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l'aventure d'un projet : "on conte sur toi" - première partie, présentation du projet

mis à jour le 12/12/2018


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Nathalie Labarre, professeur de français au collège Molière, à Beaufort-en-Anjou, reconduit un projet autour de l'art de conter, mis en place depuis plusieurs années scolaires en collaboration avec la conteuse Claire Guillermin. Elles nous font part de leur expérience, de la mise en place du projet à son expérimentation en classe. Premier partie, avec un regard croisé sur le projet : sa présentation et les bénéfices observés.

mots clés : oral, conte, action éducative


Le point de vue de l’enseignante


En quoi le projet consiste-t-il ?

Pour la troisième année photoconsécutive, je fais "équipe" avec la conteuse Claire Guillermin. Nous apprenons aux élèves à raconter des histoires et à se les approprier. Ça n’a l’air de rien, dit comme ça, mais c’est plus riche que ça n’en a l’air…
Chaque semaine, je profite des heures d’accompagnement personnalisé en demi-groupe pour faire découvrir des contes (que je lis ou que je raconte, sans donner le texte aux enfants), en lien avec la thématique de la séquence travaillée. Nous sommes installés en rond, sans tables ; je suis également dans le cercle. Après ma lecture, on peut préciser certains mots entendus, certaines idées peu claires, poser des questions ou pas. Puis, un élève prend la parole pour raconter le début du conte, un autre élève doit continuer et ainsi de suite. C’est un temps d’échanges et de co-construction : on n’attend pas un travail parfait. On discute quand les souvenirs d’un camarade-conteur ne sont pas justes ; on enrichit et on affine ensemble le vocabulaire ; on précise la façon de dire ; on cherche des détails pertinents pour le récit ; on travaille la logique de l’histoire, les paroles rapportées par rapport à la narration, l’expressivité, la dimension artistique de la parole ; on s’interroge sur le contenu du conte. Le tout se déroule dans une ambiance de coopération et de respect mutuel, du moins c'est ce qu'on apprend à faire !

Quand Claire Guillermin vient, à raison de deux fois une heure trente entre chaque période de vacances, la classe est au complet (28 élèves), elle conte, et nourrit ensuite la classe de ses connaissances, en fonction des réactions et questionnements des élèves.
Plusieurs fois dans l’année, je crée des occasions pour les élèves de raconter à d’autres personnes : des conteurs amateurs, des enfants de primaire, des parents. Cette année, il y aura en plus une rencontre inter collèges.
Nous sommes aussi en partenariat avec la bibliothèque municipale de Beaufort-en-Anjou, qui nous reçoit et nous prête des livres à volonté, que les jeunes peuvent choisir sur place.
Le projet s’est aussi enrichi depuis septembre 2018 de deux rencontres avec une autre conteuse, Typhaine Levaillant et de la création d’un webdocumentaire. Nous accueillons régulièrement Samuel Lebrun, journaliste et réalisateur. L’arrivée de la matière vidéo dans la classe est l’occasion d’une variété de propositions pédagogiques très créatives, originales et nourrissantes.

Pourquoi le projet m’intéresse-t-il ?photo 2
Petite, je ne lisais que des contes : une vraie passion. Je retrouve avec grand plaisir mes livres et ces histoires, que je suis heureuse de partager. Je trouve que c’est une très belle entrée dans la lecture, dans la littérature, accessible aux élèves sans être simpliste. C’est aussi un bel outil pour leur faire gagner en compétences sans qu’ils ne s’en rendent compte…
Par ce projet, j’expérimente, j’explore de nouveaux chemins, de nouvelles démarches pédagogiques. La classe est un laboratoire. Cette nécessaire créativité fonde mon plaisir à enseigner.
Je co-anime ainsi avec une artiste, qui a une formation et une culture bien différentes des miennes : j’en tire un enrichissement permanent. Réciproquement, je lui suis utile quand je peux transférer ses outils de conteuse et les rendre accessibles aux plus jeunes. Nous nous sentons vraiment complémentaires.
J’ai longtemps eu peur de travailler l’oral avec les élèves, et me voilà pourvue d’une expérience qui me libère de cette peur et me donne une vraie aisance par rapport à la parole de l’élève, une aisance qui se diffuse non seulement sur les autres activités, mais aussi sur les autres classes.

Au commencement du projet
Je connaissais la conteuse et j’ai mené un atelier de pratiques artistiques en poésie pendant sept ans, qui a confirmé mon goût pour le travail avec des artistes. L’envie de toucher un autre art, et une conversation autour d’un thé (ou sur le parking glacial du collège, je ne me souviens plus !) a dû faire le reste.

