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apprendre à raconter et à lire avec la méthode Narramus

mis à jour le 26/06/2019


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En 2017-2018, sous l’impulsion de sa nouvelle directrice Barbara Auvin, l’ensemble de l’équipe pédagogique de l’école maternelle Gérard Philipe de Trélazé, près d’Angers, s’est lancée dans l’expérimentation de la méthode Narramus. Méthode expérimentale qui, tout en laissant beaucoup de liberté par les multiples supports et activités qu’elle propose, prépare l’enfant à la compréhension d’histoires en lui permettant de développer des compétences narratives et d’enrichir son vocabulaire. Quel bilan peut-on dresser de cette année d’expérimentation avec des enfants ayant pour une forte majorité une pratique et une maîtrise assez lacunaires de la langue française ?

mots clés : échanger, Langage, compréhension, vocabulaire, raconter


L’école maternelle Gérard Philipe de Trélazé (14 000 habitants), située en réseau d‘éducation prioritaire, et ses six enseignants accueillent une population d’enfants à la diversité culturelle et linguistique certaine : quasiment les deux tiers d’entre eux (63 %) parlent en effet d’autres langues que le français à la maison. Dans ce contexte, l’apprentissage du français, tant au niveau de l’enrichissement du vocabulaire que du réinvestissement des mots dans l’expression orale et la communication verbale, constitue un enjeu majeur. Tout cela entre en résonance avec les paroles que tenait le ministre de l’Éducation nationale aux Assises de l’école maternelle (27, 28 mars 2018) en parlant de la maternelle comme d’une école "du langage et de l’épanouissement".
 
En 2017-2018, dans le prolongement d’un travail de fond mené sur la langue depuis plusieurs années, l’équipe pédagogique dans sa totalité a décidé de mettre en œuvre l’outil Narramus, pour apprendre à comprendre et à raconter une histoire de la PS au CP. Cette méthode pédagogique a été mise en œuvre par Sylvie Cèbe et Roland Goigoux, en lien avec les exigences des programmes du cycle 1 en terme d’apprentissage du langage oral. Narramus propose actuellement cinq livres qui correspondent aux différents niveaux de l’école maternelle et du CP. Chaque album est livré avec un guide pédagogique détaillé, un CD-Rom proposant textes, illustrations, animations et version audio de l’histoire ainsi que différents matériels pédagogiques associés (masques, dessins et photos du vocabulaire, tissus, outils conseils pour réaliser une maquette du livre…).
 
Le travail avec la méthode Narramus est tout d’abord limité dans le temps ; les enseignants de l’école Gérard Philipe l’ont mené sur une période de six semaines environ à raison de huit modules qui nécessitent un travail quotidien autour de l’album de vingt minutes environ en moyenne. Cette méthode a présenté un intérêt comme levier de réflexion pédagogique autour des méthodes d’apprentissage de la lecture. Auparavant, les séances de lecture se déroulaient traditionnellement par un va-et-vient entre le récit de l’enseignant et les illustrations de l’album ; dans un second temps seulement se faisait l’approche plus fine de l’histoire, avec notamment la découverte et l’apprentissage du vocabulaire nouveau. Avec Narramus, le déroulement d’une séance suit un autre ordre et une autre logique. La première étape consiste, avant de rentrer dans l’histoire, à décortiquer le vocabulaire avec des dessins et photos représentant des éléments de l’histoire qui sont projetés par le VPI (vidéoprojecteur interactif), puis disparaissent, et réapparaissent. Ce travail liminaire sur le vocabulaire, volontairement un peu long et répétitif, peut aussi être relayé aussi par d’autres outils comme la boite à mots, les masques ou la maquette réalisée par l’équipe dont les enfants peuvent s’emparer pour réinvestir ce vocabulaire. Dans un second temps, l’histoire est lue et expliquée progressivement au fil des jours, avec le réinvestissement du vocabulaire préalablement assimilé. On crée aussi des horizons d’attente en demandant par exemple aux enfants d’imaginer la suite de l’histoire. On commence progressivement à les rendre conteurs de l’histoire en rejouant et racontant certains passages, indirectement et sous forme libre et ludique (masques, maquette…). Enfin, les enfants vont découvrir l’ensemble de l’album avec ses illustrations. In fine, le travail d’appropriation très méthodique et progressif du vocabulaire doit les amener à pouvoir raconter eux-mêmes l’histoire. Une séquence complète Narramus, qui comprend une vingtaine de séances et va durer de cinq à sept semaines, s’organise autour de cinq verbes : visualiser, mémoriser, raconter, imaginer et jouer (masques, maquette, memory). Cette séquence se fait avec la souplesse d’utiliser ou non et de manière plus ou moins forte les outils et médiations proposés. Il est également possible d’en créer d’autres pour que les enfants parviennent à s’approprier puis à raconter l’histoire au mieux.

