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apprendre à raconter en 6e par la découverte de l'oralité

mis à jour le 28/11/2018


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Depuis deux ans, au collège de Beaufort-en-Anjou (49), une enseignante de français et une conteuse professionnelle mènent avec deux classes de sixième un projet autour du conte et de l’oralité. Le projet naît du constat que, souvent, les enfants arrivent en sixième encore maladroits dans leur expression, peu à l'aise pour tenir des propos oraux développés et savent à peine construire des récits cohérents. Cette expérience pédagogique nous interroge sur ce qu'une séquence sur l'oralité auprès d'élèves de sixième peut leur apporter, tant au niveau des apprentissages disciplinaires que dans la construction de leur personnalité et leur intégration au collège.

mots clés : échanger, contre, oralité, coopération, attention


Au départ de cette séquence sur le conte et l’oralité, Nathalie Labarre, lorsqu'elle est seule en classe avec les élèves, mène sur ses heures d'AP notamment tout un travail littéraire et culturel pour apprendre à ses élèves à aimer les histoires : cela en lisant avec eux un conte par semaine, soit une trentaine de contes dans l'année. Ces séances permettent aux élèves d'éprouver le plaisir d'entendre des contes, de découvrir des textes patrimoniaux, tout en s'appropriant progressivement des connaissances, un univers et des repères propres au conte, ce qui va leur être précieux pour construire leur propre projet de conte. Parallèlement à cela, le fait de s'appuyer sur des textes écrits fournit l'opportunité d'un travail linguistique, grammatical, syntaxique et de vocabulaire en lien avec les programmes scolaires de cycle 3. Quant à Claire Guillermin, la conteuse professionnelle, elle intervient toute l'année à raison d'une à deux séances entre chaque période de vacances scolaires. Comme elle l'explique elle-même, "les premières séances où j'interviens c'est uniquement pour raconter. Il y a besoin d'un 'nourrissage' d'abord. On ne peut pas raconter soi-même si on n'a pas entendu d'histoires".
Dès que les élèves sont immergés dans l'univers du conte, l’enseignante et la conteuse vont leur demander, lors des séances d'AP ou en classe entière, de se mettre par groupes de trois ou quatre avec pour objectif de "raconter à leur tour un conte entendu, ou lu, avec leurs propres mots, c’est-à-dire de créer leur propre version du conte, version qui restera exclusivement orale et donc mouvante, évolutive, vivante". L'espace classe lui-même s'en trouve modifié puisque pour ces séances les tables sont poussées, il est permis de se déplacer, on travaille en cercle, afin que chacun "se retrouve à l’égalité", selon l’expression de Claire Guillermin. Selon les séances, les élèves vont travailler les dialogues entre les personnages, la précision de la narration, la visualisation des images du conte… Les adultes sont présents pour accompagner les élèves, Claire Guillermin intervient lors de ses venues notamment sur ce qui pose question ou difficulté selon les demandes en amont de l'enseignante. Les adultes ont aussi un rôle pour créer et consolider un cadre sécurisant autour de cinq règles discutées et adoptées ensemble au départ : la bienveillance, oser (obligation d’essayer), le droit à l’erreur, la discrétion et la coopération. Durant toute cette étape, les élèves n'écrivent rien, ils échangent, créent, transforment, s'exercent à raconter. Rien n'est figé, définitif, fini.