Les bénéfices observés, pour l’enseignante
Pour aller à l’essentiel avant de détailler, je dois dire que le travail sur le conte a profondément modifié ma posture d’enseignante, et ma conception du métier. La matière des contes m’a amenée à me déplacer mentalement, comme les héros qui partent à l’aventure et progressent dans leur vie.
La compétence de Claire Guillermin, professionnelle de la parole, m’a donné de la confiance vis-à-vis des activités d’oral. Elle me transmet des savoirs sur le conte, des savoir-faire propres à l’oralité, et des savoir-être qui me permettent indirectement de mieux gérer la parole des élèves : je me sens plus précise dans mes observations et mes conseils.
Les valeurs qu’elle amène en classe rayonnent maintenant dans mes pratiques en général, et me semblent être capitales pour apprendre aux jeunes à grandir : la bienveillance et la coopération, qui sont le fondement du travail que nous proposons.
Nos discussions sur les activités, nos analyses qui croisent deux sensibilités, m’ont ouvert les yeux sur les enjeux de l’oralité, et sur ce que j’en fais en classe. Ces échanges affinent sans cesse ma compréhension de ce qu’est une histoire, sa réception et sa production ; j’explicite mieux les méthodes à utiliser et mes attentes.
La co-construction des séances ouvre des perspectives d’activités dont je n’aurais jamais eu l’idée, et qui varient le quotidien pour le plaisir de tous : faire cours sans table, assis sur les tables, debout, en rond…
Ma posture a été doucement bouleversée : mon "moi professionnel" s’est rapproché de mon "moi humain". Je sens mes gestes d’enseignante plus en harmonie avec les valeurs que je désire transmettre. Mon regard et mon attitude quant aux évaluations ont évolué aussi : je cherche davantage ce qui fonctionne, et je formule davantage de commentaires positifs et de conseils que de critiques. C’est ainsi que nous fonctionnons dans les "cours de contes".
Enfin, je comprends concrètement la place du corps, la place des émotions dans les apprentissages. Nous travaillons le français de façon "moins intellectuelle" et plus incarnée.
Il va de soi que ma relation avec l’élève est forcément différente d’avant ce projet : je considère davantage "l’être humain en construction" qui est en face de moi que l’élève. Les jeunes, je crois, le sentent et la relation, dans un sens comme dans l’autre, est vécue plus "humainement".

Les bénéfices observés, pour les jeunes
Ils semblent heureux de venir en français, ça me semble déjà beaucoup. Et quand la conteuse vient passer une heure avec eux, ils courent pour arriver. Assez rare pour le souligner…
Ils développent leur culture du conte de tradition orale, leur envie d’en lire, leurs compétences langagières (vocabulaire, syntaxe, conjugaison, ah ! le passé simple !!!) leurs compétences littéraires (l’intelligence et la logique de l’histoire, le narrateur, les paroles rapportées…), leurs compétences sociales (bienveillance, coopération, écoute, capacité à exprimer ses opinions). Et par les contes, ils comprennent que la vie est faite d’épreuves, qu’il faut surmonter et qu’on peut surmonter : ils grandissent.
Le projet leur donne un espace où ils peuvent dire qui ils sont : par les choix des contes qu’ils proposent, par leur façon de donner chair aux histoires. Leur investissement personnel s’accroît (si ce n’est à chaque cours, au moins une heure par semaine !)
Ce projet leur permet de mieux intégrer leur classe et le collège ; il me semble une bonne transition avec la primaire. Concernant l’intégration en classe, chacun apprend à se connaître plus vite, puisque chacun est obligé, dès la première semaine de cours, de prendre la parole devant les autres, et de se montrer tel qu’il est. La classe, d’ailleurs, semble être vite soudée, profiter des valeurs portant le projet contes.
La confiance en soi semble grandir au fil de l’année : à différents moments, les élèves content à d’autres personnes, des plus petits, des adultes inconnus, des 6e inconnus, puis leurs parents en fin d’année. Tous ces auditeurs, curieux et contents d’entendre des histoires, apportent leur regard valorisant sur les efforts du jeune.
A la fin de l’année, ma foi… les élèves savent tous (à peu près) raconter. Certains mieux que d’autres, c’est vrai, mais nous n’avons pas encore rencontré d’échec, même avec les enfants, justement, en échec scolaire. On aime à penser qu’ils le sont donc un peu moins grâce à ce projet contes…

Comment nous travaillons ensemble, professeur de lettre et conteuse (le point de vue de la conteuse)


