10.
français
découverte de l'arrière
saison de Philippe BESSON
Il a fallu attendre que
les élèves aient découvert le tableau au retour
des vacances de février, qu’ils aient rédigé
et travaillé leur propre texte pour ensuite aborder l’étude
de ce roman. Nous l’avons découvert ensemble avant
les vacances de Pâques et les élèves ont poursuivi
la lecture pendant les vacances avec un questionnaire qui portait
sur l’ensemble du roman et privilégiait le repérage
eu égard au peu de temps dont nous disposions avant la rencontre
avec l’écrivain.
Certes le roman ne s’adresse pas à des adolescents
et l’on peut facilement concevoir la difficulté éprouvée
par certains, déroutés par le sujet : un homme et
une femme se retrouvent cinq ans après leur séparation.
Cependant, en 3è, la lecture d’un tel roman est une
bonne initiation à une littérature contemporaine même
si on comprend que l’expérience de la vie fait défaut
pour saisir vraiment les implications d’un face à face
chargé d’un passé partagé et des blessures
de la séparation.
D’ailleurs, d’avoir réfléchi eux-mêmes
à une histoire avec le tableau comme matériau d’inspiration,
comme Philippe Besson, a aiguisé la curiosité et facilité
la compréhension du jeu des points de vue, du passage entre
les époques présentes et passées, grâce
à la narration, du statut de la parole dans le roman (notamment
la place du monologue intérieur)… Cela nous a aussi
permis de discuter de la notion d’ « action »
: l’intérêt d’un roman se mesure-t-il seulement
à l’action ? Est-ce pour autant qu’ « il
ne se passe rien » ? Ici, les enjeux psychologiques, sentimentaux
sont tels, les souvenirs des deux personnages affluent avec une
telle intensité qu’il est aisé de montrer que
l’action n’est pas toujours un critère d’appréciation
valable.
questionnaire de lecture
• Quelle hypothèse peux-tu faire sur le genre littéraire
dont relève ce texte?
• Pourquoi ce livre s’appelle-t-il « L’Arrière-saison
» ?
• Où trouve-t-on le passage qui correspond au tableau
de Hopper ?
• Quand commence l’histoire ?
• Quand finit-elle ?
• Tu viens d’étudier le cadre temporel choisi
par P. Besson. A présent, retrouve les autre critères
qu’il a retenus : le système d’énonciation,
les points de vue, le cadre spatial, les formes de discours. Cite
des extraits à l’appui de tes réponses.
• A partir de tous ces constats, à quel genre appartient
ce texte ? Justifie ta réponse.
• Résume l’histoire. Que constates-tu ?
• Sur quoi l’auteur a-t-il mobilisé l’attention,
selon toi ?
correction
• La disposition visuelle du texte (la phrase, la présentation
en paragraphes, l’organisation en chapitres) nous amène
à penser que ce texte relève du genre du roman.
• Ce livre s’appelle L’Arrière-saison car
l’histoire se déroule un Dimanche soir de septembre.
Il est question dès la page 15 de « la belle lumière
de septembre » et Ben, le serveur, dit : « On a toujours
de belles arrière-saisons, vous ne trouvez pas ? »
Pour donner son titre au roman, sans doute ce titre est-il également
métaphorique : Louise et Stephen ont connu leur « saison
» d’amour. Ils se retrouvent cinq ans plus tard et leur
histoire n’est peut-être pas finie en dépit de
leur séparation parce que leurs sentiments mutuels ne se
sont pas éteints.
• On peut situer le passage qui correspondrait au tableau
entre le chapitre 6 et la fin du chapitre 7 quand Carter est présent.
• L’histoire commence dans la soirée d’un
dimanche soir de septembre et finit « à une heure tardive
» ce même soir.
• Le texte est rédigé à la troisième
personne. Ce qui est remarquable ici, ce sont les changements de
points de vue. Ils nous permettent d’entrer dans les pensées
et les sentiments des personnages. Au début, c’est
le point de vue de Louise et de Ben qui se succèdent et se
répondent >>> Nous avons particulièrement
étudié cette notion dans le début du roman.
Nous avons ainsi observé que parfois le point de vue peut
être commun comme à la page 18 : « La vie est
dans ces détails, pensent-ils de concert… ».
S’ajoute celui de Stephen à partir du chapitre 2. Le
narrateur n’est pourtant jamais loin, il garde la main mise
sur le récit et fait parfois des commentaires : « A
certains égards, il [Ben] est le gardien de la mémoire.
»
Le récit porte le poids de la communication douloureuse entre
ces êtres qui se sont aimés, le silence inévitable
chargé de sens : « le silence, c’’est une
façon, aussi, d’affronter la désolation, de
la saisir à bras-le-corps, sans biaiser. » (p.63) La
parole vient entrecouper les pensées des personnages. Les
blancs montrent la difficulté à renouer un lien perdu,
la solitude de chacun dans son univers intérieur. Dans les
passages descriptifs, c’est le corps qui s’exprime :
on voit comment chacun réagit lors de ces retrouvailles.
«… leurs visages pourraient se frôler mais c’est
comme s’ils s’ignoraient. Leurs mains pourraient se
rejoindre mais ils optent, inconsciemment ou pas, pour l’immobilité…
»
• L’histoire se déroule presque uniquement dans
le café. Louise en sort seulement pour recevoir le coup de
téléphone de Norman. Il faut ensuite attendre les
dernières pages lorsque Louise et Stephen rentrent chez eux,
lui à Boston, elle à Brewster.
• Ce texte relève du genre romanesque car, comme nous
venons de le constater, se mêlent narration et description
avec de la parole rapportée souvent directement. Philippe
Besson a prêté une vie fictive aux personnages de Hopper,
leur inventant un passé, des relations…L’écrivain
a pris des libertés avec le tableau en restant fidèle
aux goûts du peintre : le café se situe à Cap
Cod, face à la mer. »
• L’histoire peut être facilement résumée
: il s’agit des retrouvailles entre Louise, écrivain
dramatique à succès et Stephen, brillant avocat sous
le regard de Ben, le serveur qui les connaît bien. Leur idylle
a duré cinq ans et ils se rencontrent cinq ans après
leur séparation dans ce café « Le Phillies »
dont ils étaient des fidèles.
• Si la trame de l’histoire est simple, c’est
parce que P. Besson mobilise notre attention sur les pensées
et les sentiments qui animent les personnages pendant ce moment
singulier, intense qui fait refluer un passé douloureux,
complexe.