnel. Une élève témoigne du fait d'avoir utilisé le site e-lyco du lycée pour montrer le livre numérique à sa famille éloignée ; une nouvelle manière de faire voyager la littérature... D'ailleurs, Odile Limonier, proviseure adjointe interrogée sur le sujet, abonde en ce sens : "Aujourd'hui, tout est dématérialisé, ce qui ne veut pas dire vide de sens. La musique sur quarante-cinq tours de mon enfance est passée au fichier son. C'est la même chose pour les supports littéraires, parfois trop lourds ou trop encombrants. Sans compter le coût de l'impression que l'établissement n'aurait pu assumer, et l'aspect développement durable sur lequel le lycée, écoresponsable, s'est engagé". Aux côtés du livre numérique, sur le site e-lyco, s'est créée une rubrique "La presse en parle" où sont compilés tous les articles consacrés au lycée dans la presse locale. Parallèlement à la réflexion philosophique sur l'enjeu de la mémoire, le e-book représente une vitrine, une mise en valeur du travail des élèves.



Sentinelles de la mémoire

Lors de la journée de restitution du PAE le 22 mai 2012 à Angers, devant une assemblée de deux cents personnes, trois élèves, deux filles et un garçon, acceptent de prendre la parole en public. D'autres élèves refusent, ils ne se sentent pas capables. Pour quelques-uns, leurs nuits sont encore traversées de cauchemars. Emmanuelle s'empare du micro. Elle s'explique : "Je sentais que j'avais des choses à dire. Nous n'avions pas voulu préparer de trace écrite, ni de projection, mais le sujet était en nous, les mots sont venus instinctivement. C'était plus qu'une expérience, c'était un moment crucial, déterminant dans mes dix-huit ans d'existence. C'est un projet utile, pour que cela ne se reproduise pas, comme une évidence". Pour ceux qui n'ont su trouver les mots en direct, le livre numérique a permis une parole plus discrète, presque anonyme, transcrite en épilogue. "Un jour, il n'y aura plus de rescapé pour nous raconter leur terrible périple durant cette période sombre de l'humanité, et ce sera à nous de prendre le relais. Nous sommes devenus les sentinelles de la mémoire".

11. Abraham Fridman, Je n'ai rien oublié, éditeur Les Quatre Roses.
2. BYOD : Bring Your Own Device. Cette démarche consiste à utiliser son matériel numérique personnel pendant le temps scolaire à des fins d'apprentissage.
 
auteur(s) :

C. Coquereau

contributeur(s) :

J. Pouzin, O. Limonier, Lycée Raoul-Vadepied, Évron [53]

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information(s) technique(s) : pdf

taille : 338 Ko ;

ressource(s) principale(s)

echanger dossier 9 enseigner dans un environnement numérique de travail 24/10/2011
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