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mots pour maux, quand la Discipline Positive® donne la parole en classe !

mis à jour le 30/04/2021


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Depuis 2016, Stéphanie Douet, enseignante en Lettres-Histoire au lycée professionnel Joseph Wresinski à Angers, expérimente des ateliers de Discipline Positive® dans sa classe. Elle s’interroge sur ses bénéfices en termes de bien-être et de motivation scolaires : si la Discipline Positive® renforce les compétences psychosociales des élèves, peut-elle les aider à se sentir mieux dans leur environnement et dans leur relation avec autrui ? Si in fine, parce que sciemment encouragés, ces élèves se sentent davantage capables, peut-elle modifier favorablement leur rapport au savoir disciplinaire ?

mots clés : échanger, discipline positive, CPS, bien-être, relation pédagogique


L’une des missions premières de l’enseignant et de l’éducateur est de donner du sens aux apprentissages. Mais le paradigme est nouveau. L’enseignant n’a plus “le bénéfice d’une autorité naturelle1”. Transmettre des savoirs ne lui suffit plus pour guider les élèves vers la salle de classe.
 
Avec la Discipline Positive®2, Stéphanie Douet s’est frayée une nouvelle route. Rencontrée par hasard au gré d’une conférence atelier, l’expérience de la Discipline Positive® a été déterminante pour faire évoluer sa pratique enseignante. Tel un signal d’alarme, celle-ci lui délivrait enfin le plan pour sortir de la voie dont elle cherchait l’issue avec ses classes de troisième Prépa-Métiers, ses “OSNI” - objets scolaires non identifiés - qui refusaient par tous moyens d’entrer dans un savoir disciplinaire. Il s’agissait donc pour elle de prendre un tournant en travaillant différemment : “Mes élèves me criaient en fait qu’ils n’étaient pas prêts pour les compétences disciplinaires. Ils voulaient simplement que je développe chez eux leurs compétences psychosociales. Mais à cette époque, je n’avais aucun outil à leur faire vivre.”
Viser les compétences psychosociales, c’est “enseigner à vivre”3. C’est aider les élèves “à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne”4 : leur apprendre à mieux se connaître pour mieux s’autoréguler en classe et être plus autonome ; leur apprendre à savoir être ensemble pour engager des relations plus respectueuses avec autrui, réussir à coopérer et à se responsabiliser.

Les ateliers de Discipline Positive® ne correspondent pas toujours à un dispositif didactique. C’est d’abord une approche psychoéducative qui invite par l’expérience, à écouter son émotion, à prendre le temps d’une analyse de situation, et à chercher des solutions pour se sentir mieux. La Discipline Positive® met à disposition une boîte à outils qui permet par une pédagogie de l’encouragement, alliant fermeté et bienveillance, de réussir à se connecter avec les élèves avant d’enseigner.

À chaque rentrée scolaire par exemple, Stéphanie Douet accueille ses nouveaux entrants sur une période de quinze jours. Chacun prend alors le temps de se connaître autrement. L’enseignante alterne des ateliers collectifs et des entretiens individuels pour que les élèves puissent réussir à trouver leur place dans la classe : découvrir l’autre, mieux comprendre le cadre fixé, exprimer ses besoins et ses attendus dans la formation. Engagement et responsabilisation.
 
Tel un rituel à chaque retour de vacances, l’enseignante crée des séances de Discipline Positive® pour aider les jeunes à se raccrocher à leur quotidien et à leur milieu scolaire (rythme, objectifs). Dans le cadre de la nouvelle année par exemple, elle a mis en place une séquence de trois séances alliant à la fois compétences disciplinaires en histoire, géographie et enseignement moral et civique, et compétences psychosociales. À l’issue, ses élèves de CAP ont adressé leurs vœux à leurs pairs, à la communauté éducative et aux parents, sous la forme de leur choix, une vidéo et une série de cartes de souhaits. Sentiment d’appartenance, sentiment de contribution et sentiment d’efficacité personnelle : “Ce sont les petits pas qui comptent en Discipline Positive®“.

Au quotidien aussi, pour gérer la classe et faire face à des comportements inappropriés, Stéphanie Douet utilise un outil de Discipline Positive® - la Grille d’identification des buts cachés (GIB) - qui lui permet par une lecture de ses propres émotions de déceler les “fausses croyances“ qui se cachent derrière l’attitude de ses élèves. Avec eux, elle propose, à partir des problèmes, de chercher des solutions et de décider ensemble de ce qui doit être fait. L’erreur doit toujours être une opportunité pour apprendre. Moins d’injonctions, plus de discussions, plus de relation.
 
La communication bienveillante est donc au cœur du processus de Discipline Positive® : faire en sorte de créer un climat serein entre l’enseignant et l’élève, entre l’élève et ses pairs et ce, en fixant des règles respectées par tous. Par conséquent, l’enseignant, par des micro-gestes, change sa posture éducative en adoptant un positionnement plus horizontal, la conscientise pour la reproduire davantage : “Je suis plus sûre de moi. J’ose. Je cadre davantage. Ce que je faisais instinctivement, je sais pourquoi je le fais maintenant et je sais ce que ça apporte.“ Climat relationnel et climat de sécurité, moteurs pour aider les élèves à entrer dans les apprentissages.
 
Les résultats du mémoire de recherche en master II (MASH) de Stéphanie Douet, poursuivis aujourd’hui dans le cadre de sa thèse en doctorat, confirment ce postulat.Lorsque les élèves se sentent mieux à l’école – c’est le cas des élèves à besoins particuliers (EIP/TDAH/dys) interrogés pour son mémoire – ils prennent plaisir à apprendre, éprouvent un sentiment de réussite et retrouvent le sens de leur présence en classe.
 
En renforçant les compétences psychosociales des élèves, en renforçant la relation pédagogique, l’enseignant dégage alors à l’élève la certitude qu’il se soucie de lui. En lui donnant la parole, en l’aidant à mieux saisir ses émotions, il l’aide par l’expérientiel à prendre conscience qu’il est lui seul maître de son destin : “Un train pour rouler a besoin de deux rails et nos écoles aussi, comme l’explique Jane Nelsen, psychologue, éducatrice et fondatrice de la Discipline Positive®aux États-Unis. Le premier rail représente l’apprentissage académique, et le second rail l’apprentissage social et émotionnel. Ce n’est pas l’un au détriment de l’autre, c’est l’un ET l’autre.”5



1. Christophe Marsollier, Inspecteur général de l’Éducation nationale et docteur en sciences de l’éducation, Les conditions du bien-être à l’école, revue “Économie et management” n°162, le bonheur au travail, janvier 2017.
2. “La Discipline Positive est une approche qui encourage chez l’enfant le développement de compétences sociales dans un esprit de respect mutuel au sein des familles, des écoles et des communautés”.
3. Edgar Morin, sociologue et philosophe, Enseigner à vivre, Arles, Actes Sud, 2015.
4. Définition des compétences psychosociales de l’OMS, 1993.
5. Entretien Stéphanie Douet pour la Cardie, revue Échanger.
 
auteur(s) :

J. Jacquat

contributeur(s) :

S. Douet, LP Joseph Wresinski, Angers - 49

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