La dernière étape du projet est d'aller raconter hors de la classe. Comme l'expliquent les porteuses du projet, on ne peut pas raconter tout seul. Il faut raconter à quelqu'un. Il faut un public pour aller au bout de la démarche du conteur". Mais attention : pas question de mettre en place une représentation, un spectacle, seulement d'organiser un moment de partage de récits, un temps de travail en public. Les élèves vont avoir l'occasion de vivre à quatre reprises cet exercice : une première fois ils content à des conteuses amatrices venues leur rendre visite en classe, une deuxième fois à des enfants de maternelle, puis aux parents des élèves de la classe, et enfin à des élèves de sixième. Les deux porteuses du projet insistent bien sur le fait que ces moments constituent de vrais temps de travail, des expérimentations sans filet. Pas de textes ni même de notes écrites, pas de récits appris par cœur, simplement un conte raconté à plusieurs pendant des semaines mais qui n'est pas figé et qui va forcément évoluer le jour même de la séance publique. Les deux intervenantes ne savent donc pas exactement comment vont raconter les enfants, s'ils vont réussir à s'exprimer en public. Simultanément, il est spécifié à chacun, enfant comme public, qu'il ne faut pas s'attendre à un rendu définitif, à un spectacle abouti, et que la séance publique n'est qu'un moment, déterminant certes, dans le travail d'ensemble du groupe. La conteuse parle "d’improvisation travaillée", de travail en déséquilibre mais en précisant : "Quand on est en déséquilibre c'est pour retrouver un nouvel équilibre. Nous constatons qu’à ce moment-là, les élèves donnent le meilleur d’eux-mêmes".
 
Le bilan de cette expérience qui a été évaluée de manière empirique et par rapport au ressenti des deux intervenantes (cette année, des documents pour affiner et formaliser cette évaluation sont en cours d’élaboration) est globalement très positif et encourageant, même s’il reste bien évidement des points de fragilité et de questionnement. D’une part, un grand nombre des compétences du cycle 3 ont été travaillées au cours de ce projet, mais, au-delà même, ce sont des compétences sociales, citoyennes, d’affirmation personnelle et de relation à l’autre qui sont mises en avant par cette expérience. Les élèves prennent conscience de ces compétences nouvelles par la valorisation de ce qui fonctionne bien (trouver le positif dans le récit d’un camarade), par les exercices variés et novateurs mis en œuvre (mettre en scène de courtes étapes du conte, fermer les yeux et exprimer ce qu’on voit de l’histoire, dessiner la structure du conte ou un élément important…) et par la mise en avant de la richesse humaine et culturelle du projet ("ce n’est pas que du français"). Enfin, l’enseignant qui mène une telle expérience au contact d’un professionnel extérieur, en l’occurrence une conteuse, monte en compétence et peut ensuite espérer transmettre ce savoir et gagner en autonomie dans la conduite du projet.
 
Un visionnage de la vidéo du projet présente sur le site académique ne peut que donner corps et prolonger pertinemment la lecture de cet article.

Pour conclure, deux citations qui donnent toute la portée et l'enjeu de l'oralité au collège. L'une de la conteuse Claire Guillermin : "Le conte met en scène des personnages en devenir. Et dit comment grandir, ce qui parle aux adolescents". Cet effet miroir qui fait que le conte peut toucher au plus profond les adolescents, Suzy Platiel, ethnolinguiste, nous l'exprime autrement quand elle affirme que par l'oralité et les contes "les enfants apprennent à être des individus, des êtres sociaux et surtout des humains". Or, n'est-ce pas là l'ambition première et ultime de toute éducation ?


Bibliographie

• Ameisen, Jean Claude, Sur les épaules de Darwin, Les liens qui libèrent/France Inter, 2013.
• Belmont, Nicole, La poétique du conte ; essai sur le conte de tradition orale, NRF/Gallimard, Paris, 1999.
• Boismare, Serge, Ces enfants empêchés de penser, Dunod, 2008.
• Rouba, Hassan, Didactique et enseignement de l’oral, Publibook des Écrivains, 2015.
• Platiel, Suzy, Le conte africain à l’école, Interview à la revue La grande oreille, n° 12, pp. 79-83.
• Vaillant, Philippe, Le présent du conte, L’Harmattan, 2013.
• Le film du CNRS présentant la démarche du conte en classe, outil d’éducation, initiée par Suzy Platiel, ethnolinguiste (32 min).
 
auteur(s) :

S. Billon

contributeur(s) :

N. Labarre, C. Guillermin, J.-J. Rablot, Collège Molière, Beaufort en Vallée [49]

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