Une des forces et particularités de ce projet : la co-construction, à la jonction des compétences d’enseignante et d’artiste conteuse
photo 3Nous parlons beaucoup ensemble, avant le début de l’année, en amont de chacune des séances. Chacune apporte sa vision du projet, ses perspectives et ses envies. De là nait une discussion pour préciser, pour se faire comprendre de l’autre qui n’a pas la même culture, les mêmes connaissances. Des pistes de travail sont envisagées, amorcées, parfois abandonnées. J’ai une connaissance assez précise de étapes qui amènent à raconter. Je forme des adultes au conte depuis une vingtaine d’années. Je me suis aussi formée auprès de plusieurs conteuses et conteurs, j’ai suivi une formation de formateurs au conte, il y a longtemps que je nourris cette pratique. Nathalie, elle, a une grande connaissance de ses élèves, de la progression qui leur convient, du programme de français, bien sûr, et aussi des contraintes pratiques du travail en classe. De nos discussions émerge toujours une piste de travail que Nathalie transforme en exercice pédagogique. Et ensuite il ne reste plus qu’à l’appliquer en classe.

Un exemple très concret : une intervention en novembre
J’ai raconté lors des premières séances et je pensais qu’il était temps que les élèves se mettent à raconter pendant mes interventions. Nathalie a, de son côté, commencé le travail de narration en demi-groupe et son souhait était que les élèves racontent en grand groupe de façon à ce que tous bénéficient des conseils pour la narration.
Nous imaginons alors une séance où je raconte un conte, puis les élèves se l’approprient en le racontant en grand groupe ; chacun à son tour dit une phrase, ou une partie du conte, et passe la parole au suivant. Si quelqu’un ne sait vraiment pas, on l’aide et/ou on passe au suivant. C’est ce que nous avons fait : quatre élèves n’ont pas réussi du tout à parler, quatre ont raconté avec beaucoup de précision et de vie, les autres ont dit une phrase ou deux.
Ensuite, devant les élèves, nous avons un bref échange sur la façon de continuer. Je propose de faire des petits groupes pour commencer à approfondir la narration. Nathalie me fait valoir que, vu le temps qu’il reste, se mettre en petit groupe demandera trop de temps. Nous proposons donc un petit exercice permettant de bouger : écrire au tableau les différents éléments qui constituent le conte : personnage, lieux, etc… Les élèves vont écrire tour à tour.
Puis nous entrons, avec la classe entière, dans la compréhension du conte, dans lequel on trouve (entre autres) une lavandière qui aide l’héroïne, des métamorphoses et des personnages qui meurent car ils ne savent pas comment affronter le monstre. La première question posée par les élèves est une question de vocabulaire : qu’est-ce qu’une lavandière ? Il se trouve que plusieurs élèves avaient travaillé sur les lavoirs en primaire. D’autres ont un lavoir près de chez eux. Nous pouvons nous appuyer sur la connaissance d’une partie de la classe. Les questions qui viennent ensuite : pourquoi une mère laisse-t-elle partir ses filles, alors qu’elle sait qu’elles vont mourir ? Quelle est la différence entre la mort et la métamorphose ? avec la question suivante : la mort de Jésus, est-ce que c’est une métamorphose ? Pour ces questions, il est plus riche et plus intéressant d’ouvrir le débat, d’enrichir le questionnement que d’apporter des réponses - à supposer qu’il y ait une réponse unique, ce qui n’est pas le cas. Dans cette situation, c’est souvent moi qui anime le débat et relance les questions, et Nathalie s’assure que tout le monde comprend et suit, éventuellement reformule, voire dit ouvertement qu’il n’est pas facile de ne pas avoir une réponse simple.
Le partage des tâches se fait assez spontanément, mais si besoin, on se demande mutuellement qui fait quoi.

Nous mettons en pratique, devant les élèves, la coopération qui fait partie des fondamentaux de ce travail et que nous leur demandons de mettre en œuvre. La coopération et l’entraide sont également présentes dans le récit (l’héroïne aide un personnage qui lui donne un conseil précieux en échange).
Nous terminons la séance sur la question ; qui est le héros ou l’héroïne du conte ? A ma grande surprise, presque tous les personnages sont proposés : le roi, la reine, la fille, le prince, la lavandière… Je sais déjà que la prochaine séance portera sur le héros : ce qui le caractérise, le fait agir, pourquoi y a-t-il un héros/ une héroïne dans un conte ? Cela devrait nous aider à approfondir le travail de narration de ce conte en classe entière

A suivre…

 
auteur(s) :

Nathalie Labarre, Collège Molière, Beaufort-en-Anjou

information(s) pédagogique(s)

niveau : Cycle 3, 6ème

type pédagogique : démarche pédagogique

public visé : enseignant

contexte d'usage : classe

référence aux programmes :

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