Après une année d’expérimentation, le bilan qu’en dresse l’ensemble de l’équipe pour les enfants est positif, comme le dit B. Auvin, elle-même enseignante en petite et moyenne section : "La différence, c’est pour les élèves qui parlent très peu. Les séances répétitives sur le vocabulaire et la structure des phrases mettent ces enfants en capacité de raconter l’histoire." Les différents enseignants témoignent aussi d’enfants en difficulté avec le français qui prennent d’autres livres après cette séquence, d’enfants en joie grâce aux différents outils d’appropriation de l’histoire, les masques et la maquette notamment. Il en est ainsi de deux élèves qui ont prononcé leur premier mot à l’école -le mot "éléphant" en l’occurrence- devant la maquette. Les enseignants soulignent toutefois la nécessité de prendre davantage de recul et d’une évaluation plus fine pour mieux mesurer l’appropriation et la capacité de réinvestir du vocabulaire, notamment les notions plus abstraites. Enfin, concernant les élèves ayant une meilleure maîtrise initiale du français, la souplesse de la méthode et la variété des supports doivent permettre à tous les enfants d’apprendre et de progresser durant les séances. B. Auvin et F. Ignazi expliquent ainsi privilégier certains supports (ils n’ont pas utilisé le récit audio qui leur semblait ralentir le projet), pour permettre de faire des séances d’appropriation du vocabulaire avec une partie de la classe seulement ou d’utiliser les élèves les plus à l’aise dans des tâches plus complexes, comme celle de narrateur par exemple. Une autre collègue avait imaginé mettre le mot derrière l’image pour les élèves les plus avancés.
 
Du côté des enseignants, le fait d’imposer un engagement d’équipe pour cette expérimentation a pu faire naître certaines appréhensions au départ. Néanmoins, après un an de pratique, le choix et la volonté de continuer est devenu unanime : "On s’est porté les uns les autres", dit un enseignant. Ce projet a permis de renforcer le travail d’équipe, de nourrir des échanges très riches, sans sous-estimer les avantages techniques comme l’utilisation par tous du VPI qui n’était pas une évidence au départ. L’équipe a non seulement reconduit le projet pour cette année, mais s’est même lancée dans une tentative pour adapter au moins une nouvelle histoire à cette méthode, en l’occurrence Les Trois petits cochons pour les petites sections. Néanmoins, tous soulignent que l’existence d’un réseau "maternelle" départemental, par le biais notamment d’un groupe d’une vingtaine d’enseignants eux aussi engagés dans l’expérimentation Narramus, et avec qui ils ont pu vivre une réunion de début d’année et une classe virtuelle, est un soutien essentiel, comme le projet de sensibilisation des maîtres-formateurs de Maine-et-Loire à cette méthode.

En conclusion, si plus de pratique et de recul sur la mise en œuvre de cette méthode permettra sans doute des améliorations nécessaires, notamment dans le relai auprès des familles et dans le travail d’outils d’évaluations plus fins, si l’importance de disposer d’outils techniques comme les VPI et d’avoir déjà eu au préalable une réflexion et un travail d’équipe autour des apprentissages langagiers sont importants pour la mise en œuvre réussie de Narramus, si enfin cette méthode ne doit rien avoir d’exclusif et de systématique, et surtout pas par exemple empêcher tout au long de l’année la lecture plaisir avec les enfants, il semble bien qu’avec cette méthode, les enfants apprennent à mieux dire, et par là-même à bien grandir.
 
auteur(s) :

S. Billon

contributeur(s) :

B. Auvin, F. Ignazi, M. Drevard, M. Estève, madame Dubreuil, École maternelle Gérard Philippe, Trélazé [49]

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